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mardi, juillet 5, 2022

Thomas Pesquet aux commandes de l’ISS : une étape cruciale pour l’astronaute français

Ces étoiles-là, il les a, ni dans la tête, ni dans les yeux. Il les portera sur les épaules. Lundi soir Thomas Pesquet deviendra officiellement commandant de la Station spatiale internationale (ISS). Un honneur et une première pour un Français qui se concrétisera par une passation de pouvoirs – un échange d’une clef symbolique – avec le Japonais Akihiko Hoshide (membre de l’Agence d’exploration aérospatiale japonaise, la JAXA). D’un point de vue personnel, cette étape marque l’apogée, un peu plus haut encore que les 420 kilomètres d’altitude en moyenne de l’ISS, de sa mission Alpha qui a commencé le 23 avril 2021. Jusqu’à maintenant et pour les quelques semaines qui lui restent à passer en apesanteur Thomas Pesquet a effectué un sans-faute qui provoque l’admiration de ses pairs d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique.  

Un séjour orbital où il fait l’unanimité

Sur le Vieux continent, au centre d’entraînement des astronautes de l’Agence spatiale européenne (ESA) situé à Cologne (Allemagne), il fait l’unanimité comme nous l’avait expliqué Hervé Stevenin qui dirige l’unité d’entraînement aux activités extra-véhiculaires. Même quelques-uns de ses acolytes français, souvent les plus anciens et un peu chafouins de sa réussite médiatique et qui n’ont pas manqué parfois de minimiser ses exploits dans le firmament, se montrent désormais plus discrets dans la critique. Aux Etats-Unis en revanche, nul doute que ces cinq derniers mois lui ont fait gagner des points, ce qui était loin d’être une évidence : longtemps nos astronautes étaient issus de l’Agence spatiale française (CNES) avant d’être intégrés au sein de l’ESA si bien que la France passait en direct des accords avec les deux grandes puissances (Etats-Unis et Russie). Ce qui signifie que nos astronautes avaient un « tropisme » américain ou russe (plus exactement ex-soviétique). Ainsi Patrick Baudry incorpora directement le corps des astronautes américain en mars 1984 ce qui lui permit de voler à bord de Discovery (juin 1985). De la même façon, on peut dire que les Haigneré, Jean-Pierre puis Claudie, par leur parcours, eurent une dominante russe. Dès 1990, Jean-Pierre Haigneré se retrouvait à la Cité des étoiles près de Moscou avant de rejoindre la station MIR en juillet 1993. Idem pour sa femme qui a aussi effectué une mission à bord du complexe orbital russe dans le cadre de la mission Cassiopée (1996). 

1,2 million de fidèles sur les réseaux sociaux

Avec Thomas Pesquet, les choses sont un peu différentes. Il est le premier Français directement sélectionné par l’ESA (et non plus en passant par le blanc-seing du CNES) et a donc suivi un cursus 100% européen avant de naviguer entre les Etats-Unis et la Russie dans le cadre de ses deux missions spatiales. A chaque phase de préparation, avant même son premier vol en 2016, il a impressionné par son endurance, son physique et ses capacités psychologiques. Dans l’espace, ses compagnons de vols ont maintes fois loué sa bonne camaraderie tout comme son rôle d’ambassadeur de la gastronomie française (il embarque avec lui des plats mitonnés par les grands chefs). Sur Terre, alors qu’il gravite à 400 kilomètres en orbite, il sait se montrer disponible, ici pour ponctuer le passage de la flamme olympique vers Paris en jouant la Marseillaise au saxophone depuis la Coupole de l’ISS en août 2021 ; là, un mois plus tard, en faisant la dictée – un texte de Marguerite Duras (« Un barrage contre le Pacifique ») – à de jeunes têtes blondes installées au musée de l’Air et de l’Espace du Bourget. Sans oublier son actualité quotidienne faite de clichés partagés sur son compte twitter regroupant quelque 1,2 million d’abonnés fidèles. Bref, depuis plus de cinq ans, la petite magie de l’astronaute gendre idéal, sympa, accessible, beau gosse opère toujours. 

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Des sorties extra-véhiculaires remarquées

Mais ne nous y trompons pas, en prenant la tête de l’ISS, Thomas Pesquet qui devient le quatrième Européen à avoir ces galons classiquement dévolus à des Américains et des Russes, les deux principales nations qui font l’ISS, doit cet honneur à ses qualités professionnelles. Cette prise de commandement était prévue avant son départ et depuis il n’a eu de cesse de démontrer qu’il était à la hauteur. Un simple exemple : sa 6e sortie extra-véhiculaire (EVA) le 12 septembre dernier lui a permis d’ajouter un nouveau record à son palmarès. Après être devenu, durant cette mission Alpha, le Français ayant passé le plus de temps dans l’espace (il devance ainsi Jean-Pierre Haigneré), il détrône aussi Luca Parmitano et s’impose désormais comme le spationaute européen ayant passé le plus de temps à l’extérieur de la station spatiale (39 heures et 54 minutes contre 33 heures et 9 minutes pour l’Italien). Mieux cette EVA n’était pas prévue à son programme. Pesquet a, en effet, remplacé au pied levé Mark Vande Hei qui souffrait officiellement d’un mal de dos. Une décision prise par les instances de la Nasa qui montre combien les Américains lui font confiance.  

Outre la douzaine d’expériences scientifiques qu’il aura menées dans le cadre de ce séjour orbital, notamment sur le vieillissement cellulaire ainsi que des tests dédiés à des emballages plus écologiques, le Français doit maintenant honorer sa dernière charge : être le commandant de l’ISS. C’est-à-dire qu’il dispose de la position hiérarchique la plus élevée sur les autres membres de l’équipage. Ce que l’Agence européenne résume ainsi : « Le commandant de la Station assure la gestion du quotidien quand tout va bien, facilite le travail de l’équipage, et en situation d’urgence, prend les décisions – même si tout le monde est parfaitement formé et sait ce qu’il doit faire ». Concrètement, à partir de mardi matin, il démarrera sa journée en entrant en conférence avec les directeurs de vol au sol pour préparer le planning de chaque journée et en donnant aux cinq autres occupants (trois Américains, deux Russes et un Japonais) leur tâche à effectuer.  

De lourdes responsabilités en cas de problème à bord

Au-delà de ce rôle organisationnel, ce sera surtout à lui de prendre les décisions qui s’imposent en cas de pépin et d’ordonner les procédures d’urgence. Une responsabilité qui n’a rien d’anodine à l’heure où la station vieillissante les multiplie. Le 9 septembre, en pleine nuit, une alerte incendie s’est ainsi déclenchée avec de la fumée et une odeur de plastique détectées dans le segment russe de l’ISS. Très vite l’agence Roscosmos a assuré que tout danger avait été écarté en actionnant un filtre pour « éliminer une éventuelle pollution par les fumées » et que l’équipage avait pu terminer sa nuit tranquillement. Avec l’éventualité d’une collision liée à un débris et une perte soudaine d’altitude à cause du module de propulsion, une dépressurisation, un feu à bord est le quatrième gros danger redouté par les astronautes. Il se peut que pour une de ces raisons, le commandant ait à demander à ses coéquipiers de gagner la capsule de sauvetage (Soyouz ou Dragon) afin de se préparer à un éventuel retour précipité sur Terre. Une telle mésaventure a failli arriver en 2015 à cause de la possibilité de voir un débris spatial toucher l’ISS. L’équipage s’était réfugié à bord d’un Soyouz avant de regagner le complexe orbital.  

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Espérons que le Français ne soit pas amené à prendre ce genre de décision durant les prochaines semaines. Lui et une partie de l’équipage doivent en effet revenir sur Terre avant la fin du mois d’octobre, voire tout début novembre. D’ici là, hasard du calendrier, il aura à accueillir l’Allemand Matthias Maurer. Avec eux deux, la station spatiale internationale n’aura jamais été aussi européenne. Une belle promesse pour le futur, surtout dans le cadre des prochaines missions humaines en direction de la Lune. 

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