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lundi, mai 16, 2022

Thomas Pesquet de retour sur Terre, avant de partir vers la Lune ?

La météo aura été bien capricieuse, repoussant maintes fois le départ des astronautes de la Station spatiale internationale (ISS). Mais après plus de six mois en orbite, Thomas Pesquet et les trois autres membres du Crew-2, le Japonais Akihiko Hoshide et les Américains Shane Kimbrough et Megan McArthur doivent se désarrimer du complexe orbital ce lundi en début de soirée, selon les dernières annonces de l’agence spatiale américaine (Nasa). La deuxième mission du Français, baptisée « Alpha », aura été riche en succès : l’astronaute a enchaîné les sorties extra-véhiculaires – en dehors d’ISS -, avant de prendre le commandement de la station, et il a réalisé de nombreuses expériences.  

Un riche bilan scientifique

« Il y a notamment eu le test d’un bandeau qui enregistrait ses cycles de sommeil et leur durée, note Rémi Canton, chef de projet de la mission Alpha au Cadmos pour le Centre national d’études spatiales (CNES). Le but était de déterminer si le confinement et la micropesanteur peuvent impacter le sommeil, ce qui ouvrira des débouchés scientifiques et nous permettra de mieux préparer d’éventuelles missions longues, comme des séjours sur d’autres astres de notre Système solaire. » 

Thomas Pesquet s’est aussi livré à des expériences sur la dextérité, à l’aide d’un casque de réalité virtuelle, afin de comprendre l’influence de la perte de l’oreille interne dans l’espace. Dans cet environnement, le cerveau perd le haut, le bas, mais aussi la sensation du poids. Deux « jeux » étaient prévus : le pilotage d’un drone et celui d’un bras robotique permettant de capturer un module. « Nous voulions mieux comprendre les schémas de pilotage que le cerveau met en place et donc la plasticité du cerveau au cours d’un séjour dans l’espace, mais aussi évaluer les capacités de pilotage à distance », poursuit Rémi Canton. Une troisième expérience consistait à mesurer les radiations cosmiques et solaires grâce à des fibres optiques noircissant avec le temps, soit l’équivalent d’un compteur Geiger pour les radiations. « Ces dernières constituent un gros problème dans la perspective de missions de longue durée à travers le Système solaire, il faut apprendre à s’en protéger, mais aussi mieux les mesurer », souligne le spécialiste.  

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oujours dans le but de préparer des missions d’explorations lointaines, Thomas Pesquet a participé à des expériences sur des emballages comestibles qui permettraient d’économiser du poids – un facteur crucial dans l’espace – et de réduire le nombre de déchets. « Nous avons testé d’autres emballages pouvant être utilisés comme compost ou être broyés pour alimenter des imprimantes 3D, détaille Rémi Canton. Le but est aussi d’être plus vertueux et de donner l’exemple, sans compter que dans le cadre de missions longues, nous n’aurons probablement pas le choix. »  

Autant d’expériences qui, une fois de plus, ont marqué Thomas Pesquet à vie. « Alors qu’on se prépare à partir, il y a un peu un sentiment doux-amer, déclarait-il vendredi dernier lors d’une conférence de presse depuis l’espace. Il se pourrait qu’on ne revienne jamais voir l’ISS et c’est vraiment un endroit magique. » Pourquoi n’y retournerait-il pas ? Parce que le laboratoire scientifique spatial, dont les premiers modules ont été assemblés en 1998 et qui abrite un équipage humain en permanence depuis plus de vingt ans, va tirer sa révérence entre 2028 et 2030. Entre-temps, les places réservées pour les sept astronautes européens seront rares, puisque l’agence spatiale européenne (ESA) ne détient que 8,3% de l’ISS. Il faudra donc probablement attendre la mise en service de sa remplaçante, la Gateway, une station spatiale en orbite autour de la Lune, pour que Thomas Pesquet retourne dans l’espace. 

Viser la Lune

« Les Américains sont totalement impliqués dans ce projet et veulent commencer l’assemblage des modules à l’horizon 2025-2030 », indique Rémi Canton. Comme l’ISS, la Gateway permettra aux différentes nations la finançant – Etats-Unis, Europe, Japon et Canada – d’utiliser la station à des fins de recherche scientifique, de développement technologique, mais surtout de base-relais pour de futures missions d’exploration lunaire. Une aventure dans laquelle l’Europe veut participer plus franchement, en augmentant sa participation pécuniaire par rapport à l’ISS. « L’Europe a déjà sécurisé des vols d’astronautes vers la Gateway, confie le spécialiste. Les jeux ne sont pas encore faits, mais nous devrions pouvoir envoyer un, deux ou trois astronautes vers la Gateway ». L’ESA fournira d’ailleurs plusieurs modules de cette nouvelle station, dont celui d’habitation qui permettra aux astronautes d’effectuer des missions de deux à six semaines. 

Quant au retour de l’Homme à la surface de la Lune ? « C’est un deuxième pas après l’entrée en service de Gateway, mais ce n’est pas un fantasme, poursuit Rémi Canton. Le programme Artémis de l’agence spatiale américaine (Nasa) prévoit déjà des séjours temporaires, soit la descente d’astronautes sur la Lune depuis la Gateway pour quelques jours, voire quelques semaines. D’ailleurs, le premier astronaute à reposer le pied sur la Lune devrait être une femme américaine. » Ensuite, il n’est pas impossible qu’un Européen foule le sol lunaire pour la première fois. « L’ESA a décidé d’avoir une autonomie stratégique et de pouvoir poser un atterrisseur lunaire assez conséquent et veut un Européen sur le sol lunaire en 2029 », a d’ailleurs confirmé Didier Schmitt, responsable de la stratégie et de la coordination du programme d’exploration robotique et humaine à l’Agence spatiale européenne (ESA), dimanche lors d’une conférence au festival ExplorEspace. L’idée d’une base lunaire, pour des missions plus longues, n’est pas non plus exclue, même s’il faudra probablement viser l’horizon post-2030. 

Une bataille financière et politique à venir

Alors qui sera l’heureux élu ? Thomas Pesquet sera-t-il le premier à aller autour de la Lune, voire dessus ? A l’ESA, le message est clair : « Personne ne vous dira qu’il mérite plus que les astronautes allemands ou italiens », nous prévient-on. Même son de cloche du côté du CNES, ou la prudence est de mise. En creux, l’on comprend qu’il n’y aura pas forcément de place pour tout le monde. Reste que l’astronaute français est bien dans la course et a récemment marqué des points. « Thomas a notamment pour lui de ne pas avoir pris de retard, puisqu’il a terminé une deuxième très belle mission à bord d’ISS et a été commandant de bord, tout comme l’astronaute italien Luca Parmitano et l’Allemand Alexander Gerst avant lui, souligne Rémi Canton. De plus, il comptabilise six sorties extra-véhiculaires et en détient le record européen avec presque 40 heures hors de l’habitat. Mais tous peuvent candidater pour aller sur Gateway. De là à extrapoler pour savoir si l’un d’eux ira sur la lune, il s’agit d’un grand pas que je ne franchirai pas ». D’ailleurs, l’Europe a sécurisé des places pour Gateway, mais pas encore pour des missions sur le sol lunaire. 

Ce qui est sûr, c’est que le choix ne se fera peut-être pas seulement sur les compétences pures. La question du premier Européen autour ou sur la Lune sera éminemment politique et financière. Autant les missions circumlunaires de Gateway marqueront sans doute les consciences, autant le premier Européen sur la Lune provoquera un petit tremblement de terre médiatique et politique, dont chaque nation aimerait profiter. « Si, demain, la Grèce posait 10 milliards sur la table, elle pourrait sans doute rafler la mise », nous confie un spécialiste de la question. Une perspective improbable, mais qui explique bien ce qui se jouera entre les trois grandes nations spatiales européennes : l’Allemagne, l’Italie et la France. Or, pour la période 2020-2024, l’Allemagne est devenue le premier contributeur de l’Agence (3,3 milliards d’euros), devant la France (2,66 milliards) et l’Italie (2,28). La bataille s’annonce donc rude pour les deux derniers pays cités. 

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Mais le retour sur la Lune ne sera pas seulement politico-diplomatique. Il servira, aussi, à préparer un autre voyage dont tout le monde rêve : l’exploration humaine de Mars. « Pour l’instant, nous ne sommes pas encore prêts à y aller, tempère Rémi Canton. Les astronautes seront exposés à des radiations pendant le voyage, mais aussi sur la planète rouge qui, contrairement à la Terre, a perdu son bouclier magnétique qui la protège, donc il va falloir développer des technologies, comme des supports de vie, des atterrisseurs, des rovers, voire des intelligences artificielles, etc. La Lune constitue un terrain de jeu idéal – et accessible – afin de tester tout cela et d’entraîner les astronautes ». Une prolongation, en somme, des expériences déjà menées sur ISS… Et que Thomas Pesquet connaît désormais très bien. 

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par Aurélien Saussay, chercheur à la London School of Economics, économiste de l’environnement spécialiste des questions de transition énergétique.

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