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jeudi, juin 30, 2022

Stefan Barensky : attaquer la Nasa pour contrer Musk, la riposte lunaire de Bezos

Le bras de fer entre multimilliardaires se poursuit. Avec la Lune en ligne de mire. Jeff Bezos ne renonce pas à briser le monopole confié un peu imprudemment par l’Agence spatiale américaine (Nasa) à SpaceX et son patron, Elon Musk, dans les moyens d’y accéder. 

En avril, la Nasa s’est retrouvée avec trois offres industrielles pour le vaisseau qui doit permettre aux astronautes, une fois en orbite lunaire, de descendre à la surface – l’équivalent du module lunaire (LM ou « Lem ») des missions Apollo. Selon ses plans, elle aurait dû en sélectionner deux pour développement, afin de bénéficier d’une redondance de sécurité, comme elle l’a fait pour ses capsules spatiales, fournies par SpaceX (Crew Dragon) et Boeing (Starliner). 

Malheureusement, le Congrès ayant rogné sur les budgets, il ne lui restait même pas assez pour financer l’offre la moins chère, en l’occurrence celle de SpaceX, qui avait pourtant cassé les prix. En conséquence, la Nasa a renégocié avec la firme d’Elon Musk pour qu’elle réaménage sa facturation et lui a confié un contrat de monopole. 

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Pour Jeff Bezos, dont la firme Blue Origin était associée à plusieurs grands industriels traditionnels (Lockheed Martin, Northrop Grumman…), c’était inacceptable, car lui aussi aurait pu revoir ses prix à la baisse : il était même prêt à payer de sa poche 2 milliards de dollars pour soutenir son offre. 

Une riposte surprenante

Avec le troisième concurrent du programme, Dynetics, Blue Origin a alors sollicité le Government Accountability Office, l’équivalent américain de la Cour des comptes. Peine perdue : sans préjuger de la qualité technique ou de la pertinence stratégique des offres, les sages américains ont estimé que le changement des règles en cours de sélection ne contrevenait pas aux règles de la concurrence. 

Jeff Bezos n’en est pas resté là. Le 13 août, il a tout simplement attaqué en justice la Nasa, qui a dû suspendre ses travaux avec SpaceX sur le sujet jusqu’en novembre. Une riposte surprenante, mais pas inédite, puisque Elon Musk avait fait de même en 2014 avec l’US Air Force pour contrer United Launch Alliance (une coentreprise de Boeing et Lockheed Martin), qui détenait un monopole de fait sur les lancements du Pentagone. Il n’y avait pas eu de condamnation, mais le milliardaire d’origine sud-africaine avait obtenu gain de cause. Aujourd’hui, la Défense américaine lui confie 40 % de ses missions. 

L’ex-patron d’Amazon, lui, dénonce la mainmise de Musk sur le futur trafic vers la Lune, avec un système qu’il contrôlerait de bout en bout, sans coopération ni alternative, et dont la démonstration technologique reste à faire. Son vaisseau lunaire serait fondé sur la navette Starship, dont cinq démonstrateurs ont volé jusqu’à 12,5 km d’altitude. Son envoi vers la Lune exigerait 16 vols du lanceur géant Super Heavy : un pour mettre sur orbite basse autour de la Terre un Starship-citerne, 14 pour des Starship-ravitailleurs destinés à remplir le premier en oxygène et méthane liquides, et le dernier pour le Starship lunaire, qui irait lui-même faire le plein au Starship-citerne avant de poursuivre en direction la Lune. Et comme la Nasa demande une démonstration à vide, cela représente un total de 32 vols ! En comparaison, le module lunaire de Blue Origin ne nécessite que trois vols, compatibles avec des lanceurs du marché, dont ceux de SpaceX. 

Début août, sur sa base à la frontière mexicaine. SpaceX a fait le buzz en assemblant un étage Super Heavy et en plaçant à son sommet son prochain démonstrateur de Starship. Le tout a été aussitôt désassemblé. Il devrait être réassemblé pour un lancement dans les prochains mois, probablement précédé par un ou plusieurs essais de mise à feu au sol. 

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L’ensemble de l’offre repose sur le succès de ce lanceur de 5 000 tonnes, plus gros que tout ce que la Nasa s’est autorisé à faire, notamment parce qu’elle estimait que, au-delà de 3 500 tonnes, le risque pour les installations au sol était trop grand en cas d’explosion au décollage. Surtout, il va falloir le rendre réutilisable pour qu’il puisse enchaîner les rotations. Or, jusqu’ici, un seul Starship a survécu à son atterrissage et il n’a pas revolé. L’objectif de la Nasa reste un alunissage habité en 2024. Le risque d’échec est important, mais en cas de succès, les systèmes sur lesquels les Européens ont fondé leur coopération, capsule Orion et station Gateway, seraient rapidement rendus caducs. 

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