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jeudi, juin 30, 2022

« Sang des glaciers » : le mystère autour de la neige rouge dans les Alpes enfin levé ?

Chaque année, à l’approche de l’été, les étendues de neige se teintent d’un rouge couleur sang dans les Alpes françaises. Un phénomène qui n’est pas nouveau – Aristote l’avait déjà observé en 350 avant Jésus-Christ sur le mont Olympe – mais qui intrigue depuis des millénaires les scientifiques. Le philosophe grec pensait que c’était l’oeuvre de gros vers qui vivaient sous la neige et laissaient des traînées rougeâtres après leur passage. Au XVIIIe siècle, le physicien Horace Bénédict de Saussure avait eu, quant à lui, « l’intuition » que c’était le fruit d’un pollen spécifique. Plus récemment, on a découvert qu’il s’agit en réalité de microalgues du genre Sanguina, invisibles à l’oeil nu, qui pullulent à tel point qu’elles colorent la neige. Une prolifération spectaculaire appelée « bloom ». Si on connaissait le responsable, on ignorait encore tout du mécanisme permettant à ces algues de colorer la neige. 

Dans une étude parue début juin dans la revue Frontiers in Plant Science, Éric Maréchal, directeur de recherche au laboratoire de physiologie cellulaire et végétale de Grenoble (Isère) levait une partie du mystère autour de ce phénomène appelé « le sang des glaciers » dans la tradition orale alpine. Au sein du consortium Alpalga (association des mots alpes et algue) qui réunit des chercheurs du CNRS, du CEA, de Météo France, d’Inrae, et de l’université de Grenoble, Éric Maréchal a découvert que ces microalgues ne vivent pas ici par hasard. « Elles sont localisées au-dessus de 2000 mètres d’altitude, là où les neiges survivent plus longtemps avant l’arrivée de l’été, révèle-t-il à L’Express. Cela nous informe que ces algues se trouvent spécifiquement dans un milieu où elles peuvent survivre. Il n’y a donc aucune chance d’en trouver lorsqu’il neige dans son jardin ».  

Si ce phénomène est visible au début de l’été, c’est parce qu’à partir du mois de mai ces microalgues se fabriquent un bouclier de molécules rouges jouant le rôle de crème solaire. Cela coïncide avec le moment où elles se multiplient et offrent des paysages surréalistes sur les sommets. Autrement dit, elles sont déjà là l’hiver, on peut skier dessus, mais on ne les perçoit pas car elles sont vertes et moins nombreuses.  

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Marqueur du réchauffement climatique

Reste une question : pourquoi les « neiges rouges » ont-elles pris de l’ampleur ces dernières années ? « Ces algues se propagent grâce au CO2 présent dans l’atmosphère. Elles s’en nourrissent, et la hausse des émissions de dioxyde de carbone liée aux activités humaines nous permet de penser que l’intensification de ce phénomène observé ces dernières années est un marqueur du réchauffement climatique », explique Éric Maréchal. Rassurez-vous toutefois, ce phénomène ne représente aucun danger pour la santé. « Ce n’est pas inquiétant, c’est plutôt merveilleux de voir cela. On pénètre dans un écosystème encore largement méconnu : celui de la neige comme organisme vivant. Il ne s’agit pas seulement de cristaux de glace, comme on pourrait le penser, car en-dessous il y a de la vie partout. Ces microalgues se nourrissent de gaz carbonique et de lumière avant d’être à leur tour mangées par des bactéries ».  

Malheureusement, la coloration rouge de la neige a un effet inattendu : elle favorise la fonte des glaciers. « La neige réfléchit moins le rayonnement solaire, donc elle chauffe et fond plus rapidement », pointe le chercheur. Tout un paradoxe puisque plus ces algues se multiplient, plus elles favorisent la disparition de leur milieu. « L’algue Sanguina ne fait rien d’autre que se développer dans son environnement. Il faut observer et comprendre cela. Car la montagne est en transition aujourd’hui en raison de la crise climatique ».  

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Ces microalgues ont tout de même des atouts. Elles seraient riches en antioxydants et pourraient être intéressantes pour lutter contre le vieillissement des cellules. 

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