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dimanche, juillet 3, 2022

Levée des restrictions anti-Covid : vitesse ou précipitation ? Par le Pr Gilles Pialoux

Dès les premiers signes d’embellie palpables sur le pic de la vague Omicron, l’exécutif a annoncé non sans lucidité quant au bilan actuel de la forte pression hospitalière et sa réalité clinique – non Omicron n’est pas qu’un rhume ! – des mesures d’allègement effectives au 2 et 16 février prochain. Mesures que les Français harassés par deux ans de pandémie, les efforts consentis en termes de vaccination, de télétravail ou de dépistage et les soubresauts des mesures coercitives, attendaient légitimement. C’est cohérent sur le plan politique. Pour autant, difficile de mesurer la cohérence scientifique et l’impact de ce choix pris, une fois de plus, entre deux risques : celui de ne pas épuiser plus les Français versus celui d’anticiper trop précocement sur un « après Omicron » qui devrait inexorablement arriver. 

Un « après » dont nul ne peut d’ailleurs prédire de quoi il sera fait : « début de la fin » avec quelques vaguelettes épidémiques en raison d’un niveau d’immunité collective composite élevé (vaccins + infections massives) et de l’arrivée de traitements antiviraux directs ou d’anticorps monoclonaux qui se jouent des mutations ? Evolution vers un nouveau variant encore plus transmissible mais encore moins sévère, apaisant d’autant le remplissage hospitalier mais déplaçant le problème vers la médecine de ville ? Ou au contraire émergence d’un variant d’échappement vaccinal issu de régions du monde non vaccinées, faute de brevets levés et d’acceptabilité du vaccin, variant qui rebattrait les cartes de la pandémie ?  

« De quoi le rebond observé depuis mi-janvier est-il le nom ? »

Pour certains, le calendrier avancé se veut « pragmatique » et « proportionnel ». Pour d’autres c’est un peu le calendrier de l’Avent, où derrière chaque porte ouverte figure une énigme, voire une prise de risque. Une question par exemple pèse lourdement sur l’analyse sanitaire des levées de restrictions annoncées jeudi soir par l’exécutif : de quoi la reprise épidémique observée depuis la mi-janvier est-elle le nom ? Est-ce un rebond qui précède un déclin rapide à la sud-africaine ? Ou bien comme le suggère à pas feutrés le Conseil scientifique dans son dernier avis daté du 19 janvier, ce rebond est-il « possiblement lié à la reprise de la vie scolaire » ?  

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Le Conseil scientifique préconise d’ailleurs « d’allouer des moyens supplémentaires pour renforcer les protocoles sanitaires de prévention et dépistage des infections en milieu scolaire et dans les crèches », là où l’exécutif prône le contraire. Selon les mots du Premier ministre, l’actuel protocole, modérément « renforcé » début janvier pour faire face à la cinquième vague et la haute contagiosité d’Omicron, « sera probablement allégé à la rentrée des vacances de février ». Choix assumé, semble-t-il, d’une circulation virale stratosphérique notamment en écoles ou en crèches comme en attestent les chiffres de nouveaux cas quotidiens dans les tranches d’âge inférieures : 4% (4012 cas pour 100 000 habitants) chez les 0-9 ans et 5,5% (5506 cas pour 100 000 habitants) chez les 10-19 ans, selon le data scientist Germain Forestier. Ce qui en mathématique de collège signifie que si la vague se poursuivait à ce rythme, toute la tranche d’âge serait contaminée en quelques semaines.  

Ce rebond de mi-janvier pourrait aussi être lié au fait que les Français ont déjà anticipé la décrue par le relâchement des mesures barrières, de l’isolement et du dépistage, qui a pour la première fois depuis novembre baissé dans la semaine du 10 au 16 janvier, autotests compris. Ou serait-ce, déjà, la faute au variant du variant Omicron (BA2) détecté pour la première fois en Chine le 27 décembre 2021 et présent déjà dans plus de 40 pays ? Variant BA2 semble-t-il plus hautement contagieux encore et qui au Danemark représenterait déjà 70 % des cas alors que le nombre de contaminations quotidiennes qui stagnait autour de 23 000 a soudainement grimpé ces derniers jours jusqu’à 40 620 cas incidents le 20 janvier. 

Gouverner c’est prévoir. Soigner c’est prévenir. Mais tout est plus complexe avec l’imprévisibilité d’une pandémie qui n’a eu de cesse de prendre à contre pied modélisateurs, épidémiologistes… et pouvoirs publics. 

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*Le Pr Gilles Pialoux est chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon (AP-HP) à Paris (XXe). Membre du collectif PandemIA et du pôle santé de Terra Nova, il est également l’auteur de Nous n’étions pas prêts. Carnet de bord par temps de coronavirus (éd. JC Lattès) et de Comme un léger tremblement (Mialet Barrault), à paraître le 2 février.  

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