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jeudi, août 18, 2022

Pr Gilbert Deray : Rien ne permet de promettre l’immunité collective définitive avec Omicron

Nous sommes dans une boucle temporelle. 

1. Contaminations hors de contrôle mais hospitalisations stables, tout va bien. 

2. Puis, hospitalisations hors de contrôle mais réanimations stables, tout va bien.  

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3. Puis réanimations saturées mais nombre de décès acceptables et qui ne concernent que des personnes fragiles et condamnées, tout va bien. 

4. Trop tard, c’est grave  

Reprendre à 1 au prochain variant. 

A chaque épisode de cette crise sanitaire et pour conforter leur schéma narratif répétitif, les hérauts de cette boucle temporelle minimisent la gravité de la situation dans les hôpitaux et les morts qui ne sont que des vieux qui de toute façon allaient mourir rapidement. De plus, ils nient le Covid long et la possibilité de cas de Covid graves chez l’enfant.  

A cela ils ajoutent, comme tout guide suprême, une solution définitive à la crise. Hier, elle s’appelait hydroxychloroquine/ivermectine, elle se nomme aujourd’hui « immunité naturelle post infectieuse ». 

Et pourtant la réalité du terrain n’est pas ce qu’ils décrivent.  

Notre système de soins est soumis à de très fortes tensions. Les déprogrammations massives et récurrentes, la dégradation des soins liée au manque de personnel et à leur épuisement ont entraîné une perte de chance pour tous les patients hospitalisés.  

Bien sûr, les carences étaient préexistantes au Covid, mais elles ont été exacerbées par celle-ci.  

Nos réanimations sont au bord de la rupture avec plus de la moitié de leur capacité embolisée par les patients Covid. Outre la menace d’un tri des patients, cette hyper-activité continue risque d’entraîner une surmortalité des patients admis dans ces unités.  

Le nombre de décès, environ 200 par jour, n’est plus une « variable » d’ajustement des mesures sanitaires. Qu’importe que 26 % d’entre eux aient moins de 75 ans et 8% moins de 65 ans. Dans l’imaginaire du Covid est profondément ancré que ce sont les très vieux déjà malades qui meurent. Qu’importe que l’espérance de vie d’une personne de 80 ans soit de dix ans, ils allaient de toutes les façons mourir prochainement. 

Le nombre des hospitalisations d’enfants, en particulier les moins de 5 ans, a récemment nettement augmenté dans plusieurs pays, ce qui amène à nous interroger sur la particularité d’Omicron dont une étude suggère qu’il serait aussi virulent que Delta chez les moins de 12 ans. L’enfant dans cette crise est « un non sujet ». Nous avons pris du retard pour débuter la vaccination des 5-11 ans, certains nient même le Covid long chez les 5-11 ans et nos écoles ne sont toujours pas suffisamment sécurisées. 

En France le problème du Covid long est sous évalué et sous estimé. Et l’étude française qui a parlé de « croyance » pour qualifier ces patients sert d’étendard aux « hérauts de la boucle temporelle » afin de nier cette épidémie à venir. 

Ailleurs, en particulier aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, le Covid long est pris en considération et a conduit à la création de départements spécifiques pour prendre en charge les patients et d’études sur le long terme. Même si Omicron n’induit qu’une fraction des Covid longs observés avec les précédents variants, cela va être dévastateur. 

Le graal de l’immunité collective

Quant à Omicron il serait même une chance ! Ce serait même la dernière vague avant la fin de ce cauchemar.  

Il ne faudrait pas s’inquiéter de ces 200 000 cas par jour, mais au contraire s’en réjouir car ils n’entraîneront ni hospitalisations ni décès en nombres significatifs et nous serons ainsi définitivement protégés grâce à l’immunité acquise par l’infection.  

Enfin nous atteindrons le graal de l’immunité collective.  

Des affirmations martelées dès l’apparition de ce variant, et alors que rien ne permettait de telles convictions. 

Les données sont enfin là, certes préliminaires, mais qui éclairent le débat : 

– Omicron est deux à trois fois plus contagieux que Delta. 

– Omicron est sans doute moins létal que Delta. Il est difficile de faire la différence entre la létalité intrinsèque de ce variant et celle liée aux caractéristiques de la population qu’il touche comparé à Delta (âge, état vaccinal, infection antérieure…).  

-Omicron peut échapper à l’immunité post vaccinale ou infectieuse.  

-La protection vaccinale contre les hospitalisations est très imparfaite pour deux doses (52% après plus de 25 semaines) et nettement meilleure pour trois doses (88%). Au 31 décembre, 22 172 439 Français avaient reçu 3 doses. Ajoutés aux non vaccinés et aux personnes immunodéprimées cela laisse des millions de personnes à la merci d’Omicron. Cela peut expliquer pourquoi les hospitalisations augmentent aux USA, en Grande Bretagne, au Canada et en Espagne, entre autres.  

Prédire dans ces conditions l’impact sanitaire de la vague Omicron est un exercice périlleux. 

Pour certains, l’avenir proche est radieux. Il suffit juste de tenir et au prix de quelques milliers de morts supplémentaires, cette crise sera terminée et de façon définitive, grâce à l’immunité collective apportée par Omicron. Un modeste sacrifice de quelques vieilles personnes pour que la majorité puisse enfin vivre normalement.  

Le débat, s’il mérite d’être posé, souffre d’un biais cognitif majeur. Rien ne permet de promettre l’immunité collective définitive avec Omicron. 

Qui peut sérieusement affirmer qu’il n’y aura pas un nouveau variant plus dangereux et qui échappe à l’immunité vaccinale ou post infectieuse ou vaccinale des variants précédents ?  

A part ceux qui diffusent le mythe de l’évolution permanente des virus vers des formes moins dangereuses.  

Pour le SARS-COV-2, l’évolution a conduit à une augmentation progressive de la contagiosité et de la létalité des variants. Sauf peut-être pour Omicron qui serait nettement plus contagieux mais moins sévère du fait d’un tropisme pour les bronches et non les poumons. Rappelons qu’un virus dont la létalité est moindre mais la contagiosité plus grande peut entraîner plus de décès par le simple fait du nombre de cas beaucoup plus important. 

Et qu’en sera-t-il du prochain variant ?  

Des mesures qui ne peuvent se limiter à la vaccination

Mais alors que faire ?  

Nous sommes dans un contexte où il n’est plus possible de prendre des mesures qui réduirait efficacement la vague Omicron pour deux raisons : 

-Il est beaucoup trop tard. 

-Ces mesures seraient économiquement et socialement inacceptables. Nous ne sommes plus au printemps 2020. 

Il faut donc prendre des mesures qui protègeront contre les formes graves sans détruire notre modèle de société. Elles ne peuvent se limiter à la vaccination.  

-Renforcements des moyens hospitaliers. Oui, il faut des années pour former un médecin ou une infirmière réanimateur mais l’on pourrait commencer.  

-Protection des enfants que l’on a renvoyé dans les écoles sans mesures suffisantes. Capteurs de CO2, masques FFP2 , aération, tests réguliers obligatoires pour tous sont demandés en vain depuis des mois. 

-Vaccination accélérée des 5-11 ans pour laquelle nous avons pris beaucoup de retard. 

– Réalisation de la troisième dose, meilleure barrière contre les hospitalisations à Omicron.  

-Utilisation beaucoup plus large des masques FFP2. 

-Respect très strict des gestes barrières le temps que soit passée la vague Omicron. 

J’appelle la communauté internationale à retrouver la raison, à défaut de la générosité, et à enfin mettre en place une vaccination mondiale généralisée seul moyen d’éviter l’inéluctable prochain variant.  

Je rappelle que retarder l’infection, c’est permettre d’attendre le progrès thérapeutique. La majorité des décès des non vaccinés de 2020 et début 2021 seraient aujourd’hui vivants grâce au vaccin.  

Des médicaments anti-viraux et de nouveaux vaccins adaptés aux variants sont très proches. 

En tant que médecin je déplore le choix de l’économie, mais en tant que citoyen je le comprends. 

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Néanmoins, sauvons autant de vies qu’il est possible dans l’attente des progrès thérapeutiques qui eux, contrairement au « variant chevalier blanc », sont réellement inéluctables. 

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