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dimanche, juillet 3, 2022

Effets secondaires des vaccins anti-Covid : que répondre à votre oncle antivax ?

Plus d’un an après l’arrivée des vaccins, 130 millions d’injections ont été réalisées en France et des milliards dans le monde. Mais des peurs, voire des fantasmes persistent concernant les effets secondaires liés à la vaccination contre le Covid-19. Bien sûr, des effets secondaires existent, comme pour tous les médicaments. Ils sont connus, car répertoriés de manière transparente par les autorités sanitaires françaises et mondiales. Le Covid-19 est, d’ailleurs, une des maladies les plus surveillées de l’histoire de la médecine moderne. « En deux ans, la communauté scientifique a publié l’équivalent de 50% des études scientifiques publiées sur le VIH en 40 ans », illustre Olivier Robineau spécialiste des maladies infectieuses au centre hospitalier de Tourcoing. Et les vaccins contre le Covid-19 sont aussi, parmi les plus étudiés et surveillés de l’histoire. 

Et une certitude s’impose : les effets secondaires sont dans la très grande majorité des cas bénins. Mais il n’est pas toujours aisé de faire le tri ou de comprendre toutes les données disponibles, même celles venant de sources fiables, ni de débusquer les nombreuses fausses informations circulant à ce sujet. L’Express fait le point. 

  • Les effets indésirables sont plus courants et plus graves après l’infection qu’après la vaccination

Les autorités sanitaires mondiales recommandent la vaccination parce qu’il a été déterminé que la balance bénéfice-risque penche en faveur de la vaccination. Cette balance se calcule en comparant les bénéfices et les risques de la vaccination contre le Covid-19 ou, autrement dit, en comparant le pourcentage de risques de subir un effet secondaire après la vaccination et le pourcentage de risques associés à l’infection du Covid-19, dont les formes graves, les séquelles, le Covid long ou les syndromes post-Covid. Toutes les études menées à ce jour confirment qu’il est largement plus risqué de ne pas se faire vacciner que l’inverse. 

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L’un des arguments méconnus expliquant cela est que depuis que la vaccination existe (la première injection contre la rage remonte à 1885), « les vaccins ne provoquent pas d’autres effets indésirables que ceux que la maladie engendre, sauf qu’ils sont moins fréquents, moins graves et moins durables après la vaccination qu’après l’infection », indique Mathieu Molimard spécialiste de pharmacologie clinique au CHU de Bordeaux. Autrement dit, même si la vaccination peut provoquer des effets indésirables, ils seront toujours moins fréquents, graves et durables que ceux que la maladie engendre. C’est le principe fondamental des vaccins qui simulent une infection bénigne afin d’entrainer notre système immunitaire à combattre la véritable menace.  

Ce fait reste vrai pour les vaccins contre le Covid-19, comme l’ont notamment démontré des chercheurs de l’université d’Oxford (Royaume-Uni) dans une étude publiée en août 2021 dans la revue scientifique BMJ. Ces derniers ont étudié les effets secondaires graves rapportés par plus de 29 millions de personnes vaccinées (avec AstraZeneca et Pfizer-BioNTech) et les ont comparés avec les événements indésirables graves survenant après une infection Covid-19. Les résultats montrent que le risque de développer une thrombose (un caillot de sang qui se forme dans une veine), chocs ischémiques (un accident vasculaire cérébral transitoire) ou autres myocardites (inflammation du muscle cardiaque) est bien plus élevé en contractant le Covid-19 qu’après l’injection d’un vaccin. 

En magenta, le taux d’incidence des effets secondaires graves chez les personnes atteintes de Covid-19. En violet, le taux d’incidence après une première dose d’AstraZeneca. En orange, le taux d’incidence après une première dose de de Pfizer-BioNTech.

BMJ Publishing group Ltd.

Une étude similaire publiée en septembre 2021 dans la revue scientifique The New England of Medicine et s’intéressant en particulier au vaccin de Pfizer-BioNTech arrive aux mêmes conclusions. « Les deux seuls effets secondaires du vaccin qui sont plus fréquents que les effets indésirables de l’infection sont… Les douleurs au point d’injection – logique puisqu’il n’y a pas de piqûre lors de l’infection ! – et des ganglions bénins sous le bras où l’injection a eu lieu », détaille Mathieu Molimard.  

En bleu, le risque de développer l’effet indésirable (sur 100 000 personnes) après une vaccination contre le Covid-19.En jaune, le risque de développer l’effet indésirable (sur 100 000 personnes) après une infection Covid-19.

The New England Journal of Medicine

De la même manière, des chercheurs enquêtent sur de récents signaux indiquant que les vaccins pourraient provoquer des formes de Covid long, rapporte une longue enquête publiée dans Science. Si les spécialistes prennent cette question au sérieux, ils soulignent que la causalité entre l’injection d’un vaccin et la survenue d’un Covid long n’a pas encore été établie et que, si cela était le cas, le phénomène serait « extrêmement rare » (probablement moins d’un cas sur 100 000). En revanche, le risque de Covid long après avoir été infecté par le Sars-CoV-2 est évalué entre 5 et 30%. Surtout, une étude préliminaire publiée le 17 janvier 2022 montre que les personnes vaccinées et infectées souffrent moins souvent des symptômes évoqués dans le Covid long (entre 54 à 68% moins) que les personnes non vaccinées. Des résultats qui confirment ceux d’une précédente étude publiée le 1er janvier dans The Lancet, rapporte la revue Nature.  

Et la balance penche encore plus du côté des bénéfices quand on ajoute que les vaccins réduisent la mortalité de 99% après trois doses (Omicron inclut), mais aussi les formes graves de la maladie, ce qui permet de diminuer le nombre d’hospitalisations et de soulager les services de réanimations, où les lits ne sont pas illimités. 

  • Une partie des effets secondaires sont des effets nocebo

Si l’effet placebo est bien connu, l’effet nocebo – son équivalent négatif -, l’est moins. Dans les deux cas, il s’agit d’un mécanisme enclenché par notre cerveau qui déclenche des effets positifs ou négatifs. L’effet placebo ne suffit pas à lui seul à guérir d’une maladie, mais il peut réduire ses symptômes, tout comme l’effet nocebo ne provoquera pas de maladie grave, mais produira des effets négatifs bien réels. En 1983, le British Stomach Cancer Group a par exemple proposé à 411 patients un nouveau traitement de chimiothérapie. Les chercheurs leur ont précisé qu’ils devaient s’attendre à de probables nausées et pertes de cheveux. Et effectivement, plus de 30% d’entre eux ont perdu des cheveux et 56% ont rapporté des vomissements. Sauf que le véritable traitement n’avait pas commencé. Les patients n’avaient reçu qu’un placebo. 

Anticipant un potentiel effet nocebo des vaccins contre le Covid-19, une équipe de Boston (États-Unis) a compilé le résultat de 12 essais cliniques. Ils ont ainsi comparé les effets secondaires de plus de 22 000 personnes ayant reçu un vrai vaccin avec ceux d’un groupe de la même taille ayant reçu un vaccin placebo (sans aucune substance active). Ils ont ensuite demandé aux participants de lister leurs effets secondaires. Les personnes ayant reçu le vrai vaccin ont rapporté plus d’effets secondaires (46,3% lors de la première dose, 61,4% lors de la deuxième), mais 35,2% des personnes faussement vaccinées ont déclaré souffrir de maux de tête ou de fatigue après la première injection, 31,8% après la deuxième, expliquent-ils dans leur étude publiée le 18 janvier dernier dans JAMA.  

  • Tous les effets secondaires se déclenchent au bout de 2 à 3 mois maximum

Un autre fait méconnu et pourtant rassurant est que tous les effets secondaires de tous les vaccins existants se sont toujours déclenchés dans les deux mois maximum après l’injection, comme le rappellent des travaux de chercheurs américains qui ont étudié les campagnes de vaccination contre la fièvre jaune, la grippe, la polio ou encore la rougeole-rubéole-oreillons. Cette constante reste vraie avec les vaccins contre le Covid-19, qu’ils reposent sur la technologie de l’ARN messager ou non. 

En revanche, les effets négatifs les plus rares, s’ils interviennent au bout de deux mois maximum, ne sont pas forcément identifiés dans ce même laps de temps. En effet, quand les premiers vaccins ont été autorisés en décembre 2020, c’est parce que des essais cliniques menés sur des dizaines de milliers de personnes avaient confirmé l’absence de risque. Sauf que des effets secondaires très rares se produisant une fois toutes les 50 000, 100 000 ou millions d’injections n’ont pas pu être repérés.  

Fort heureusement, les programmes de pharmacovigilance mis en place dans de nombreux pays permettent de suivre l’état des populations vaccinées et de détecter le moindre problème. C’est grâce à ces dispositifs que les thromboses provoquées par AstraZeneca et les myocardites et péricardites provoquées par Pfizer-BioNTech et Moderna, ont été révélées. Ces effets, extrêmement rares, n’ont pas remis en cause la balance bénéfice-risque, d’autant que le risque de leur apparition est bien plus grand après une contamination qu’à la suite d’une injection. 

  • Quelles sont les meilleures sources pour connaître les effets secondaires ?

Parmi les sources les plus fiables sur les effets secondaires se trouve le site de l’Agence européenne des médicaments (EMA), qui recense les effets secondaires des vaccins autorisés en Europe : Pfizer-BioNTech, Novavax, Moderna, AstraZeneca et Janssen. Son équivalent américain, l’Administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments (FDA) fait de même avec les vaccins de Pfizer-BioNTech, Moderna et Janssen. En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) met régulièrement à jour des fiches spécifiques listant tous les effets secondaires dont les liens avec les vaccins Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Janssen sont prouvés. L’agence publie également des « points de situation sur la surveillance des vaccins », qui recensent tous les effets indésirables rapportés par la population, que le lien avec les vaccins soit prouvé ou non. 

 

Mais avant de détailler ces données, il faut rappeler qu’en France, les effets indésirables sont classés en deux catégories, « légers » et « graves ». Ils sont également répertoriés selon leur occurrence : très fréquents (plus d’une personne sur 10), fréquents (une personne sur 10 à une sur 100), peu fréquents (une sur 100 à plus d’une sur 1000), rares (une sur 1000 à une sur 10 000) et très rares (moins d’une personne sur 10 000, 100 000 ou un million). Les effets non graves – 76% selon l’ANSM – sont ceux qui disparaissent d’eux-mêmes au bout de quelques heures ou jours et n’entraînent pas de désagréments majeurs. Les effets secondaires sont considérés comme graves s’ils entraînent un arrêt de travail de plusieurs jours, une hospitalisation, ou une incapacité permanente. 

  • Fréquence et types d’effets avérés, vaccin par vaccin

Pfizer-BioNTech est le vaccin le plus utilisé en France (101 millions d’injections).  

  • Effets secondaires très fréquents : douleur ou gonflement au site d’injection, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires et articulaires, frissons, fièvre, diarrhée. Ces symptômes sont plus fréquents lors de l’administration de la 2e dose que la première.
  • Fréquents : rougeurs au point d’injection, nausées et vomissements.
  • Peu fréquents : douleurs dans le bras où le vaccin a été injecté, démangeaisons au point d’injection, insomnie, malaise, éruptions cutanées, gonflements des ganglions, transpiration excessive, sueurs nocturnes, perte d’appétit ou d’énergie (léthargie), fatigue.
  • Rares : urticaire, gonflements, souvent douloureux, de la peau et des muqueuses. Quatre cas de paralysie faciale (dite de Bell) sur 22 000 personnes ont été rapportés dans les 3 à 48 jours suivant la vaccination. Dans la majorité des cas, elle a disparu au bout d’une semaine, spontanément ou grâce à un traitement.
  • Très rares : myocardites, péricardite (inflammation du muscle cardiaque ou de la membrane qui entoure le coeur). Selon l’EMA, l’incidence de ces deux derniers effets est « très rare » serait de moins d’un cas sur 100 000. Aucun décès n’a été rapporté en France.
  • Autres effets indésirables très rares dont la fréquence n’a pas été estimée : réaction allergique généralisée rapide (se déroulant au bout de 15 minutes suivant l’injection, raison pour laquelle les médecins demandent d’attendre cette période après la première injection), érythème polymorphe (réaction inflammatoire caractérisée par des lésions cutanées), gonflement étendu du membre vacciné, gonflement du visage.

Moderna est le deuxième vaccin le plus utilisé en France (20 millions d’injections).  

  • Très fréquents : les mêmes qu’avec Pfizer-BioNTech, plus des nausées et vomissements. Ces symptômes sont plus fréquents lors de l’administration de la 2e dose que la première.
  • Fréquents : rougeurs et éruptions cutanées au point d’injection, éruption cutanée, diarrhée.
  • Peu fréquents : démangeaisons au point d’injection, vertiges.
  • Rare : trois cas de paralysie faciale sur 15 185 personnes ont été rapportés, de 22 à 32 jours après la deuxième dose. Deux cas graves de gonflement du visage ont été observés chez des personnes présentant des antécédents d’injection d’agent cosmétique, diminution du sens du toucher et de la sensibilité physique.
  • Très rares : pareil que Pfizer-BioNTech, même si l’occurrence des myocardites semble légèrement plus élevée, raison pour laquelle il est déconseillé chez les moins de 30 ans.
  • Autres effets indésirables très rares dont la fréquence n’a pas été estimée : hypersensibilité, réaction allergique généralisée, érythème polymorphe.

AstraZeneca a été utilisé en début de campagne vaccinal, mais il a été progressivement abandonné au profit des vaccins par ARN messager (7,8 millions d’injections). Ses effets secondaires sont similaires à ceux de Pfizer-BioNTech et Moderna, quoique globalement plus marqués. Les paralysies faciales sont par exemple rares (contre très rares pour les vaccins ARNm) et la catégorie « très rare » fait état de thromboses veineuses – 30 cas rapportés en tout -, ainsi que de syndromes de Guillain-Barré, une affection dans laquelle le système immunitaire du patient attaque les nerfs périphériques et peut provoquer une faiblesse musculaire, voire une paralysie quasi complète. Une étude publiée le 25 octobre dans Nature indique néanmoins que le risque de développer ce syndrome est cinq fois plus élevé en contractant la maladie (145 cas pour 10 millions d’infectés) qu’avec la vaccination (38 cas pour 10 millions de vaccinés). 

Janssen, qui utilise la même technologie qu’AstraZeneca, n’a été injecté qu’un million de fois en France. Les effets indésirables fréquents et graves sont globalement les mêmes qu’avec AstraZeneca, quoique des rares cas d’acouphènes ont également été rapportés. 

  • D’autres effets encore peu étudiés

D’autres « signaux potentiels » rares sont détaillés dans les « points de situation sur la surveillance des vaccins » de l’ANSM et font l’objet d’enquête afin de déterminer leurs liens avec les vaccins. En effet, des personnes peuvent rapporter divers effets négatifs après avoir été vaccinées, mais ils peuvent très bien être liés – outre à un effet nocebo – à une autre maladie. Parmi eux : des troubles du rythme cardiaque, des hématomes spontanés ou encore des pancréatites aiguës. Mais aussi l’apparition de Zona (réactivation du virus varicelle). « Ce n’est pas si surprenant, car même après la guérison, le virus de la varicelle reste dans le corps des patients,note Mathieu Molimard. Il est alors enfermé, ‘sous surveillance’ de notre système immunitaire, sauf que le vaccin contre le Covid-19 sollicite notre système immunitaire qui peut, à la manière d’un garde de prison, baisser sa garde et laisser la varicelle réapparaître temporairement sous forme de zona ».  

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Quelques centaines de troubles sur les cycles menstruels – absence, retard ou arrivée précoce des règles, saignements abondants ou entre deux cycles – de courte durée et se résolvant d’eux-mêmes ont également été notifiées par des Françaises. Ils font ainsi « l’objet d’une surveillance attentive », indique l’ANSM. Pour l’instant, une étude américaine menée sur 4000 femmes et publiée le 5 janvier dans Obstetrics & Gynecology a confirmé qu’il existe un lien entre un rallongement du cycle menstruel des femmes – un jour en moyenne – après avoir reçu une injection d’un vaccin (principalement Pfizer-BioNTech ou Moderna) contre le Covid-19. Tout changement de durée inférieur à huit jours est classé comme normal par la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique, rappelle Alison Edelman, professeure d’obstétrique et de gynécologie à l’Oregon Health & Science University, principale auteure de l’étude. Cet effet indésirable apparaît temporaire, même si les scientifiques vont mener d’autres études afin de le confirmer. 

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