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samedi, juin 25, 2022

Covid-19 : en France, seulement un cas positif sur douze serait détecté

Tous les spécialistes le disent : pour espérer contrôler une épidémie, il faut d’abord la mesurer. Or à ce jeu, la France fait nettement moins bien que certains de ses voisins. Le problème n’est pas nouveau. « Depuis le début de la pandémie de Covid-19, nous ne repérons environ qu’un cas positif sur trois » , expliquait récemment l’épidémiologiste Catherine Hill à L’Express. Et sur la période récente, c’est pire : seule une personne contaminée sur douze serait repérée, si on se base sur les résultats récents d’études épidémiologiques menées au Royaume-Uni. En d’autres termes, au lieu d’avoir enregistré près de 90 000 nouveaux cas par jour (chiffres officiels pour la période du 14 au 20 mars), la France aurait dû, en réalité, comptabiliser plus d’un million de cas quotidiens dans ses registres ! 

Ce décalage problématique entre nos statistiques et la situation réelle tient à notre système d’enregistrement, entièrement basé sur le nombre de tests réalisés. A la manière d’un filet percé, il laisse échapper de nombreux cas. « La première limite est logistique : on ne peut pas tester tout le monde. Au 24 mars, nous avions en France un taux de dépistage journalier de 0,63%. Cela signifie qu’on ne teste même pas 1% de la population quotidiennement », constate Claude-Alexandre Gustave, biologiste médical sur la région de Lyon. 

Parallèlement, les asymptomatiques ont moins de chances d’apparaître dans les registres, puisque les Français attendent généralement d’avoir des symptômes avant de vérifier s’ils ont été infectés. « Enfin, sur la période récente, la population a de plus en plus recours aux autotests ou aux tests antigéniques plutôt qu’aux tests PCR. Or, on sait que ces méthodes manquent d’efficacité. Les antigéniques, par exemple, possèdent une sensibilité d’environ 50% à 60%. Cela veut dire qu’en les utilisant, une personne infectée sur deux n’est pas détectée. Pour les autotests, c’est pire, car le prélèvement n’est pas toujours bien réalisé. En plus, leurs résultats n’apparaissent pas dans les données officielles, car bien souvent, les utilisateurs ne font pas la démarche », détaille Claude-Alexandre Gustave.  

 

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Pour avoir une idée plus claire de la situation, les épidémiologistes ont donc leurs propres astuces. Ils peuvent, par exemple, diviser le nombre de morts cumulés par le nombre de cas trouvés et comparer les résultats d’un pays à l’autre. « En janvier dernier, nous avions un rapport nombre de décès sur nombre de cas de 0,3% au Danemark et de 0,8% en France. Si la médecine est aussi efficace sur les deux territoires, on peut en déduire que le nombre de cas est sous-estimé en France d’un facteur 3 », explique Catherine Hill.  

Un écart de 1 à 20 au Pays de Galles

Mais sur la période récente, l’écart entre les statistiques officielles et la situation réelle s’est encore accru pense Claude-Alexandre Gustave, qui vient de passer au peigne fin les études épidémiologiques menées outre-Manche. « En Irlande du Nord, en Angleterre, au pays de Galles et en Ecosse, l’Office national de la statistique envoie des kits de tests tous les quinze jours à une fraction de la population jugée représentative », explique le spécialiste. Ces résultats sont ensuite agrégés à l’échelle du pays. Cela permet d’avoir une estimation fiable de ce qu’il se passe sur le terrain, car l’étude intègre toutes les tranches d’âges. Elle panache aussi les professions, les lieux d’habitation, les caractéristiques immunitaires… La conclusion de ces travaux ? Le nombre de cas comptabilisés est largement sous-estimé : 12 fois en Angleterre et 20 fois au pays de Galles sur la période récente. 

« Ce que l’on constate pour l’Angleterre peut sans doute s’appliquer à la France. Jusqu’ici, les deux pays font face à une épidémie similaire. Certes il existe un léger décalage temporel, mais les variants, les taux de mortalité et de vaccination sont grosso modo les mêmes », estime Claude-Alexandre Gustave.  

Comment expliquer cette sous-estimation grandissante ? D’abord par les caractéristiques d’Omicron. « Depuis son arrivée, un vrai changement s’opère. Sa transmissibilité et son échappement immunitaire contribuent à la circulation du virus. Cela augmente mécaniquement le facteur de sous-estimation. Cependant, il ne faut pas oublier le comportement des populations. Aujourd’hui, beaucoup de personnes se disent qu’attraper Omicron n’est pas grave. Il n’y a donc plus besoin de se préoccuper du Covid ou de se faire tester. Enfin, le recours aux autotests de manière privée fausse lui aussi la vision donnée par les données publiées. » 

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Cette situation comporte pourtant des risques. « Le virus ne va pas disparaître. Il faudra vivre avec, mais entre faire comme s’il n’était pas là et garder en place des mesures d’adaptation comme la ventilation ou le port du masque en lieu clos, il y a un monde. Les conséquences, d’un point de vue sanitaire, ne sont pas du tout les mêmes », rappelle l’expert. Certes, dans l’immédiat, la situation semble sous contrôle : il n’y a pas besoin de reconfiner, l’hôpital ne s’effondre pas… Mais en laissant le virus circuler, on accélère son évolution. Et donc, les risques que celle-ci se fasse en notre défaveur. » 

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