22.8 C
Londres
mercredi, juillet 6, 2022

Science participative : une météorite au-dessus de la Bretagne, et des centaines de témoignages

Le grand public les qualifie de « météorites ». Tant qu’ils n’ont pas touché la terre ferme, les scientifiques leur préfèrent le terme de « bolides » ou de « météores ». A l’oeil nu et au bruit c’est bien un gros caillou qui a traversé le ciel de la pointe Bretagne peu avant 22 heures, dimanche 5 septembre. L’astre a suivi une trajectoire du sud vers le nord, de Douarnenez, en passant au zénith de Morlaix, puis au-dessus de Perros-Guirec, avant de disparaître au-dessus la Manche non loin des côtes britanniques : l’organisme de sauvetage aérien des îles anglo-normandes a indiqué avoir également observé la météorite dans le ciel de Jersey, très exactement à 21 h 47. « Étant donné son intense luminosité, le bolide devait peser de l’ordre de 1 kilogramme et nous estimons sa vitesse autour de 70 kilomètres par seconde, précise François Colas, de l’Observatoire de Paris (OBSPM). Il a suivi une trajectoire quasi linéaire et allait tellement vite qu’il a fini par se désintégrer à environ 40 kilomètres d’altitude au-dessus de la Manche. » En finissant poussières, éparpillé dans la mer, ce corps rocheux ne peut donc pas être qualifié de… météorite. Il est donc à ranger parmi les 95% d’évènements lumineux qui se produisent chaque année dans notre ciel et qui ne donnent pas d’impact terrestre.  

Un engouement populaire

Il n’empêche, ce phénomène assez rare par sa brillance a été corroboré par des centaines de témoignages qui se sont multipliés sur les réseaux sociaux.  » Notre site FRIPON/Vigie-Ciel a enregistré plus de 250 déclarations ce qui signifie que notre réseau s’impose peu à peu comme celui de référence », s’enthousiasme Brigitte Zanda du Muséum national d’histoire naturelle (MNHM) qui, avec Sylvain Bouley du laboratoire GéoSciences de l’Université Paris Sud et François Colas, ont mise en place ce dispositif de surveillance en 2015. Et la chercheuse de poursuivre : « Pour nous, cette dimension de science participative est fondamentale pour faire avancer la recherche et, on le voit, les gens ont envie de nous aider dans notre démarche. »  

Difficile de retrouver les météorites lorqu’elles touchent le sol

Pour ce « caillou » qui a survolé le Nord-ouest de l’Hexagone et a été aperçu jusqu’en Normandie, les descriptions sont toujours les mêmes : un flash lumineux à très grande vitesse visible pendant une poignée de secondes et, quelques minutes plus tard, un bruit sourd qui correspond à l’onde de choc. Un « bang » sonore qui, à Brest, aurait fait trembler les fenêtres des habitations. Certains ont même cru alors à un tremblement de terre. « La désintégration était inévitable étant donné la vitesse de l’objet, poursuit François Colas. Il allait environ dix fois plus vite que la capsule Crew Dragon qui ramènera Thomas Pesquet sur Terre. » Il arrive que des météorites évoluent moins rapidement. Tout dépend de leur vitesse orbitale et celle de la Terre. « Les deux forces peuvent s’opposer ce qui est bien plus rare, mais l’on estime ainsi que le bolide doit évoluer en dessous de 20 kilomètres par seconde pour traverser l’atmosphère et finir en un seul morceau. Et encore, comme une grande partie de la surface du globe est composée d’océans, cela réduit d’autant plus la probabilité de voir ces petits corps célestes atterrir sur la terre ferme. Rien qu’en France, si les météores sont monnaie courante, ils se transforment de 5 à 25 fois en météorites par an.  

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l’app

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

« En plus de sa dimension participative, le réseau Fripon (Fireball Recovery InterPlanetary and Observation Network, NDLR.) compte aujourd’hui une bonne centaine de caméras à grand champ (360 degrés) dont l’installation a été financée par l’Etat via l’Agence nationale de la recherche (ANR), explique Brigitte Zanda. La plupart étant séparée d’environ 70 à 100 kilomètres. » Un maillage suffisant pour observer les différents événements célestes naturels au-dessus de la France. Ce qui a été le cas la nuit dernière en Bretagne même si une des caméras (à Brest), était perturbée par une épaisse couche de nuages. « Je travaille actuellement à affiner la trajectoire en faisant des calculs à la main. Et nous aboutirons à une plus grande précision grâce aux témoignages récoltés, se félicite François Colas. Là encore, la participation des citoyens va se révéler essentielle. Le chercheur de l’Observatoire de Paris compte aussi sur leur aide dans sa traque des météorites dès le week-end prochain. « Nous organisons une battue près de Maisontiers dans les Deux-Sèvres pour tenter d’en retrouver une tombée le 13 juillet dernier. » Plusieurs dizaines de passionnés sont attendues sur place. Le spectacle s’annonce moins spectaculaire qu’en Bretagne mais la récolte pourrait être autrement plus précieuse pour les scientifiques.  

Opinions

Chronique

Pierre Assouline

Librairie

Par Emmanuel Lechypre

Chronique

Robin Rivaton

Economie

Par François Roche

Les dernières nouvelles
Nouvelles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici