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jeudi, août 18, 2022

Téléphone, radio, CD… Le son compressé est-il mauvais pour nos oreilles ?

A force de nous les compresser, ils vont nous les briser menues. Depuis plus de trente ans, grâce aux technologies analogiques puis numériques, les ingénieurs compriment les sons que nous consommons quotidiennement – plateformes numériques et CD (musique), télévision, radio, téléphone, etc. – dans différents formats qui se révèlent délétères pour nos oreilles. A la clef, un prétendu confort d’écoute en situant le son au-dessus du bruit ambiant comme dans la rue ou les lieux animés. « Cette compression n’a rien de qualitative en ce sens où elle supprime les écarts entre sons forts et sons faibles », explique Christian Hugonnet, ingénieur acousticien et fondateur de la semaine du son, parrainée par l’Unesco qui débute le 16 janvier. 

Le son compressé perturbe le système auditif

Si le phénomène n’est pas nouveau, il commence à être pris en compte par les scientifiques : « Ecouter longtemps de la musique ayant subi une forte compression de la dynamique perturbe le système auditif », résume le Pr Paul Avan de l’Institut de l’audition. Avec son équipe, il a soumis une quarantaine de cobayes – des cochons d’Inde, réputés pour avoir une audition proche de la nôtre – à une musique de 102 décibels durant quatre heures. « Nous leur avons créé une véritable mini-discothèque de laboratoire, puis leur avons fait passer des tests après exposition pendant sept jours », détaille-t-il. Conclusion : les animaux n’ont pas subi de perte auditive. « En revanche, nous notons une altération des réflexes de protection, c’est-à-dire que l’oreille se fatigue », pointe le chercheur en cognition auditive. En effet, un son naturel se trouve modulé avec des nuances, des pauses et des silences. « Tout cela disparaît avec un son compressé et notre oreille interne s’asphyxie et ne peut récupérer », ajoute Christian Hugonnet.  

Un mécanisme encore mystérieux

Or, au sein de notre système nerveux plus que pour les autres sens, les neurones auditifs sont ceux qui travaillent le plus. Constater qu’ils s’épuisent, inquiète les spécialistes. « Notre hypothèse est que les mitochondries et les peroxysomes se trouvant à l’intérieur des cellules sensorielles et qui leur apportent leur ‘carburant’ ne font plus suffisamment leur travail ce qui, à terme, pourrait provoquer des lésions », poursuit Paul Avan. Avec pour conséquence, des risques de surdité précoce mais aussi des effets sur le psychisme (stress, fatigue, réflexion). 

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« Il n’y a qu’à voir les enfants qui, après avoir regardé des dessins animés, arrivent à l’école et se mettent à parler fort et sans nuance », cite en exemple Christian Hugonnet pour qui l’on a déjà perdu la faculté d’entendre les microbruits de la vie courante comme des pas dans la rue qui possèdent 24 signifiants (âge, sexe, type de semelles, etc.). Pour lui, la solution passe par une rééducation de l’oreille en jouant notamment d’un instrument. L’industrie musicale aussi doit se convertir à « l’écologie sonore » en informant le public de ce qu’il entend. Avec l’Unesco, l’acousticien lancera un label estampillé « qualité sonore ». Avec des microsilences et des respirations. 

Opinions

Chronique

Cécile Maisonneuve est Senior Fellow auprès de l’Institut Montaigne et conseillère auprès du centre énergie-climat de l’IFRI.

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par Marylin Maeso

Edito

Eric Chol

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Christophe Donner

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