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mardi, juillet 5, 2022

Pr Gilles Pialoux : la fin prochaine du masque en extérieur, libération ou précipitation ?

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Interrogé sur RTL ce lundi matin sur la possible fin du port du masque en extérieur à partir du 30 juin, prochaine étape dans le calendrier de levée des restrictions, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a répondu : « Si tout se passe bien, on lèvera encore un certain nombre de contraintes, le 30 juin, si les conditions le permettent ». Cet entretien a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux anticipant une fin du port du masque en extérieur au 1er juillet. Dans la foulée, le ministère de la Santé a précisé qu' »aucune décision n’a encore été prise » sur le sujet. 

S’il est un objet, un symbole, qui incarne l’imbroglio, la folie parfois, de cette pandémie et qui résistera comme tel à l’épreuve du temps, c’est bien le masque. Dès le début de la crise sanitaire, il a été au centre de toutes les controverses, envahissant les bêtisiers médico-politiques, de la pénurie à son inutilité, de son efficacité préventive à son usage jugé « liberticide ». Raillé par les uns qui le portent ostensiblement sous le menton. Contingenté un temps pour les soignants. Sur les plateaux de télé, les masqués qui se comptaient laissent place aux démasqués sous la pression subjective du redoux épidémique et de la poussée vaccinale. Et comme le masque faisait sens, les philosophes s’en sont mêlés. Peut-on oublier que Bernard Henri Levy, en pleine première vague jugeait l’objet « contraire à cette éthique du visage » ? Alors que d’autres, moins médiatisés, ont louvoyé entre le masque comme « nouvelle dialectique entre ce qui est montré et ce qui est caché » – voire en une certaine érotisation – et le masque « vecteur de solitude et d’étrangeté absolue ». Le masque est depuis quinze mois de toutes les conversations. Jusqu’au tout récent retrait de quelques 17 millions de masques FFP2 distribués aux soignants ont ainsi été rappelés par Santé publique France (SPF), « dans l’attente de l’évaluation de l’éventuel risque lié à la présence de graphène dans ces masques et par précaution ». Additif de poids pour les complotistes de tous bords.  

Mais le vent tourne. Quittant les rives d’une prévention combinée (masque + vaccin + dépistage + distanciation), défendue entre autres dans cette chronique, et censée répondre aux incertitudes quant à l’efficacité vaccinale par temps de variants, et à la corrélation encore incertaine entre vaccination et non transmissibilité, le masque est désormais sur la sellette. Son port systématique en public, pourtant la mesure de prévention la plus largement respectée par la population (84 % des Français disent le porter, selon les derniers résultats de l’enquête CoviPrev menée par SPF), se trouve dans la ligne de mire de l’exécutif. Le peuple, comme son Président, « en a marre du masque ». Accentuant au passage un peu plus l’écart qui sépare les décisions du politique de l’incertitude scientifique.  

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Des facteurs d’inquiétude

« La perspective dans laquelle on vit tous », a récemment indiqué Emmanuel Macron, « c’est que l’on puisse progressivement l’enlever dans les lieux ouverts. Quand on se promène en forêt, quand on se balade dans une ville sans se rassembler, le bon sens et ce que l’on sait de l’épidémie, fait que l’on doit pouvoir le tomber. Cela se fera de manière différenciée sur le territoire ». Dans certains endroits, à l’instar d’Arcachon, du littoral de Biarritz, ou du centre-ville de Bourges, il est déjà possible de s’en passer dans l’espace public. Ces mêmes municipalités comptant sur les policiers municipaux pour veiller au rhabillage du visage au moindre regroupement. Jusque-là on sentirait presque un élan de bon sens.  

Pourtant il est des facteurs d’inquiétude. A commencer par la lecture des recommandations des CDC (centers for disease control and prevention) américains, selon lesquelles la vaccination contre le COVID-19 exonère du port du masque en extérieur, sauf dans les foules. Mesure à laquelle s’ajoute, toujours aux États-Unis, que les personnes vaccinées peuvent rendre visite en intérieur à d’autres personnes vaccinées sans masque ou distanciation, ainsi qu’à des personnes non-vaccinées « provenant d’un seul foyer à faible risque de Covid-19 ». Elles peuvent même « ne plus s’isoler ni se faire tester en cas d’exposition à un cas de Covid-19 asymptomatique » (!).  

 

Incitation à la vaccination

Les Français, dont seuls 20 % (au 6 juin) ont reçu deux injections, pourraient, à terme, connaître pareille « libération » en extérieur, sous l’impulsion du Conseil d’Orientation de la Stratégie Vaccinale (COSV). Le Haut Conseil de Santé Publique devrait s’en mêler. Cette mesure libertaire du COSV devrait être présentée, entre autres, comme une incitation à la vaccination qui, rappelons-le, connaît un plateau aux États-Unis comme en France, chez les personnels soignants non-médecins comme chez les moins de 50 ans. Mais existe-t-il une seule étude au monde qui démontre que les citoyens vont se faire vacciner pour avoir droit à une vie à l’air libre non-masquée ?  

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Autre élément d’inquiétude : sait-on quel sera l’impact de l’abandon total du masque en public sur son port au sein de la sphère privée, reconnue comme un haut lieu de transmission ? Qu’en sera-t-il des zones intermédiaires : de la paillote sauvage au glacier prisé, de la fête de fin d’école à la victoire de la France en coupe d’Europe de football ? Y aura-t-il une « liste Fischer » des lieux publics considérés comme des espaces « fermés » et selon quels critères ? Dernière interrogation, enfin : dès lors que le masque sera abandonné dans l’espace public quel marquage social sera accolé à celles et ceux qui continueront de le porter ? Plusieurs diagnostics s’offriront alors vis-à-vis de ces masqués du déconfinement : 1) hypochondriaque ; 2) non vacciné ; 3) antivax ; 4) retour d’Inde ou d’Afrique du Sud ; 5) moins de 18 ans ; ou, plus préoccupant, 6) personne immunodéprimée n’ayant pas répondu à trois doses vaccinales. Une nouvelle forme de discrimination risque alors de voir le jour, comme cette crise sanitaire n’a eu de cesse d’en produire.  

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