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mercredi, juillet 6, 2022

Relocaliser la production de médicaments : les leçons des expériences étrangères

La crise sanitaire a mis en lumière la nécessité pour les pays européens de mieux maîtriser leur production pharmaceutique. Une question aussi bien de sécurité sanitaire que de souveraineté nationale. En France, le gouvernement en a fait un enjeu stratégique, et a sorti le carnet de chèques pour convaincre les industriels d’accroître leur production dans notre pays : des aides d’une centaine de millions d’euros ont été annoncées par les pouvoirs publics voilà quelques mois. 

Mais certains plaident pour aller plus loin. Car l’accès aux traitements, y compris en France, ne va pas toujours de soi, aussi bien pour les produits anciens que pour les thérapies les plus innovantes. Pour les premiers, ce sont les ruptures d’approvisionnement qui menacent, les industriels se désengageant de ces molécules qu’ils jugent trop peu rentables. Pour les secondes, les prix excessifs peuvent compliquer la prise en charge par la collectivité, comme on avait pu le voir avec les traitements contre l’hépatite C, initialement réservés à un public restreint du fait de leur tarif exorbitant.  

Dans ce contexte, l’Observatoire pour la transparence dans la politique des médicaments – une organisation non gouvernementale – vient de rendre public un rapport intitulé « Relocalisation de l’industrie pharmaceutique en Europe et dans les Etats membres ». Ses auteurs y rappellent à quel point ce secteur est en réalité dépendant des financements publics : « La collectivité paie les médicaments et les produits de santé au moins quatre fois : une fois à travers le financement de la recherche publique (dont les travaux ont permis le développement de nombreux médicaments, NDLR), une fois par l’aide à la R&D pour les groupes privés, une troisième fois par le remboursement des médicaments, et une quatrième fois par la tolérance envers l’évasion fiscale ». 

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Le rapport revient ensuite sur des exemples de production publique des produits pharmaceutiques. Une idée qui fait aujourd’hui son chemin en France – le Pr Jean-Paul Vernant, vice-président de la Ligue contre le cancer, défend ainsi, avec d’autres, la création d’un opérateur contrôlé par l’Etat qui passerait des commandes auprès de sous-traitants français ou européens, au moins pour les médicaments essentiels.  

Un réseau de laboratoires publics au Brésil

Différents modèles alternatifs ont été explorés à l’étranger, sur lesquels reviennent les membres de l’Observatoire. Premier exemple, le Brésil, qui a développé un réseau de laboratoires publics : ils produisent des médicaments et des produits biologiques pour le compte du système d’assurance maladie local. Le Brésil a joué sur toutes les flexibilités permises par l’Organisation mondiale du commerce, et « n’a pas non plus hésité à recourir aux licences obligatoires pour permettre à sa population d’avoir accès à des médicaments vitaux ». Si ce système a permis au pays de se fournir en traitements à bas prix, il présente aussi des faiblesses et des défis. Les laboratoires publics ont notamment continué à s’approvisionner sur les marchés internationaux pour les matières premières pharmaceutiques, avec des contraintes budgétaires qui n’ont pas toujours facilité l’achat de produits de qualité. Et par ailleurs, ces laboratoires peuvent pâtir des changements politiques, alors que ce secteur demande des investissements sur le temps long.  

Le rapport détaille également une initiative portée par une fondation américaine : celle de la production en « open source » et à petite échelle d’insuline. Aux Etats-Unis en effet, les prix de l’insuline, comme ceux des autres médicaments, ne sont pas encadrés, et ce produit vital est bien plus coûteux qu’en Europe. Autre exemple, la fabrication de médicaments contre le cancer par les hôpitaux publics aux Pays-Bas : « Les autorités sanitaires hollandaises n’ayant pas trouvé d’accord avec les producteurs princeps sur le prix de ces produits brevetés, les hôpitaux ont décidé de se charger de la production ». Le pays a joué sur le fait que l’accord sur la propriété intellectuelle permet une levée des droits de la propriété intellectuelle à des fins de recherche. Enfin, la production militaire peut représenter un appui. « La pharmacie de la Bundeswehr allemande produit déjà des anticancéreux et peut inspirer un modèle », constatent les auteurs du rapport.  

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Ils auraient pu ajouter le cas d’hôpitaux américains, qui se sont regroupés pour faire face aux pénuries : plus de 850 établissements ont créé et financé une structure (Civica), qui a commencé à produire et à distribuer des médicaments tombés dans le domaine public à prix coûtant. Ces multiples exemples le montrent : de nombreuses pistes existent pour garantir la sécurité des approvisionnements en médicaments essentiels.  

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