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lundi, mai 16, 2022

Déprogrammations, contaminations de soignants… Omicron, un virus pas « modéré » pour l’hôpital

100 000, 150 000, 200 000, 300 000 cas par jour… Déjà sous l’eau avec Delta, les hospitaliers scrutent les courbes des nouvelles infections liées à Omicron, avec la crainte de se trouver à nouveau submergés. « C’est vertigineux. La première semaine de janvier, entre 100 et 150 patients supplémentaires étaient hospitalisés chaque jour en Ile-de-France. Nous sommes sur le pont en permanence, pour nous mettre en situation de pouvoir accueillir 5000 malades en soins conventionnels dans les prochains jours, en plus de la réanimation », raconte Didier Jaffre, le directeur de l’offre de soins de l’Agence régionale de santé. 

Si Omicron semble entraîner proportionnellement bien moins de cas graves que les précédents variants, la vague due à ce virus ultra-transmissible ne s’annonce pour l’instant pas plus facile à gérer pour les hôpitaux. Son ampleur, en médecine comme en réanimation, reste une inconnue majeure : « Les Anglais nous disent qu’avec Omicron, ils ont une entrée en soins critiques pour dix hospitalisations, mais pour l’instant, nous en avons plutôt une pour quatre, car Delta circule toujours », constate le Pr Gilles Pialoux, chef de service d’infectiologie à l’hôpital Tenon (AP-HP) à Paris. Et à vrai dire, les données étrangères ne semblent, pour beaucoup, pas si rassurantes : « Ce qui nous fait peur, c’est la vitesse à laquelle les entrées en médecine ont augmenté au Royaume-Uni et aux États-Unis. Nous n’avons jamais eu à affronter cela », confirme le Pr Jean-Luc Jouve, président de la Commission médicale d’établissement de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille.  

Comme à chaque fois, les déprogrammations s’accélèrent, faisant payer le prix fort de la crise aux malades souffrant d’autres pathologies. « Un patient programmé début 2020 pour une intervention pour des douleurs invalidantes au dos en est à sa quatrième annulation. C’est désespérant », raconte Catherine Defendini, responsable du collectif Iade (infirmiers anesthésistes) d’Ile-de-France, infirmière à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (AP-HP). Mais le contexte n’est plus le même que lors des premières vagues. Alors qu’un certain nombre de soignants ont quitté le navire ces derniers mois, ces reports de soins touchent leurs limites : « Début 2020, nous avions ouvert jusqu’à 60 lits de réanimation et 200 lits dans les services de médecine pour des patients atteints du Covid. Aujourd’hui, nous ne pourrions plus aller aussi loin : nous n’avons tout simplement plus les soignants nécessaires, sauf à arrêter aussi la chirurgie des cancers », s’inquiète le Dr Jean-Marie Woehl, qui représente les médecins du centre hospitalier de Colmar. 

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Les personnels positifs asymptomatiques autorisés à travailler

Aux postes vacants, Omicron ajoute une difficulté supplémentaire : les contaminations de soignants. « Il est difficile d’avoir une vue globale sur les arrêts maladie, mais localement, dans certains services, nous pouvons atteindre jusqu’à 15% à 20% d’absentéisme », rapporte Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France. De quoi déstabiliser un peu des organisations parfois déjà très fragiles. A Draguignan (Var) par exemple, où les urgences avaient dû fermer voilà quelques mois à partir de 20 h 30 faute de médecins, le projet de revenir à un service normal est encore repoussé : « Nous ne voulons pas prendre le risque de rouvrir pour devoir ensuite refermer, ce serait très délétère », regrette le Dr Jean-Marc Minguet, le président de la Commission médicale d’établissement.  

Pour faire face à la désorganisation, les pouvoirs publics ont autorisé les personnels positifs asymptomatiques ou peu symptomatiques à travailler. « Mais cette mesure ne sera pas facile à mettre en oeuvre. Si un médecin donne un arrêt maladie à un personnel positif, je ne vois pas comment nous pourrions aller contre. Sans parler du risque d’infecter des patients ou de voir apparaître des clusters dans les services », souligne le Pr Jean-Luc Jouve.  

Les appels aux retraités – avec moins de succès que lors des premières vagues – ainsi qu’aux heures supplémentaires ont donc repris. « Dans certaines équipes, il a aussi fallu augmenter le nombre de malades par infirmière, à 13 contre 8 habituellement », raconte le Pr Gilles Pialoux, infectiologue à l’hôpital Tenon (Paris). En Ile-de-France, où l’incidence s’avère particulièrement élevée, tous les dispositifs de crise ont été réactivés : « Nous réunissons deux fois par semaine tous les établissements en conférence téléphonique. Même chose avec les représentants de la médecine de ville. Nous avons aussi une cellule régionale de gestion des lits, que l’on décline ensuite dans chaque département. Pour nous assurer que nous avons bien les informations en temps réel, nous avons recruté des étudiants en médecine pour appeler les établissements », détaille Didier Jaffre, à l’ARS. Ses services viennent aussi d’autoriser les Samu à placer les patients en attente d’un lit dans des « établissements tampons », en capacité de mettre à disposition une salle pour les accueillir temporairement plutôt que de les laisser attendre sur des brancards aux urgences, voire dans des ambulances. 

« Tout le système se bloque »

Dans cette nouvelle vague, les services de médecine s’avèrent particulièrement sous pression. « Nous n’arrivons plus à hospitaliser tous les patients que nous garderions normalement en observation. Nous les renvoyons chez eux, en leur disant de revenir s’ils s’aggravent. C’est stressant pour tout le monde », confie Louise, infirmière à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Entre autres explications, de nombreux hôpitaux ont du mal à faire sortir les malades qui ne relèvent plus des soins aigus, faute de place dans les SSR, les structures de soins de suite et de réadaptation. « Tout le système se bloque, car ces établissements ont aussi des postes vacants et du personnel malade », constate le Dr Woehl, à Colmar.  

« C’est suffisant pour tout désorganiser », confirme le Dr Thierry Godeau, représentant des médecins du centre hospitalier de La Rochelle. Dans sa région comme ailleurs, l’Agence régionale de santé pousse donc les généralistes à s’impliquer pour permettre la prise en charge à domicile de patients sous oxygène. Là encore, les déprogrammations, y compris dans le privé, offriront un peu d’air : « En réduisant le nombre global d’opérations, on préserve aussi des lits de SSR pour la sortie de nos patients de médecine », explique le Dr Godeau. En Ile-de-France, l’ARS a même créé une « cellule SSR », pour rechercher les lits disponibles à la place des hôpitaux.  

Les cliniques ne sont pas épargnées par Omicron. « Nous avons rappelé récemment que tous les secteurs doivent participer. Dans notre région, nous avons établi la règle des tiers : un tiers des patients Covid à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, un tiers dans les autres établissements publics, un tiers dans les cliniques et le privé à but non lucratif », indique Didier Jaffre. Pour l’instant, contrairement à la première vague, seuls l’Institut Curie et Gustave-Roussy, dédiés aux traitements du cancer, continuent de fonctionner normalement. La Fédération hospitalière de France pousse pour que cet effort partagé se poursuive après la vague : « Il faudra bien répartir les patients sortant de réanimation et ceux souffrant de Covid long entre le public et le privé. Nous plaidons aussi pour un plan de programmation en santé publique, pour que les cliniques comme les hôpitaux participent au rattrapage des activités non réalisées », insiste Zaynab Riet. 

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« A chaque accalmie de l’épidémie, nous devons recevoir les patients déprogrammés, qui souvent se sont aggravés. Nous nous trouvons donc en permanence en sur régime et nous sommes tous épuisés », témoigne Quentin Mitoire, infirmier anesthésiste en réanimation chirurgicale au CHU de Strasbourg. Les hospitaliers ne le savent désormais que trop bien : les lendemains de vague, bien moins médiatisés, s’avèrent eux aussi bien difficiles. 

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