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mardi, juillet 5, 2022

REPORTAGE. Vaccination : en Seine-Saint-Denis, du sur-mesure pour convaincre les hésitants

Josyane, 71 ans, a sorti son joli gilet mauve et sa plus belle broche. Elle a pris son courage à deux mains, sa canne aussi. Cahin-caha, elle a franchi le pas de la vaccination. Il faut dire qu’en ce matin pluvieux du début de juillet, elle n’a que quelques mètres à parcourir pour recevoir sa première dose. Les agents de la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) de Seine-Saint-Denis ont déployé leurs barnums pour la journée au pied des hautes tours de la cité où elle réside, la Capsulerie à Bagnolet, tout près du périphérique. Les dealers, d’habitude installés sur la petite place ronde, ont posé leurs chaises pliantes un peu plus loin, et quelques dizaines d’habitants se pressent autour des tentes blanches. 

« Peur des effets secondaires »

Ces piqûres sans rendez-vous, à deux pas de chez eux, quelle aubaine ! De quoi leur faciliter la vie et, surtout, les rassurer. Josyane, par exemple, avait bien reçu « un papier de la Sécu » voilà quelques mois, lui rappelant qu’elle faisait partie des publics prioritaires. Mais c’était trop peu pour la convaincre : « La peur, vous comprenez » – la peur des effets secondaires, plus forte que celle du Covid. Ses enfants vaccinés et ces injections de proximité l’ont fait changer d’avis. Comme Rachid, le buraliste du coin, Christophe, l’agent de propreté, qui travaillait juste à côté ce matin-là, ou ce groupe de Chinois, la plupart sans papiers, venus parce que l’un d’eux a été averti la veille par un texto de l’Assurance-maladie écrit en mandarin.  

Ils seront environ 200 à tendre le bras aux infirmiers et aux médecins. « Cela paraît peu. Mais à chacune de ces opérations, nous touchons des personnes qui ne seraient pas venues dans un centre de vaccination », se réjouit Aurélie Combas-Richard, l’énergique directrice de la CPAM de Seine-Saint-Denis, qui, ce matin, court partout, organise les files d’attente, cherche une solution pour l’imprimante en panne, une chaise pour ce monsieur de 79 ans, costume élégant, accent arabe, qui attend son attestation… 

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Un peu partout en France, le rythme des injections connaît un inquiétant ralentissement, alors que le variant Delta, plus contagieux, oblige à protéger une très large part de la population dans l’espoir d’éviter une nouvelle vague avec son lot de restrictions. Pour les autorités sanitaires, c’est maintenant que le plus difficile commence : convaincre les hésitants. « On ne parle pas là des antivaccins, mais d’une partie de la population souvent éloignée du système de santé : si celui-ci ne va pas vers eux, ils ne viendront jamais spontanément », confirme le Pr Franck Chauvin, président du Haut Conseil de santé publique.  

« Certains croyaient à un canular »

Dans le « 93 », Aurélie Combas-Richard est une convaincue de la première heure. Alors que le rôle normal des CPAM est de payer les vaccinateurs, elle demande dès février à ses équipes de contacter tous les plus de 75 ans du département dépourvus de médecin traitant et n’ayant pas eu de remboursement de soins depuis plus de six mois. Au départ, il faut… 19 appels pour décrocher un rendez-vous. « Certains croyaient à un canular », se souvient-elle. Mais quand c’est oui, des agents municipaux vont chercher les volontaires chez eux et les conduisent jusqu’à un centre, ouvert dans les locaux de la Caisse, à Bobigny. 

Ensuite, lorsque la campagne s’élargit à tous, les équipes de la CPAM créent un « vaccidrive » géant sur le parking du parc des expositions de Villepinte et lancent cette opération itinérante au pied des tours. Une initiative que l’Agence régionale de santé (ARS), anticipant un ralentissement des rendez-vous pendant l’été, demande désormais à tous les centres de vaccination du département de reproduire, « pour mobiliser dans l’hyper-proximité, là où vivent les personnes », précise Sylvaine Gaulard, directrice de la délégation départementale de l’ARS en Seine-Saint-Denis.  

Infographie

Dario Ingiusto / L’Express

Le conseil général a créé des bus de vaccination et la Croix-Rouge propose des injections dans les points de distribution alimentaire. Quant à la préfecture, elle a été parmi les premières en France à installer des vaccinateurs dans un centre commercial, celui de Rosny-2, l’un des plus grands de la région. Un pari gagnant : « Nous étions dans un gymnase voisin, mais depuis que nous avons déménagé à côté de l’hypermarché, avec un accueil sans rendez-vous, nous faisons nos meilleures journées, avec parfois plus de 800 piqûres par jour », se réjouit le Dr Bernard Benchimol. Dès janvier, « en colère contre le gouvernement qui n’arrivait pas à organiser une campagne digne de ce nom », ce généraliste avait remué ciel et terre pour ouvrir un centre, avec l’aide de la municipalité. Grâce à son vaste réseau de professionnels et à un groupe WhatsApp réactif, la structure tourne bien. Des équipes sont également envoyées au domicile des personnes âgées, et des demandes d’autorisation ont été faites pour vacciner dans les parcs et les espaces verts, à « Rosny-plage », ou lors de concerts en extérieur.  

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Bilan de ces efforts ? « Si l’on regarde le nombre de premières injections, la Seine-Saint-Denis n’est plus le département le plus en retard », constate Alain Fischer, le président du conseil d’orientation de la stratégie vaccinale. Preuve que l’ « aller vers » fonctionne. « Le gouvernement a demandé à toutes les ARS de développer une offre similaire. Des initiatives sont prises un peu partout », souligne le Pr Fischer. Seront-elles suffisantes, alors que les différentes vagues ont souvent démarré dans des quartiers défavorisés et frappé durement leurs habitants ? « Le problème, c’est que notre santé publique de terrain n’est pas assez développée. Dans beaucoup d’endroits, ces méthodes d’intervention éprouvées ne sont pas appliquées, par méconnaissance ou par manque de ressources. Il restera des zones non vaccinées, qui seront problématiques, c’est certain », regrette le Pr Chauvin, justement chargé d’une mission sur cette question pour le gouvernement. Josyane, elle, l’assure : « S’ils n’étaient pas venus jusqu’ici, je ne me serais jamais fait vacciner. » 

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