13.3 C
Londres
samedi, juin 25, 2022

Levée des restrictions sanitaires : « Nous ne reviendrons jamais dans la situation pré-Covid »

La France est de retour sous les 100 000 contaminations. Le chiffre, recensé en seulement 24h, est encore très élevé, il est cependant en baisse continue depuis maintenant plusieurs semaines, après un pic atteignant un demi-million de cas. Même dynamique à l’hôpital, mais de manière plus récente. Les établissements de soins traitent actuellement 29 843 malades, après une pointe à plus de 33 000 hospitalisés le 7 février dernier. L’Institut Pasteur a émis mercredi quelques modélisations optimistes. L’éclaircie pourrait être durable à l’hôpital, ce qui pousse le gouvernement à revoir ses mesures sanitaires. 

 

Ainsi, l’abandon du masque dans les lieux clos soumis au passe vaccinal sera effectif dès le 28 février. Quant au passe, une suppression est envisagée dès la fin du mois de mars, ou début avril. Ces initiatives n’ont rien d’inédites dans le monde : le Royaume-Uni, le Portugal, le Danemark ou encore Israël ont également abandonné la majorité de leurs contraintes. 

Pour Yves Buisson, épidémiologiste et président de la cellule Covid-19 de l’Académie nationale de médecine, ces assouplissements sont les bienvenus en France. Jusqu’à un certain point, car il faut le rappeler : le Covid-19 ne disparaîtra pas de sitôt. 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

L’Express. Le regard de l’épidémiologiste, d’abord. Sur quelle dynamique sommes-nous, actuellement, concernant l’épidémie ? 

Yves Buisson. Nous sommes dans une phase très positive, l’épidémie est en grande régression, et de manière rapide. Cette dynamique incite par ailleurs à l’optimisme car on ne voit pas l’ombre d’un variant menaçant qui pourrait prendre la place d’Omicron. Le fait que l’épidémie régresse, couplé à l’arrivée du printemps et à l’absence de nouveau variant, sembler nous faire progresser du stade de la pandémie à celle de l’endémie.  

La France assouplit massivement, comme d’autres pays. N’est-ce pas trop tôt ? On a l’impression de vivre un « Happy End digne de Netflix », comme le remarquait récemment dans nos colonnes le Pr Gilbert Deray… 

Dans les lieux clos soumis au passe vaccinal, cet abaissement graduel des restrictions est plutôt justifié. La circulation du variant Omicron semble avoir battu son plein. Un très grand nombre de personnes ont désormais été infectées, la population est bien vaccinée. C’est une décision sage, même si, comme tous les assouplissements, il semble difficile de fixer des caps. Là, par exemple, on pourrait raisonnablement estimer qu’en se donnant quelques semaines supplémentaires, on sera peut-être encore plus convaincu d’aller vers l’endémie qu’on ne l’est aujourd’hui. Les échéances électorales, la présidentielle qui se joue en avril, ont peut-être joué son rôle dans cette communication. Et cela contribue alors à une certaine méfiance par rapport au discours officiel. On ressent toute cette ambiguïté autour de la suppression du passe vaccinal, qui dans l’immédiat, représenterait une erreur.  

Une tendance, « Oui aux masques » est récemment apparue sur les réseaux sociaux, comme un signe de résistance. Est-ce la clé du futur de cette épidémie : conserver une responsabilité individuelle face à l’épidémie et continuer à se protéger en cas de besoin ? Il faut rappeler que le Covid n’est pas sans danger, et que ses formes « longues » restent aussi dangereuses que méconnues… 

Ce Covid long posera un problème long. Au sein de l’Académie de médecine, on travaille dessus de manière interdisciplinaire : les cardiologues, les endocrinologues, les psychiatres, et bien d’autres spécialités sont sur le pont, car ce mal est polymorphe et très mal défini. On a eu tendance à croire, au départ, que ce n’était qu’une fatigue chronique. Ce Covid long s’en rapproche par certains aspects, mais il s’avère bien plus complexe que cela. 

Pour le reste, si l’on finit par vivre dans une forme de normalité, nous ne reviendront jamais dans la situation pré-Covid. L’ensemble de la population a désormais été éduqué aux gestes, aux attitudes, pour limiter la circulation des virus respiratoires. On a appris le port du masque. A part les médecins, on ne voyait personne en porter avant la maladie. J’ai vécu longtemps en Asie du Sud-Est, dès que quelqu’un est malade, quelqu’un porte un masque, c’est automatique. Il faut le porter dans un but altruiste, et personne ne savait faire ça. C’est entré dans les moeurs, et c’est bien. Il y aura de nouvelles pandémies à l’avenir. Je comprends donc cette « résistance » du port du masque. Mais ce que j’espère, au-delà des comportements personnels, c’est que les autorités sanitaires des différents pays vont elles aussi se préparer, se prémunir face aux dangers, plus qu’elles n’ont jamais su le faire sur la grippe par exemple. 

Est-ce que cet abandon significatif des restrictions, masques et passe, va à terme signer la fin de la vaccination, comme au Danemark ? 

Je n’espère pas, car on a encore besoin de la vaccination. Il faut la maintenir le plus longtemps possible, notamment chez les enfants, qui en ont très peu bénéficié jusqu’ici, ainsi que pour les personnes vulnérables et-ou âgées. On sait que l’on ne supprimera pas le virus, celui-ci est parfaitement bien adapté à l’espèce humaine, avec des capacités de mutation qui lui permettent d’esquiver nos défenses naturelles. Il continuera de faire des dégâts. On serait, en plus, très embêté en cas de forte résurgence prochaine. Scientifiquement, il est donc important de maintenir une bonne couverture immunitaire. Surtout quand on sait que celle acquise après une infection n’est pas de très longue durée. Quand elle s’ajoute à celle obtenue grâce aux vaccins, l’immunité est de bien meilleure qualité, elle est plus durable. 

Le dépistage tel qu’on le connaît a-t-il lui aussi toujours un sens ? 

Non, la politique du nombre, lancée en juillet 2020, a fait son temps. Celle-ci a d’ailleurs coûté cher, sans aucune utilité ni efficacité sur le contrôle de la circulation du virus. Aujourd’hui, le dépistage ciblé, orienté est maintenant plus intéressant, que ce soit dans les écoles ou auprès des personnes âgées. Peut-être aussi est-il temps d’accélérer les investissements sur de nouvelles méthodes de détection, comme dans les eaux usées, jusqu’ici négligées. Seulement 200 centres sont surveillés aujourd’hui. C’est pourtant un outil de détection précoce de toute résurgence, de tout cluster. L’idée est désormais de tester pour réaliser quelque chose derrière, et pas seulement pour obtenir des chiffres. 

Opinions

Chronique

Par Gaël Brustier

Chronique

Par Yascha Mounk

Chronique

Pierre Assouline

Chronique

Par Nicolas Bouzou

Les dernières nouvelles
Nouvelles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici