14.6 C
Londres
dimanche, juillet 3, 2022

Stephen Barensky : Les Russes, des partenaires si peu fiables dans le secteur spatial

Tout vient à point à qui sait attendre, dit l’adage. Mais parfois l’attente est telle que l’on peut se poser la question de savoir si cela en valait vraiment la peine. Le 15 juillet, l’Agence spatiale européenne pourra assister au lancement, du Kazakhstan, d’un nouveau bras robotique européen destiné à la Station spatiale internationale (ISS). Baptisé ERA (European Robotic Arm), il sera fixé à l’extérieur du nouveau module laboratoire russe Nauka. Tout vient à point donc, mais ce bras aurait dû être installé il y a quatorze ans ! 

La faute ne revient pas aux Européens. Le bras était prêt. En fait, il aurait même dû être lancé bien plus tôt, en 2001, par la navette spatiale américaine. Les retards enregistrés dans les missions américaines, puis la perte de la navette Columbia en 2003, ont chamboulé le calendrier. 

En réalité, le développement d’ERA a commencé il y a plus de trente ans. Il devait alors équiper le module orbital de l’avion spatial européen Hermès. Lorsque ce programme a été abandonné, les Européens se sont rapprochés des Russes pour faire voler leur bras sur la station Mir 2. Lorsque cette dernière a été délaissée au profit de l’ISS, ERA a de nouveau changé d’objectif. 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Ce bras en fibre de carbone de 11 mètres pour 630 kilos, capable de manipuler des charges de 8 tonnes, a été développé aux Pays-Bas et en Belgique. Son envol étant régulièrement repoussé, les équipes ont pris leur temps, puisqu’il n’était plus prioritaire, mais il était techniquement disponible dès 2005. Encore lui fallait-il un vaisseau pour l’embarquer. Il n’y avait plus de place sur les derniers vols de la navette, le bras a donc été transféré sur le module russe Nauka, pour un décollage en 2007. 

Mais Nauka avait ses propres problèmes. A l’origine, il n’avait pas été conçu pour être un laboratoire. Il fut fabriqué en 1998 afin de servir de doublure au tout premier module de l’ISS, Zarya, autour duquel a été assemblé le complexe orbital actuel. Si Zarya avait été perdu au lancement, ce nouveau module l’aurait remplacé. Finalement, il n’a pas servi ; Khrounitchev, l’industriel russe qui l’avait construit, a pu le récupérer afin de le modifier pour lui donner une autre mission. 

Hélas, comme souvent en Russie, le programme a ensuite subi un sous-financement chronique, et les retards se sont accumulés. En 2004 était annoncée la mise en orbite de Nauka pour 2007, cependant les premiers contrats passés par l’agence spatiale russe avec ses industriels n’ont été signés qu’en novembre 2006. Le lancement a donc été différé à 2009, puis à 2011. Cette année-là, des problèmes électriques entraînent son report à 2012, puis des difficultés d’intégration le font glisser à 2014. En 2013 la structure du module doit être renvoyée à l’usine, car ses canalisations sont polluées par des particules. Deux ans plus tard, le système propulsif est trop vieux et a été remplacé. Pendant plusieurs années, le lancement restera fermement prévudans un délai de douze à vingt-quatre mois… 

Russie et Chine, le nouvel axe

Le bras, lui, a été testé, qualifié puis mis en stockage en 2008, dans l’attente de son départ pour la Russie. Des pièces de rechange ont même été amenées sur l’ISS au cours de l’un des derniers vols de navette en… 2010. 

Au terme de sept années, Philippe Schoonejans, chef de projet d’ERA, se lamentait des conséquences de cet interminable ajournement. Les équipes ont été dispersées et avec elle une bonne partie des connaissances. Les technologies d’archivage de la documentation ont évolué, le matériel de test est devenu obsolète ; il est devenu très difficile de trouver des composants pour remplacer ceux qui dépassaient la date de péremption. Les équipements de contrôle ont dû être totalement renouvelés deux fois. C’était en 2015, alors que le lancement était encore prévu en 2017. 

Finalement ERA a été déstocké en 2020 et expédié en Russie. Il a été monté sur Nauka en mai, et le module a été installé sur son lanceur Proton. Conçu pour fonctionner dix ans, il ne disposera probablement pas d’autant de temps avant l’abandon de l’ISS. Reste à savoir ce que les Européens pourront retirer de cette expérience, avec un matériel conçu il y a un quart de siècle. 

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l’app

Ils en ont tiré une leçon : mettre un bémol sur leurs programmes conjoints avec la Russie, considérée comme non fiable. La Chine, elle, l’a récemment laissée monter à bord de ses propres projets d’exploration, notamment pour sa future station à la surface de la Lune. Pékin dispose d’un atout que les Européens n’ont pas : en dernier ressort, elle peut se passer de Moscou, alors que l’inverse est peu probable. 

Opinions

Chronique

Emmanuelle MignonPar Christophe Donner

Chronique

Par Sylvain Fort

Idées et débats

Par Marylin Maeso

Les dernières nouvelles
Nouvelles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici