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mercredi, juillet 6, 2022

Variant Delta : que sait-on de la transmissibilité de cette souche du virus ?

Le variant Delta continue d’inquiéter les scientifiques et les autorités sanitaires. Déjà responsable d’une reprise épidémique au Royaume-Uni depuis quelques semaines, il pourrait provoquer un rebond à large échelle dès cet été si rien n’est fait pour le contrer précocement, avertissent les spécialistes.  

Plusieurs pays comme l’Indonésie, le Portugal, la Russie ou Israël connaissent une recrudescence des cas de Covid-19 au moins en partie liée au variant Delta, et de nombreux autres craignent de leur emboîter le pas. Identifiée pour la première fois en Inde, où elle s’est diffusée à partir d’avril, cette sous-lignée du Sars-CoV-2 est désormais présente dans au moins 96 pays, selon les Nations unies. 

En Europe, elle s’est d’abord diffusée au Royaume-Uni, remplaçant en quelques semaines le variant Alpha, apparu fin 2020 dans le sud-est de l’Angleterre. 95% des tests séquencés y correspondent désormais au variant Delta, selon les données publiées le 25 juin par Public Health England. Le même scénario devrait se produire dans le reste du continent : le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) estime que le variant représentera 70% des nouvelles infections dans l’UE d’ici à début août et 90% fin août. 

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Au moins 40% plus transmissible

Cette progression rapide s’explique par son « avantage compétitif » par rapport aux autres souches. En juin, l’ancien ministre de la Santé britannique Matt Hancock affirmait que Delta était environ 40% plus transmissible que le variant Alpha, lui-même plus contagieux que la souche originelle. Les chercheurs du monde entier tentent encore de préciser à quel point Delta est contagieux : les estimations « vont de 30% à 100% » plus transmissibles que le variant Alpha, selon Gavi, l’alliance internationale du vaccin. Une équipe de chercheurs français estime cet avantage de transmission entre 50% et 80%, dans une étude non encore publiée, à partir de données de la région parisienne, rapporte l’AFP. 

En Australie, les autorités sanitaires ont mené une étude en s’appuyant sur des caméras de surveillance. Elles suspectent que le virus a pu, à deux reprises au moins, se transmettre en dix secondes entre des personnes marchant l’une à côté de l’autre dans un centre commercial de Sydney. Toutefois, comme le rappelle le quotidien britannique The Guardian, le masque n’était pas obligatoire à Sydney à l’époque, et les personnes concernées n’étaient sans doute pas vaccinées : moins de 5% des Australiens ont reçu deux doses de vaccin contre le Covid-19.  

De quoi pousser toutefois des responsables australiens à utiliser un langage alarmiste pour parler de la transmissibilité du variant Delta. La directrice de santé de l’Etat du Queensland, le Dr Jeannette Young, a ainsi affirmé : « Nous voyons des contacts très fugaces qui mènent à une contagion ». Dans un autre article du Guardian, plusieurs scientifiques rappellent que la transmission aérienne du Covid-19 était déjà présente avec la souche originelle du virus. « Nous nous inquiétions de 15 minutes dans un périmètre d’1,5 mètre », rappelle Hassan Vally, professeur associé à l’université La Trobe à Melbourne. « C’est juste à cause des probabilités – plus longtemps vous passez en contact rapproché, plus vous avez de chance de transmettre le virus. Le principe général, c’est que si un virus est plus contagieux, ces probabilités augmentent. » 

Une meilleure capacité à s’attacher à nos cellules ?

Les chercheurs tentent également de comprendre pourquoi ce variant Delta est plus transmissible. Selon Technology Review, le magazine édité par la prestigieuse université américaine MIT, il y a déjà des signes que le variant Delta aurait une plus grande capacité à s’attacher au récepteur cellulaire ACE2, la protéine nécessaire à l’entrée du SARS-CoV-2 dans les cellules de son hôte. 

Si le virus peut s’accrocher plus facilement, il peut également infecter davantage de cellules dans le corps. « Les personnes infectées auront plus de virus en elles, car le virus se reproduit plus facilement », explique Nathaniel Landau, un microbiologiste de l’école de médecine de NYU Grossman, qui travaille avec son équipe sur l’adhésion du variant Delta. Leur étude a été pré-publiée mais pas encore évaluée par des pairs. 

Une autre étude citée par Technology Review, mais qui n’a pas non plus été évaluée par des pairs, estime qu’une mutation du variant Delta lui permet de fusionner plus facilement avec les cellules humaines une fois qu’il est en place. Toutefois, des chercheurs japonais ont conclu que cette mutation du Delta n’était pas plus contagieuse en laboratoire, notait la revue américaine Science fin juin. Par ailleurs, d’autres variants présents en Inde et portant la même mutation ne se sont pas autant répandus que Delta, précise à la revue le virologue Andrew Rambaut, de l’université d’Edimbourg en Ecosse.  

« On ne peut plus trop compter sur l’immunité naturelle »

Les chercheurs du monde entier explorent d’autres pistes d’explication, mais « il y a tellement de choses que nous ne savons pas sur ces variants, à tant de niveaux », déplore le biologiste moléculaire Nevan Krogan, de l’université de Californie à San Francisco. 

Quoi qu’il en soit, la donne est compliquée par le fait que ce variant échappe en partie à l’immunité conférée par une infection passée, et donc « qu’on ne peut plus trop compter sur l’immunité naturelle » pour considérer une population comme protégée, souligne auprès de l’AFP Samuel Alizon, biologiste spécialiste de la modélisation des maladies infectieuses. 

Or, plus un virus est contagieux, plus le niveau de vaccination nécessaire pour atteindre l’immunité de groupe (le seuil au-delà duquel il ne parvient plus à circuler) est haut. Avec le variant Delta, les scientifiques estiment qu’il faudrait vacciner plus de 80% de la population, un niveau ambitieux même pour les pays aux campagnes de vaccination les plus performantes. 

Deux doses de vaccin conservent une efficacité élevée

Les autorités continuent d’appeler la population à se faire vacciner, comme le gouvernement français ce mercredi. Car si, selon plusieurs études, les vaccins sont un peu moins performants contre le variant Delta que contre le variant Alpha et la souche historique, ils conservent un niveau d’efficacité élevé, à condition d’avoir reçu les deux doses. 

Selon le vaccin, la protection est de 91% à 98% contre le risque d’hospitalisation et de 78% à 80% contre la forme symptomatique du Covid provoquée par le variant Delta, montraient des données des autorités britanniques fin juin. Avec une seule dose, la protection contre la maladie est en revanche bien moindre (32% à 38%). Lundi, le ministère de la Santé israélien a, lui, estimé que l’efficacité du vaccin de Pfizer/BioNTech contre le risque de contamination au variant Delta n’était plus que de 64%, n’apportant pas de données supplémentaires. 

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« Étant donné l’augmentation de la transmissibilité, Delta devrait rapidement supplanter les autres variantes et devenir le variant dominant au cours des prochains mois », prédisent les experts de l’Organisation mondiale de la santé dans un article publié par les Nations unies. 

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