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lundi, mai 16, 2022

Covid-19 : les Français sont désormais seuls « responsables » des vagues, par le Pr Pialoux

Nous sommes une nouvelle fois entrés dans une « période charnière » de la « guerre contre le Covid ». Guerre moins visible au regard de la situation internationale, mais qui n’en est pas pour autant terminée, comme l’a rappelé le Conseil scientifique Covid 19 dans son avis du 11 mars 2022. Les armes (vaccins, immunité, traitements) comme le virus ont changé, mais à l’heure où s’écrivent ces lignes (19 mars) les chiffres de la reprise épidémique défilent sur les bandeaux des chaînes d’information continue, sous les images du désastre ukrainien.  

Plus de 180 000 nouveaux cas, 1 605 patients en réanimation, un taux de transmission du sous-variant BA.2 à 1,29 (R0), 928 nouveaux cas pour 100 000 habitants au niveau national (2 000 en Martinique…), un taux de positivité de 26,9 % et une hausse du nombre de dépistages. Surtout, le « rhume » que nous vend une poignée d' »épidémiologistes » de plateau télé fait toujours 140 morts par jour. Des vrais morts du Covid, comme l’a démontré une récente étude allemande publiée dans The Lancet Public Health : 86 % des autopsies confirment que les personnes sont bien décédées à cause du Covid et non pas « avec » le Covid. 

Cette inflation épidémiologique indiscutable, véritable usine à variants, devrait rester « maîtrisée » ou tout du moins « contrôlée » à terme dans les hôpitaux, selon les modélisations de l’Institut Pasteur. Cette sixième vague s’annoncerait bien moindre que la cinquième. C’est une bonne nouvelle et on y croit. Notons tout de même que les modèles pasteuriens n’intègrent pas (encore) certaines variables, comme la possibilité de se réinfecter, plus forte avec Omicron, et l’existence d’un autre sous-variant, BA.1.1, qui présente la capacité de se répandre encore plus vite et de mieux contourner le système immunitaire. Ils n’intègrent pas non plus la baisse de l’immunité acquise avec le temps (scénario de fait trop optimiste) ou l’arrivée des beaux jours aérés (scénario trop pessimiste). 

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La fin de l’obligation n’est pas une incitation à baisser la garde

Sur le terrain hospitalier, où la décrue du Covid s’est stabilisée, la fuite du personnel soignant (infirmier(e)s principalement) amplifie le pessimisme. Dans mon propre service de 28 lits de l’hôpital Tenon, il y aura en juin prochain 36 % de postes infirmiers vacants – une première en vingt ans – là il est vrai où d’autres services en sont à 70 %. Le contexte hospitalier change d’une vague à l’autre. En pire. Le manque d’attractivité et l’épuisement en plus.  

Mais le débat se déplace. La France dans son inculture de santé publique, si on se compare au Danemark par exemple, n’a jamais été prête à développer et à faire accepter une approche « populationnelle », ni des mesures ciblées pour certaines populations. Car on considère que lorsqu’on cible, on stigmatise. Dès lors, lever des obligations (masque à l’extérieur puis à l’intérieur, passe vaccinal) imposées à tous pour protéger les plus vulnérables (les plus âgés, les immunodéprimés, les non vaccinés…) est vécu comme la fin de l’interdit. Comme une incitation tacite à baisser totalement la garde. 

Durant ces mois de février et mars, nous sommes donc passés d’une gestion par l’obligation à une gestion par la responsabilisation. Sans entre-deux. Comme si chaque Français avait les moyens cognitifs de choisir ou non d’être malade, ou de participer ou non à une chaîne de transmission qui peut conduire quelqu’un en réanimation. Comme si la prévention en santé publique était un système binaire : on/off, tout ou rien. Eric Favereau, dans sa chronique de Libération du 22 mars, l’a bien résumé : « Comme s’il n’y avait que l’obligation comme baromètre de nos attitudes », alors même que les autorités avaient les moyens de « promouvoir une santé publique adulte, citoyenne et mesurée ». 

Le directeur européen de l’Organisation mondiale de la santé, Hans Kluge, a récemment dénoncé « ces pays où nous observons une hausse particulière comme le Royaume-Uni, l’Irlande, la Grèce, Chypre, la France, l’Italie et l’Allemagne […] pays qui ont levé les restrictions brutalement de ‘trop’ à ‘pas assez' », tout en rappelant les enjeux à venir pour se « débarrasser de la pandémie » : « protéger les vulnérables, renforcer la surveillance et le séquençage, offrir l’accès de plus de pays aux nouveaux médicaments antiviraux et s’attaquer au fardeau du post-Covid ou du Covid long. Non, décidément, l’épidémie n’est pas terminée. 

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Le Pr Gilles Pialoux est chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon (AP-HP), à Paris, membre du pôle santé de Terra Nova et vice-président de la Société française de lutte contre le sida. Il vient de publier Comme un léger tremblement (Editions Mialet/Barrault). 

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