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jeudi, août 18, 2022

Thomas Pesquet, un astronaute 2.0 à la popularité inégalée

Les multiples célébrations de son retour sur le plancher des vaches comme la conférence de presse donnée ce 12 novembre n’ont pas fini d’alimenter la machine anti-Pesquet. L’astronaute Français agacerait par son omniprésence sur les réseaux sociaux et par la place que les médias lui accordent. Certains, même parmi ses confrères, à l’instar de Patrick Baudry ont moult fois critiqué le Rouennais, trop gendre idéal et trop lisse.  

La réalité est qu’il existe bien un phénomène Pesquet, véritable star de la communication. Mais ce dernier est plus le fruit de son époque que lié à sa personnalité. Les temps ont changé tout comme les fils de l’étoffe des héros. Finie l’épopée des pionniers commencée il y a vingt ans avec Jean-Loup Chrétien, Patrick Baudry justement, Jean-Pierre Haigneré voire aussi Michel Tognini qui étaient tous des militaires de carrière (anciens pilotes de chasse) avec une certaine forme de rigidité liée à leur formation et des caractères bien trempés. Thomas Pesquet est l’inverse : d’un abord accessible, souriant, jamais désarçonné par les questions, rarement agacé. Cela en fait-il un moins bon astronaute ? Certainement pas. A l’aune du Graal de la profession, les sorties extra-véhiculaires (EVA), il est à ce jour l’Européen qui a passé le plus de temps dans le vide sidéral protégé par une simple combinaison. La mission Alpha lui a permis de battre tous les records si bien qu’il s’impose désormais comme le plus capé des Français. Durant son dernier séjour à bord de l’ISS il en a pris le commandement, a géré plus d’expériences scientifiques que son planning l’exigeait et a effectué plus d’EVA que prévues puisque la Nasa lui a même demandé de remplacer au pied levé un Américain pour continuer à installer de nouveaux panneaux solaires à l’extérieur de la station (pour sa quatrième sortie). Pesquet est un phénomène, avant tout parce qu’il a réalisé une mission exemplaire qui peut lui laisser espérer de réaliser son rêve le plus fou, comme il nous l’avait révélé en avril dernier avant son départ : marcher un jour sur la Lune.  

Mais le Rouennais âgé de 43 ans est aussi un astronaute de la génération 2.0, celle hyperconnectée qui lui permet cette popularité inégalée. Mieux (ou pire selon ses détracteurs), il a été choisi aussi pour cette raison. Lors des sélections parmi des milliers de personnes en 2009, l’Agence spatiale européenne (ESA) avait « érigé en priorité la capacité des candidats à communiquer » selon les termes de Jules Grandsire en charge de la communication de l’ESA lors d’une interview accordée à nos confrères de l’AFP. C’est qu’à l’époque déjà, alors que les réseaux sociaux étaient balbutiants, les vols habités et la station spatiale internationale avaient du plomb dans l’aile parce que les missions étaient jugées trop banales et n’attiraient plus le grand public. Au tournant des années 2010, cette nouvelle génération a changé la donne. Thomas Pesquet n’est pas celui qui a initié le mouvement. Il l’a reconnu en 2017 dans les colonnes du Parisien Magazine : C’est « Chris Hadfield qui a clairement ouvert une nouvelle page dans la communication des astronautes. On s’est tous engouffré dedans. » Le Canadien qui appartenait au corps d’astronautes de la Nasa fut le premier, en effet, à utiliser les réseaux sociaux en publiant quotidiennement des photos et des vidéos lors de son séjour à bord du complexe orbital en 2013. La même année, il a été imité par l’Italien Lucas Parmitano, puis par tous les autres sélectionnés européens de la fameuse promotion 2009 : l’Italienne Samantha Cristoforetti (2014), l’allemand Alexander Gerst (2014 et 2018), le Britannique Timothy Peake (2015), le Danois Andreas Mogensen (2015) et bien entendu, Thomas Pesquet (2016 et 2021). En ce sens, le Français ne fait pas exception au sein de sa génération en termes d’utilisation des réseaux mais aussi en degré de notoriété : il suffit d’accompagner Luca Parmitano dans les rues de Rome pour constater combien de fois les passants l’arrêtent pour le remercier !  

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Le Français fait carton plein sur les réseaux sociaux

En revanche, là ou Pesquet se différencie, c’est qu’il fait tout cela mieux, avec une plus grande décontraction et un réel souci d’authenticité. Et là encore, n’en déplaisent aux esprits chagrins, il a fait carton plein durant ses 199 jours passés en orbite. Comparons ses missions au prisme des réseaux sociaux : en 2016 à l’issue de Proxima, il totalisait un demi-million d’abonnés sur Twitter et un million sur Facebook. En 2021 après Alpha, il en compte 1,3 million sur le premier et 2,79 sur le second. Sans oublier le canal Instagram qui a pris une autre dimension depuis son premier vol où il plafonne désormais à 2,5 millions d’aficionados ! Chacune de ses publications génère des milliers de likes, elles sont republiées par centaines et font l’objet de nombreux commentaires. Peut-être est-ce d’ailleurs une différence par rapport à 2016, aujourd’hui le spationaute semble réellement suivi par une communauté de fans ce qui donne un éclat différent à sa célébrité auquel il va devoir s’habituer à son retour en France. 

Pesquet n’a jamais fait mystère de cette implication sur les réseaux sociaux. Il la justifie même par un souci de partage. Toujours au Parisien Magazine : « C’est pour ça que je suis actif sur les réseaux sociaux, que je poste autant de photos sur mon compte Twitter (…). Le public mérite de savoir ce que l’on fait là-haut. Ça me fait très plaisir d’aller dans l’espace (…) mais ce n’est pas ma petite aventure égoïste. On le fait avec de l’argent public. On le fait pour les gens. » Voilà pour la déclaration qui ne manque pas de sincérité. Mais derrière, il y a aussi un souci de mise en scène qui ne doit pas être éludée. Comme en 2016, les clichés de la mission Alpha – en moyenne de 2 à 5 par jour – sont soigneusement choisis. A bord de l’ISS, l’astronaute avait coutume de travailler le soir en les sélectionnant et en les agrémentant d’un petit commentaire personnel avant de les envoyer au sol où l’équipe de communication de l’ESA les publie selon un timing très étudié. Et là, Pesquet surprend en utilisant des mots très personnels. Il y ajoute une certaine variété : des images spectaculaires de ville, de régions ou de paysages.  

Parmi les plus retwittées, on peut citer certains phénomènes naturels comme les aurores boréales, sa Normandie natale, le golfe du Morbihan, la Corse, la dune du Pila, mais aussi les grandes capitales (Moscou, Abou Dabi, New York, Los Angeles, Madrid et sans oublier chez nous Paris, Nice, Lyon ou Marseille). D’autres lui donnent l’occasion de saisir des moments d’actualité à l’instar cet été des incendies qui ont frappé la Grèce, la Californie ou encore le Canada mais aussi l’éruption volcanique du Cumbre Vieje à La Palma (Canaries). Ou encore les évènements météorologiques extrêmes (tempêtes, cyclones vus depuis l’espace). Une façon pour lui de mettre l’accent sur la préservation de la Terre. Une autre thématique consiste à montrer le travail scientifique, c’est-à-dire les différentes expériences dont il a la charge ou encore le quotidien à bord de l’ISS, comme les moments de détente entre les membres de l’équipage durant le week-end. Enfin, il sait mettre en avant ses coéquipiers à l’instar du Japonais Aki Hoshide dont il loue la bonne humeur. Dans ce travail très personnel, il excelle sans doute plus que ses collègues.  

En bon Community manager, il prend aussi le temps de suivre parfois ce qui se dit sur lui. Ainsi, un jour qu’un internaute publie une image du film La planète des singes avec en légende « on devrait tous se déguiser comme ça quand Thomas Pesquet reviendra sur Terre », il n’hésite pas à faire un petit commentaire en guise de clin d’oeil : « Vous êtes au courant que j’ai internet ici ? » Autant de détails qui font la différence en révélant un sens de l’humour spontané. 

Au rendez-vous des grands événements sportifs

La mise en scène peut être préméditée, pour ne pas dire savamment orchestrée avant même son départ pour le firmament. Il nous l’avait confié quelques jours avant son envol : il célébrerait des événements terrestres depuis l’ISS qui avaient lieu durant les six mois de sa mission. Ainsi, par exemple, le jour de la fin des Jeux Olympiques de Tokyo il a joué une transmission de relais (La France accueillera les prochains JO en 2024) avec son collègue japonais ; ou encore durant le tournoi de Roland Garros où il partage une photo vue du ciel. Parfois même il ose des saynètes humoristiques comme le 14 juillet où pour la fête nationale, il n’hésite pas à coiffer un béret et enfiler un tee-shirt avec l’inscription France tout en faisant flotter l’image d’un croissant en apesanteur. Pour des événements culturels, il n’a pas hésité non plus à donner de son temps. Ici, en regardant en avant-première le film Kaamelott depuis l’ISS ; là en dévoilant en direct un titre du dernier album de Coldplay lors d’un live avec le groupe britannique. Enfin, il a réalisé quelques grands entretiens avec le président Emmanuel Macron quelques jours avant son retour (4 novembre). Ou avec Kylian Mbappé juste avant les débuts de l’Euro (7 juin 2021).  

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Et à chaque fois, il ne se départit pas de son humour. Au célèbre footballeur qui s’interrogeait sur son sport en orbite, Pesquet lui a répondu : « La balle, elle monte, mais elle ne redescend jamais. Je ne sais pas si tu serais très heureux ici. » Tout cela ne doit pas non plus effacer le temps qu’il a aussi passé en direction des plus jeunes : pour effectuer une dictée depuis l’ISS en lisant Duras à un public studieux massé au musée de l’Air et de l’espace (Le Bourget) ou en effectuant pendant une semaine une expérience sur le comportement du Blob en apesanteur qui a été suivie par 4 500 classes en France. C’est bien là l’objectif premier de sa surexposition : rendre l’espace « accessible » à tous en inspirant des vocations chez les plus jeunes. Comme en 2016 à son retour, sa popularité se lira dans les yeux des têtes blondes qu’il ne manquera pas de rencontrer pour parler de son expérience. Et voir dans leurs pupilles ces milliers d’étoiles de Petits Princes rêveurs. Si la surmédiatisation du dixième Français dans l’espace sert à cela, ce sera déjà le gage d’une mission accomplie. 

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