21.5 C
Londres
mardi, juillet 5, 2022

Pr Gilles Pialoux : Ne sacrifions pas le dépistage du Covid sur l’autel de la vaccination

C’est l’un des cortèges obligés dans le sillage de la crise sanitaire liée au Covid-19 : vivre avec les chiffres, une pluie de chiffres. Qu’ils soient inquiétants, contradictoires, ininterprétables, rassurants ou tout simplement erronés. Le contexte chiffré de cette chronique aoûtienne est celui de seuils que nul ne pensait voir dépasser aussi rapidement durant l’été : plus de 2000 malades du Covid-19 dans les services de soins critiques, plus de 10 000 lits d’hôpitaux occupés par des patients atteints de formes moins sévères de la maladie, des incidences faramineuses aux Antilles ou en Polynésie, à plus de 2000 cas pour 100 000 habitants.  

Un Guadeloupéen sur 50 s’est révélé positif au Covid dans la semaine du 6 au 12 août, ce qui, rapporté à la population de la métropole, équivaudrait à plus de 210 000 cas quotidiens là où nous n’en sommes « seulement » à 28 000 nouvelles contaminations. A l’échelon d’un service de 26 lits comme le nôtre, 13 sont remplis de patients Covid-19 et nous avons eu 18 entrants en une semaine (à 85% non vaccinés), cinq transferts en réanimation, deux décès. 

Et puis il y a les chiffres des plus jeunes qui inquiètent en Italie, en Israël, au Canada ou aux États-Unis. Avec dans ce pays 120 000 cas d’enfants et d’adolescents rapportés en une seule semaine, et des taux d’incidence supérieurs à 200 pour 100 000 dans les Etats où le taux de vaccination des adultes est le plus bas, à l’instar de la Floride et de la Louisiane. Outre-Atlantique, le masque est désormais recommandé dès deux ans. Par ailleurs, Israël vient de rendre obligatoire le passe sanitaire pour les plus de trois ans. Rien de commun pour l’instant en France, où la Société Française de Pédiatrie (SFP) s’obstine à minorer ces signaux préoccupants. Les recommandations de l’American Academy of Pediatrics ont même été qualifiées d' »absolument loufoques » par la présidente de la SFP sur LCI, évoquant même des « contraintes totalement inadaptées (…) ubuesques ».  

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Un pari risqué

Dans ce contexte, il est une autre comptabilité qui interroge : celle du déremboursement des tests PCR, qui devraient coûter cette année quelque 4,9 milliards d’euros à l’Assurance maladie. Alors même que le cap des cent millions de tests avait été franchi, le président de la République Emmanuel Macron a acté lors de son allocution télévisée du 12 juillet « la fin du remboursement des tests Covid de confort » (voyage, participation à des évènements familiaux ou collectifs). Suivant en cela une logique économique ainsi que l’avis de l’Académie nationale de médecine du 23 juin dernier intitulé « une bonne vaccination vaut mieux que des tests à répétition ». Il s’agit d’une réalité indiscutable : le test, quel qu’il soit, ne protège pas comme le vaccin. Mais l’exécutif fait ici un pari pour le moins audacieux : celui de l’incitation à la vaccination.  

A contre-courant de cette décision, prise certes par de nombreux pays européens, il est une autre hypothèse. Ce choix pourrait freiner la politique de dépistage, alors que l’immunité collective totale apparaît, pour l’heure, comme une inaccessible étoile. Il constitue en tout cas un nouveau coup de burin sur le triptyque de l’Organisation mondiale de la santé : dépister (cela sera payant ou sur prescription), isoler (c’est anticonstitutionnel) et tracer (il y a bien longtemps que le tracing est dépassé par le niveau de circulation virale). En atteste le dernier bulletin épidémiologique de Santé Publique France du 12 août qui indique que « le nombre moyen de personnes contact identifiées par cas est au niveau le plus bas observé en 2021 », suggérant un abandon tacite du repérage des chaînes de transmission.  

Les appels au SAMU ou les hospitalisations, indicateurs trop tardifs

Second risque possible de ce non-remboursement « incitatif à la vaccination » : ajouter une strate de plus dans les discriminations sociales liées à la pandémie de Covid. En effet, qui pourra dans son travail, ses déplacements, son organisation de vie, en attendant par exemple une vaccination tardive, faire des tests réguliers (toutes les 72 heures) et payants non prescrits par le médecin ? Seules les classes sociales les plus favorisées.  

Cette modification de la stratégie de dépistage va évidemment aussi rebattre la carte complexe du suivi de la pandémie. Au-delà de l’abandon du « dépister, isoler, tracer » se pose la question du choix des indicateurs qui vont guider les politiques publiques. Comme le taux de reproduction du virus (le fameux R0), complètement sous-estimé sur #Tousanticovid. Cette réorganisation de l’accès aux tests PCR donnera-t-elle plus de fiabilité au taux de positivité, autre indicateur utilisé depuis le début de la pandémie ? Et qu’adviendra-t-il du taux d’incidence lui-même dépendant du nombre de cas et donc du nombre de tests réalisés ?  

En l’absence de campagnes répétées de tests – sans dissocier vaccinés et non vaccinés – à réaliser sur des groupes de populations représentatives, notamment dans les écoles, les lycées, les universités, les Ehpad, que beaucoup d’experts réclament depuis la première vague, en sera-t-on condamné à ne regarder que les taux de remplissage à l’hôpital, les passages aux urgences, le recours au SAMU pour apprécier l’importance des vagues successives et guider efficacement les politiques publiques ? Ces marqueurs s’avèrent bien trop partiels et tardifs. Les établissements scolaires et la politique de dépistage seront à l’évidence, avec les territoires ultramarins, les enjeux majeurs de cette rentrée 2021 sous le signe du Covid.  

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l’app

Le Pr Gilles PIALOUX est chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon (AP-HP) à Paris (XXe). Membre du collectif PandemIA et du pôle santé de Terra Nova, il est également l’auteur de « Nous n’étions pas prêts. Carnet de bord par temps de coronavirus » (éd. JC Lattès). 

Opinions

Chronique

Pierre Assouline

Economie

Emmanuel Lechypre

Economie appliquée

Par Joël-Alexis Bialkiewicz

Idées et débats

Par Yascha Mounk

Les dernières nouvelles
Nouvelles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici