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jeudi, juin 30, 2022

Stefan Barensky : Elon Musk restera-t-il maître en son royaume de Boca Chica ?

Homme de communication hors pair, Elon Musk aime à monopoliser l’attention autour de ses projets. Le vol de la première mission habitée 100 % commerciale lui a permis, une fois de plus, de faire la Une des magazines et l’ouverture des journaux télévisés. En revanche, il y a des sujets sur lesquels il aimerait se montrer discret, surtout lorsqu’il doit engager sa responsabilité. 

Tandis que les astronautes amateurs d’Inspiration4 profitaient de leur séjour en orbite, la Federal Aviation Administration (FAA), organisme de réglementation du transport aérien et du secteur spatial, rendait public un rapport de 150 pages sur l’impact environnemental des activités de SpaceX sur sa base de Boca Chica. 

Depuis trois ans, la firme d’Elon Musk y développe son lanceur géant Super Heavy et sa navette Starship, multipliant les infrastructures sur ce qui était naguère un hameau perdu, près de la plage la plus au sud du Texas, en bordure de l’estuaire du Rio Grande. Or toutes ces activités sont accomplies sur la foi d’une étude d’impact environnemental remontant à… 2014, alors qu’il n’était question que d’y bâtir un ou deux pas de tirs pour des lanceurs Falcon 9 produits en Californie. Aujourd’hui, des fusées dix fois plus grosses sont fabriquées sur place avec des installations qui n’ont cessé de s’étendre. Pour ne pas être gênée par les riverains, SpaceX a racheté une partie des propriétés avoisinantes et a même lancé une procédure pour créer sa propre municipalité, baptisée « Starbase », qui lui permettrait d’y édicter ses propres lois. 

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Mais à l’approche du premier vol d’essai de la combinaison Super Heavy – Starship, la FAA s’est montrée réticente à l’attribution de nouvelles licences sans une révision majeure de l’étude d’impact environnemental. Les équipes de Musk ont donc dû consulter les responsables locaux et rédiger un rapport décrivant leurs projets et comment elles n’allaient pas mettre en danger les écosystèmes naturels. C’est ce texte que vient de publier la FAA, qui attend maintenant de collecter avis et commentaires afin de savoir si la société respecte les législations et les normes en vigueur ou si une étude indépendante est nécessaire. 

La liste des futures infrastructures donne le tournis

Le document remis par la firme d’Elon Musk a de quoi surprendre. D’abord par la richesse de la description des espaces protégés (dont plusieurs parcs naturels) qui entourent le site de Boca Chica. L’estuaire du Rio Grande fait partie de ces zones humides, indispensables à la biodiversité, que les environnementalistes souhaitent préserver. SpaceX dresse un catalogue quasi exhaustif du nombre d’animaux présents, tout en assurant qu’ils ne courent aucun danger. Ensuite, la liste révélée des infrastructures qui doivent prochainement sortir de terre donne le tournis : un centre de traitement du gaz naturel, une centrale électrique au gaz de 240 mégawatts et même une usine de dessalinisation s’approvisionnant directement dans la nappe phréatique avant d’y réinjecter la saumure en profondeur pour faciliter la remontée des eaux plus douces… 

Enfin, SpaceX décrit le niveau d’activité prévu sur sa base et étonne par sa retenue : seuls cinq Super Heavy – Starship voleraient chaque année. Une telle cadence ne permettrait pas d’assurer l’envoi des deux atterrisseurs lunaires promis à la Nasa en 2023 et 2024, qui imposent de 10 à 16 vols chacun, ni l’expédition circumlunaire « DearMoon » du milliardaire japonais Yusaku Maezawa, toujours annoncée pour 2023 et qui en nécessitera autant. Sans oublier tous les vols de développement qui doivent précéder ces missions opérationnelles. 

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Dernier détail, aucune mention n’est faite des possibilités d’accident au décollage. La Nasa s’était penchée sur la question au début des années 1960 pour évaluer le risque représenté par l’explosion au sol d’une fusée Saturn 5 d’Apollo, avec ses 2 725 tonnes d’ergols. Une telle catastrophe aurait représenté l’équivalent de 400 tonnes de TNT, soit dix fois l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en 2001. La Nasa en avait conclu que tout lanceur plus gros devrait décoller d’une barge en mer bien au large. Le lanceur de SpaceX, lui, emportera 5 200 tonnes d’ergols. Une éventuelle explosion serait alors comparable à celle qui a ravagé le port de Beyrouth le 4 août 2020 et a été ressentie jusqu’à Chypre, à plus de 200 kilomètres. Dans ces conditions et en attendant les conclusions de la FAA, le projet de Super Heavy – Starship restera cloué au sol. 

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