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vendredi, juillet 1, 2022

Rapport du Giec : Tout va très bien, Madame la marquise !

Le très attendu premier volume du sixième rapport du Giec, Groupe Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat, une émanation de l’ONU, a été publié le 9 août. Une fois de plus, le Giec sonne le tocsin ! L’évolution du climat est plus grave que prévu, et les incertitudes scientifiques s’estompent. Alors que les rapports précédents autorisaient la possibilité d’un doute sur l’origine du changement climatique, ce rapport renvoie définitivement les théories climatosceptiques dans les poubelles de l’histoire : « Il est sans équivoque que l’homme a réchauffé son atmosphère ». Pour les experts en terminologie onusienne très feutrée, la messe est dite ! Pour vous lecteurs comme pour moi, notre responsabilité envers les générations futures est engagée. Vous ne pourrez plus jamais dire que vous n’étiez pas sûr des conséquences de vos actes. 

Les nouvelles scientifiques synthétisées dans ce document sont franchement mauvaises par rapport au cinquième rapport publié en 2014. La température moyenne de la dernière décennie est 1.1°C supérieure à celle qui prévalait au XIXe siècle. La fréquence et l’intensité de la plupart des événements climatiques (ouragans, sécheresses, inondations, canicules, …) sont en hausse. Le Gulf Stream se ralentit. Le niveau des océans pourrait augmenter d’un mètre d’ici la fin du siècle. La demi-promesse des Accords de Paris sur la limitation de la hausse de température à 1.5°C apparaît déjà caduque. Ce seuil de température sera inéluctablement dépassé d’ici 15 ou 20 ans, quoiqu’on fasse aujourd’hui. Alors qu’en 2014, les experts du Giec pensaient qu’un doublement de la concentration de CO2 par rapport à l’âge préindustriel (cette concentration n’a augmenté que de 60% aujourd’hui) conduirait probablement à une augmentation de température comprise entre 1.5°C et 4.5°C, ils pensent aujourd’hui que cette augmentation sera probablement comprise entre 2.5°C et 4°C. Ceci traduit à la fois une aggravation du risque et une réduction de l’incertitude. 

Ce premier volume se concentre sur les sciences physiques du climat. Les deux autres volumes, l’un sur les impacts sur le bien commun, l’autre sur les politiques de mitigation et d’adaptation, sont attendus en 2022. Ce document de pratiquement 4000 pages reste donc loin des questions relatives aux actions indispensables à mener pour respecter nos engagements internationaux de réduction des émissions. En fait, cinq scénarios d’émission sont examinés. Dans le scénario de hausse continue des émissions sur la tendance actuelle, il faut prévoir une hausse de température de 4.4°C d’ici 2100. Au contraire, dans un scénario super optimiste conduisant à zéro émission nette d’ici le milieu du siècle au niveau de la planète entière, suivi d’une politique très volontariste de récupération du CO2 atmosphérique, la température moyenne pourrait n’augmenter que de 1.5°C. 

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Même si certains pays pétroliers se sont battus pour réduire la portée de certains résultats scientifiques dans le « résumé pour décideurs » de ce rapport, il sera difficile d’y trouver des éléments politiquement polémiques. Au contraire, ce rapport a vocation à planter le décor des prochaines foires d’empoigne de la politique climatique. A commencer par la COP-26 de Glasgow en novembre, où le concert des nations va devoir réviser les engagements climatiques nationaux dans le cadre des Accords de Paris. Et à Washington ou à Bruxelles, les mois à venir vont être déterminants, d’un côté pour tenter de faire passer les timides politiques climatiques sectorielles de Biden au Congrès américain, et de l’autre pour discuter à 27 des très ambitieuses propositions climatiques de la Commission Européenne présentées le 14 juillet. Sur ces trois théâtres d’opération, les choses ne s’engagent pas bien. Les pays du Sud exigent un gros chèque avant de considérer l’idée de réduire leurs émissions, chèques que les pays du Nord ne sont pas prêts à leur signer. Les Républicains américains restent très majoritairement opposés à toute politique climatique qui serait attentatoire au budget des ménages ou à la compétitivité des entreprises. Or, elles le sont toutes, même si les gagnants et les perdants ne sont pas toujours les mêmes. Et le mouvement des gilets jaunes hante les esprits de tous les politiques, en particulier en Europe.  

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Encore une fois, aujourd’hui, le Giec nous dit que la maison brûle. Ce soir, chacun se scandalise de l’inaction collective. Et demain, qui sera prêt à reconnaître sa responsabilité individuelle et à agir en conséquence ? Mais à part ça, tout va très bien Madame la marquise. 

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Par le Pr Gilles Pialoux

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