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dimanche, juillet 3, 2022

Prix, risques, données : ces questions posées par la pilule anti-Covid de Merck

Bientôt, une simple pilule pour traiter le Covid ? Après la publication en fin de semaine dernière du communiqué de presse de Merck-MSD, l’entreprise américaine qui développe le molnupiravir, l’enthousiasme a été immense. De fait, les premiers résultats obtenus avec cet antiviral paraissent impressionnants : le médicament « réduit le risque d’hospitalisation ou de décès d’environ 50% », affirme l’entreprise. Durant la première partie de l’essai clinique de phase 3, aucun mort n’a été à déplorer dans le groupe de malades traités, contre huit dans le groupe placebo. Les patients présentaient tous des symptômes légers à modérés de Covid lors de leur inclusion, et se trouvaient à risque d’évoluer vers une forme grave de la maladie, selon les informations communiquées par Merck-MSD. 

Ces résultats ont poussé le groupe à interrompre précocement l’essai, en accord avec la Food and Drug Administration, (FDA, l’agence américaine du médicament), pour demander rapidement une autorisation de commercialisation aux Etats-Unis. De leur côté, les responsables de l’Agence européenne du médicament viennent d’indiquer lors d’une conférence de presse leur intention de démarrer l’examen en continu de ce traitement. Une procédure qui a pour but d’accélérer l’évaluation d’une demande d’autorisation de mise sur le marché lorsque celle-ci sera formellement déposée par le laboratoire. 

« Nous avons besoin de données publiées, pas d’un simple communiqué de presse »

Si les annonces de Merck ont été accueillies favorablement par la communauté scientifique, certains appellent toutefois à quelques précautions. « Nous avons besoin de données publiées, et pas d’un simple communiqué de presse. Il est impossible de faire une analyse pharmacologique sur la base de ce qui a été présenté pour l’instant par l’entreprise », déplore le Pr Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie médicale au centre hospitalo-universitaire (CHU) de Bordeaux. Pour mesurer l’efficacité réelle du médicament, il convient en effet de connaître les caractéristiques détaillées des patients inclus dans chaque groupe : leur âge, leurs facteurs de risque, leur taux d’anticorps contre le Covid, etc. Néanmoins, le comité de surveillance et de suivi des données (DSMB), qui analyse au fil de l’étude les résultats obtenus, a jugé que ceux-ci étaient significatifs, et qu’il ne serait pas éthique de continuer l’essai contre placebo.  

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Mais cette décision aura aussi pour conséquence de limiter les informations disponibles à ce stade sur la sécurité de ce produit. « Pour cela, il aurait au minimum fallu inclure tous les patients initialement prévus dans l’étude. Ces données arriveront plus tard, via la pharmacovigilance », relève le Pr Molimard. Autrement dit, il faudra attendre que les pilules soient commercialisées pour avoir une idée plus précise de leurs éventuels effets indésirables. Des scientifiques ont toutefois déjà alerté sur les risques du molnupiravir, car il se dégrade dans l’organisme en une molécule connue pour son effet mutagène, autrement dit potentiellement capable de provoquer des cancers. Ce point reste débattu : « Cet effet a été vu sur un modèle cellulaire, contesté par l’entreprise. Sur une durée de traitement aussi courte, l’impact, s’il existe, serait surtout sur la reproduction et le foetus : dans les précautions d’emploi, les femmes en âge de procréer doivent donc être sous pilule en attendant d’en savoir plus », nuance le Pr Molimard. 

Plus de 700 dollars par patient

Sans attendre les autorisations de mise sur le marché, le laboratoire s’est déjà lancé dans une production à grande échelle de sa pilule orangée. Mais des questions émergent sur le prix auquel elle sera commercialisée. Le gouvernement américain a passé une pré-commande en juin : l’accord porte sur un coût de 1,2 milliard de dollars, pour la livraison de doses permettant de traiter 1,7 million de patients. Soit 705 dollars (608 euros) par malade. Un prix faramineux, qui pourrait bien constituer un frein à l’utilisation de ce produit, et qui devrait en tout cas susciter quelques débats. D’autant que, début octobre, deux chercheurs de Harvard aux Etats-Unis, et du King’s college hospital au Royaume-Uni, ont montré que ce médicament pourrait être produit pour une vingtaine de dollars par patient. La firme a néanmoins conclu des accords pour que son médicament puisse être produit à bas coût par des fabricants de génériques à destination des pays à revenus faibles et intermédiaires. 

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A ce stade, le molnupiravir ne paraît néanmoins pas être en mesure de concurrencer les vaccins, bien moins coûteux et beaucoup plus protecteurs contre les formes graves de Covid. Il sera utile en complément des injections, pour les personnes infectées qui n’auraient pas été immunisées, ou celles chez qui les vaccins ne fonctionnent pas. Pris par voie orale, il est en effet plus facile d’administration que les anticorps monoclonaux actuellement sur le marché, données en intraveineuse. A moyen terme, il pourrait aussi apporter une réponse en cas de diffusion rapide d’un nouveau variant contournant l’immunité conférée par les vaccins. Face à un virus aussi redoutable que le Sars-cov-2, toutes les armes sont bonnes à prendre.  

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