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mardi, juillet 5, 2022

Pr Gilles Pialoux : Entre les vagues de Covid, sauvons l’hôpital public

La quatrième vague du Covid a pris son envol. Plus précoce, plus brutale, plus contagieuse, plus mutante et peut-être même plus sévère. Et ce, au pire moment pour notre système de santé : celui des lits ou des unités fermés, des arrêts de travail du personnel non médical en hausse, des congés tant attendus, de l’accroissement du nombre de lits et de charge en soins par infirmier, de la suppléance qui ne vient pas et des urgences non Covid déjà bondées. La parole d’Emmanuel Macron – « Le maître du temps, c’est le virus » – s’avère bel et bien prophétique. A tel point qu’il conviendrait désormais de ne plus parler de vagues, comme si nous en contrôlions la périodicité, mais bien de pandémie résolument hors de contrôle. 

Les 66 millions de « covidologues » que compte le pays débattent jusqu’à l’affrontement de l’utilité des mesures proposées pour endiguer cette nouvelle montée du nombre de cas – vaccination, gestes barrières, « dépister-isoler-tracer » – et de leur caractère prétendument liberticide. Comme si le Sars-CoV-2 et son aréopage de mutants sans cesse plus adaptés à nous, pauvres mortels, n’étaient pas, en eux-mêmes, plus attentatoires à nos libertés ! Surtout, ils oublient au passage une question essentielle : l’hôpital est-il encore en mesure de prendre en charge tous ces nouveaux malades ?  

« Il importe d’anticiper le jour d’après »

En dépit de cette quatrième poussée pandémique, dont tout laisse à penser qu’elle sera mortifère, il importe d’anticiper « le jour d’après » en termes de politique de santé. Les débats autour de l’avenir immédiat de l’hôpital public, et notamment de son attractivité déclinante et de l’épuisement des personnels soignants usés par dix-huit mois de guerre contre le Covid, mais aussi autour de l’Ondam [NDLR : Objectif national des dépenses d’assurance maladie], du reste à charge, de l’articulation ville-hôpital, des duos sécurité sociale/mutuelle et public/privé ne sauraient être passés sous silence. Auront-ils lieu lors de la prochaine élection présidentielle ? Ou bien le trou de la Sécu, transformé par le Covid en puits sans fond, sera-t-il une nouvelle fois escamoté comme lors des trois précédents scrutins ?  

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A l’hôpital, le mois d’août inquiète. Au-delà des seuls chiffres d’incidence, la situation de nos établissements pourrait faire de cette quatrième vague la pire. De 10 % à 50 % des lits sont actuellement fermés dans les hôpitaux publics faute de personnel. Des gardes d’urgence ne sont plus assurées, des services d’urgences ferment la nuit compte tenu du nombre de soignants en arrêt de travail (burn-out, Covid ou mouvement social qui ne dit pas son nom). Emergent çà et là des recours au « DGI » (danger grave et imminent), cette procédure qui permet à un salarié d’alerter l’employeur et de se retirer d’une situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. Ailleurs, des sages-femmes font office d’infirmières en suite de couches, des parturientes sont délestées vers d’autres maternités, etc. 

Remettre notre système de santé au centre du débat politique

C’est une litote : il n’y aura pas d’amélioration de l’attractivité des hôpitaux sans amélioration des conditions de travail, a fortiori par temps de guerre sanitaire – bien au-delà du Ségur de la santé et de ses 28 milliards d’euros investis, écrit par temps de paix. La première condition pour favoriser la qualité des soins, ce n’est pas le paiement en fonction d’indicateurs d’efficience, mais un nombre de personnels présents adaptés aux besoins de chaque unité, de chaque pathologie ou bassin de population, formés, bien payés, fidélisés et travaillant en équipe.  

C’est le coeur du référendum d’initiative partagée « Notre hôpital, c’est vous », censé dépasser tous les clivages politiques et syndicaux. Le 7 juillet 2021, les 200 signatures de parlementaires qui soutiennent ce texte ont été déposées au Conseil constitutionnel, qui va désormais étudier sa validité. Puis, il faudra que 4,7 millions d’électeurs français le signent dans les neuf mois impartis. Il est de notre devoir à tous, experts, soignants, soignés, citoyens, de faire en sorte que la crise sanitaire soit l’occasion – rêvée ? – de mettre enfin notre système de santé au centre du débat politique.  

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Le Pr Gilles Pialoux est chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon (AP-HP), à Paris (XXe). Membre du collectif PandemIA et du pôle santé de Terra Nova, il est également l’auteur de Nous n’étions pas prêts. Carnet de bord par temps de coronavirus (éd. JC Lattès). 

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