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jeudi, août 18, 2022

Espace : l’Europe parle d’une même voix pour devenir indépendante (mais le chemin sera long)

Héritage gaullien, passé du cadre national au cadre continental, l’autonomie stratégique européenne est un cheval de bataille très français auquel nos partenaires européens ont parfois du mal à adhérer, souvent par peur d’affaiblir le « parapluie » américain. Profitant de sa double présidence, de l’Union et de l’Agence spatiale européenne (ESA), la France a donc décidé de faire avancer le dossier dans son volet spatial. Le succès rencontré était inattendu : le sujet a fait l’unanimité entre les 30 ministres européens – les 27 de l’Union et les 3 de l’ESA qui n’en font pas partie -, réunis le 16 février à Toulouse. 

En premier lieu, l’Europe va se doter d’une constellation « souveraine » pour les liaisons à haut débit. Il ne s’agira pas de concurrencer la constellation Starlink en cours de déploiement par Elon Musk ou son homologue Kuiper en préparation chez Amazon, ni même la constellation indo-britannique OneWeb, rendue possible par Airbus et Arianespace, mais de s’en affranchir.  

En effet, la pandémie de Covid, des catastrophes naturelles et quelques cyberattaques ont permis de prendre la mesure de la dépendance de notre société et de notre économie à la connectivité. Cela va s’intensifier à l’avenir. La fracture numérique doit être réduite et les « zones blanches » effacées, pour que tous les citoyens européens aient accès à tous les services, tout le temps, et même lorsque l’infrastructure terrestre est mise à mal. Le satellite est la clef. 

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Or, en Europe, on imagine mal d’assurer ces connexions vitales par le biais d’un système commercial américain ou chinois. Outre les liaisons gouvernementales sécurisées, peut-on laisser les données essentielles des citoyens transiter par un système extraterritorial qui ne serait pas soumis aux règles européennes sur leur protection ? On voit mal, également, comment Bruxelles pourrait tenter d’imposer ses règles aux Gafam de demain, si ceux-ci tiennent l’économie européenne en otage avec leurs satellites. Il faut donc un système européen, fabriqué en Europe et faisant appel à l’état de l’art en matière de cryptage, et en particulier de cryptage quantique. 

250 satellites annoncés

Le commissaire Thierry Breton, qui a porté le projet, a déjà trouvé de quoi mettre au pot 2,4 milliards d’euros, dont 1,7 milliard grappillé hors du budget spatial, en faisant appel aux fonds prévus pour le numérique ou pour la recherche et le développement (R&D). Reste à voir si les Etats pourront débloquer autant de leur côté. Plusieurs ont prévu une enveloppe dédiée à la connectivité dans leur plan de relance, qui pourrait être mise à profit. Enfin, le privé devra lui aussi investir un montant similaire, avec la perspective d’un retour sur les usages commerciaux de la constellation. Environ 250 satellites sont annoncés, sur un panachage d’orbites basses, moyennes et géostationnaires, avec des premiers lancements dès 2024. 

Mais la place et les fréquences commencent à manquer autour de la Terre. La France a résolu cette question en apportant son « trésor de guerre » : des portions de spectre réservées de haute lutte auprès de l’Union internationale de télécommunications pour des projets industriels mais aussi en partie pour sa défense. En revanche, l’occupation de l’orbite basse reste une zone de non-droit, où le plus agressif peut imposer sa loi. 

En l’absence de règles internationales, l’Europe a décidé de se doter des moyens de surveillance adaptés pour s’affranchir une fois de plus des systèmes étrangers et assurer d’elle-même le suivi des débris et des autres satellites afin de pouvoir protéger son infrastructure spatiale. Elle va aussi définir une série de règles et de standards pour la gestion des manoeuvres, la prévention des collisions, la désorbitation des satellites en fin de vie et la limitation de la génération de débris.  

Ces règles ne s’appliqueront dans un premier temps qu’aux programmes européens, mais le but est de répéter le succès du Règlement général sur la protection des données (RGPD) sur Internet. Cette norme européenne a fini par faire tache d’huile pour s’appliquer de plus en plus largement hors du Vieux Continent. Là aussi, un règlement pourrait être promulgué dès 2024. 

Reste la dernière des autonomies qui manque encore à l’Europe : celle d’envoyer ses astronautes dans l’espace. Le sujet ne fait pas consensus et un coup d’envoi en pleine campagne électorale française aurait été mal interprété. Un conseil de sages – externes au monde spatial – doit se saisir de la question dès le mois de mars, pour rendre ses avis dès l’été et les finaliser début 2023. 

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