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samedi, juin 25, 2022

Spatial : l’Europe met en scène ses futurs exploits dans un clip digne d’Hollywood

« Attention, ça tourne ! » Dans un ballet savamment orchestré, le bras robot équipé d’une caméra glisse autour du siège occupé par une jeune femme en tenue d’astronaute. « Envoyez la Lune », ordonne le réalisateur. Au plafond, une image réaliste de notre satellite naturel apparaît comme par magie. Elle défile dans le champ de vision de l’actrice, créant un joli reflet sur son casque tandis que, sur le côté, un écran affiche des instruments de bord aux voyants colorés. L’illusion d’un vol en orbite est parfaite. 

Nous sommes pourtant au sud de Paris dans un hangar froid et sombre. L’agence spatiale européenne (ESA) a choisi cet endroit pour y tourner son dernier film promotionnel. Un court métrage d’une minute à la hauteur de ses nouvelles ambitions. « Nous sommes à un moment historique. Trente ans après avoir stoppé le projet de navette spatiale européenne Hermès, l’Europe prend conscience qu’elle ne peut pas éternellement jouer les seconds rôles. « A chaque fois qu’un de nos astronautes comme Thomas Pesquet s’envole en mission, nous subventionnons indirectement SpaceX, le concurrent d’Ariane 6. C’est un vrai souci », commente Didier Schmitt, responsable de la coordination des programmes d’exploration et de l’élaboration des programmes futurs à l’ESA.  

« Ces dernières années ont été frustrantes, confirme Peter Weiss entrepreneur et fondateur de Spartan Space une société développant des habitats légers pour la Lune. Dans la course au spatial, L’Europe est restée trop souvent en retrait, laissant le champ libre à des sociétés comme SpaceX. Toutefois, les choses sont en train de changer », pressent l’entrepreneur du « New Space ».  

 

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Didier Schmitt confirme qu’un nouvel élan se dessine. « Nous réfléchissons à un projet ambitieux autour d’un Lander européen pour du cargo qui atterrirait sur la Lune quasiment en même temps que les Américains. Nous pourrions ainsi fournir du matériel de survie pour la nuit lunaire et des équipements scientifiques. En contrepartie, nous négocions actuellement avec la NASA la présence d’un Européen sur le sol lunaire à chaque alunissage de ce Lander qui peut délivrer 1,8 tonne de fret ».  

Rien ne vaut un bon petit film

Les budgets alloués au spatial par les Etats européens pourraient également être revus à la hausse en fin d’année. « En 2019, nous avons demandé et obtenu une rallonge budgétaire de 33%. Cette fois-ci, ce sera plus compliqué reconnaît Didier Schmitt. Car nous souhaitons passer de 2 milliards d’euros à 3 milliards sur trois ans, soit une hausse de 50% ». 

Et pour inciter les gouvernements à mettre la main à la poche, rien ne vaut un bon petit film. » Dans celui-ci, nous allons d’abord montrer qu’Ariane 6 est une réalité. Nous mettons également en scène des astronautes en orbite basse ou en transit vers la future station spatiale Gateway. L’exploration de Mars sera présente elle aussi car c’est la suite logique : si nous n’arrivons pas à aller en orbite basse, nous n’irons pas sur la Lune. Et si nous n’allons pas sur la Lune, nous ne serons pas capables d’atteindre Mars ».  

Pour peaufiner sa vidéo, l’ESA a fait appel à des technologies de pointe, déjà utilisées pour la série à succès The Mandalorian. « Au lieu de filmer sur fond vert, nous projetons sur un écran en arrière-plan des décors en 3D réalisés en amont avec un puissant moteur de jeu vidéo », explique le réalisateur Jérôme Bernard, fondateur et gérant de la société de production Duck Factory. Ces images bougent en fonction des déplacements de la caméra, car celle-ci possède des capteurs de mouvements et se déplace à l’aide d’un bras robotisé. Ce système résout les problèmes de parallaxe c’est-à-dire les incohérences entre le fond visuel et les acteurs. « C’est un vrai trompe-l’oeil, assure Jérôme Bernard. Grâce à cette technologie, les producteurs français pourraient revenir vers les univers de Science-fiction. Nous n’avons plus à rougir face à certains blockbusters américains ». 

Diffusé en avant-première à l’occasion du Sommet spatial européen à Toulouse, le clip de l’ESA est désormais disponible sur les réseaux sociaux. Un autre, bien plus long, devrait suivre dans l’année. « Il n’y a pas que des arguments scientifiques et économiques dans la course au spatial, insiste Didier Schmitt. Si nous ne faisons pas partie de l’exploration, qu’elle soit lunaire ou martienne, les valeurs européennes ne seront pas représentées. Or c’est un point très important. Certains entrepreneurs américains affirment déjà qu’ils ne respecteront aucun accord international s’ils arrivent les premiers sur Mars et qu’ils feront ce qu’ils veulent. Eh bien non ! L’Europe, avec sa multilatéralité, se doit d’être présente pour tempérer ce genre d’initiative. Mais elle ne pourra pas le faire en restant en dehors du jeu ».  

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« C’est maintenant que la partie se joue. Dans 5 ans il sera trop tard, confirme Peter Weiss. La course vers la Lune ne va pas s’arrêter avec quelques drapeaux plantés en surface. Plusieurs nations se positionnent déjà pour tirer parti des ressources lunaires dans une zone du Pôle Sud dont la taille ne dépasse pas celle de l’île de France. Si la France et l’Europe ne commencent pas à bouger aujourd’hui, le retard pris sera impossible à rattraper ». L’objectif pour le Vieux continent est donc clair : il s’agit de transformer ses belles vidéos en réalité. 

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