13.3 C
Londres
vendredi, juillet 1, 2022

Pour ou contre : Faut-il obliger les soignants à se vacciner ?

Cet article est une mise à jour d’un article sur ce thème publié le 5 mars dernier sur notre site. Il prend en compte les derniers développements concernant le débat autour de la vaccination obligatoire en France ces dernières semaines.  

Le débat sur la vaccination obligatoire des soignants contre le Covid-19 s’est poursuivi tout le weekend et l’exécutif va multiplier à partir de lundi les consultations, notamment autour de cette question. Dans une tribune au Journal du Dimanche, 96 médecins, dont des chefs de service devenus des figures médiatiques de la pandémie, ont demandé au gouvernement « de prendre dès à présent la décision d’obligation vaccinale » pour tout salarié d’un Ehpad ou d’un hôpital « (s’)exposant ou exposant les personnes dont elle est chargée à des risques de contamination » au Covid-19. 

Ils veulent une mesure « effective avant le début du mois de septembre » pour « éviter une quatrième vague », alors que la progression rapide du variant Delta a poussé l’exécutif à relancer ce débat en raison de taux de vaccination de 57% dans les Ehpad et 64% à l’hôpital selon la Fédération hospitalière de France (FHF). Un niveau qui « reste clairement insuffisant » a expliqué également dans le JDD le « Monsieur vaccin » du gouvernement, Alain Fischer. Et d’en conclure que « pour ces professionnels, on a atteint ce point de dernier recours » de l’obligation. 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Le Premier ministre Jean Castex doit recevoir à partir de lundi les chefs de file du Parlement et des élus locaux pour aborder, entre autres, cette question. Le gouvernement travaille à un projet de loi, avait indiqué jeudi une source gouvernementale. Le sujet sera sans doute abordé également à l’Elysée, où Emmanuel Macron recevra à nouveau les leaders syndicaux et patronaux mardi pour un tour d’horizon des sujets d’actualité. 

Oui / « Il est urgent que le message « Le vaccin c’est maintenant ! » passe »

Par le Pr Gilles Pialoux 

Le débat sur l’obligation vaccinale des soignants et du personnel des établissements médico-sociaux (Ehpad, etc.) s’est récemment animé jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. On ne peut que s’en féliciter. La transmissibilité accrue du variant Delta augmente la couverture nécessaire pour atteindre l’immunité collective (plus de 80 %). Pourtant, la vaccination se trouve à la peine, plafonnant dans certaines tranches d’âge mais aussi dans certains métiers, et notamment dans le champ de la santé. Les taux actuels, avec 50 % des infirmier(e)s et des aides-soignant(e)s des hôpitaux et 43,9 % des salariés des Ehpad protégés (au 21 juin), posent à l’évidence un problème.  

L’enjeu des infections nosocomiales par le Covid est connexe du sujet de l’obligation vaccinale. Santé publique France recensait, entre le début de la pandémie et le 18 février dernier, 44 401 cas de Covid-19 nosocomiaux – 26 939 patients (186 décès liés), 17 552 soignants et 10 visiteurs. Ces chiffres, même s’ils ne permettent pas de décrypter le « Cluedo » de la transmission, donnent un horizon de réflexion sur la spécificité de la situation des professionnels de santé. Une littérature scientifique abondante souligne par ailleurs que les patients sont d’autant plus enclins à se faire vacciner que leurs soignants les y incitent et sont eux-mêmes vaccinés.  

Enfin, alors que plane le risque de mutants d’échappement plus transmissibles et/ou pathogènes que le variant Delta, il est un autre argument : celui de la « course contre la montre » avec le virus, comme souligné par le conseil scientifique dès janvier 2021. Il est donc urgent que le message « Le vaccin c’est maintenant ! » passe auprès des soignants. Quitte à en venir à l’obligation, à condition de l’accompagner par une pédagogie adaptée aux données scientifiques, ainsi que l’a rappelé le conseil d’orientation de la stratégie vaccinale dans son avis du 24 juin.  

Gilles Pialoux est chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon (AP-HP) et chroniqueur pour L’Express. 

Non / « Cela est logique, mais inapplicable »

Par le Dr Jean-Paul Ortiz 

Mettre en place une obligation de la vaccination anti-Covid dans les établissements de soins et en médecine de ville est un problème quasiment insoluble : que fera-t-on si un professionnel de santé, que ce soit un médecin, une infirmière, une aide-soignante, refuse de se faire vacciner dans la période actuelle ? Va-t-on lui demander de ne plus participer aux soins ? A l’heure où la France a besoin de tous ses soignants, exténués par la lutte contre cette pandémie, on ne peut imaginer se passer de plusieurs d’entre eux. Certaines vaccinations sont obligatoires dans les établissements de soins, mais c’est au moment de l’embauche que cela se contrôle et se fait. Et comment imaginer la mise en place d’une telle mesure auprès des soignants de ville ? On voit bien que pareille obligation serait inapplicable sur le terrain.  

Posons-nous plutôt la question : pourquoi autant de réticences ? La France est victime d’un courant antivaccin peu diffusé dans d’autres pays européens. Il faut bien reconnaître que les informations et les positions contradictoires sur des produits comme l’AstraZeneca ont entretenu la méfiance de certains soignants. C’est donc l’heure de la pédagogie : il faut répéter que ces vaccins contre le Covid-19 sont tous très efficaces et équivalents. Que c’est la seule solution contre le variant Delta et les formes graves. Que le retour à une vie sociale passera par une vaccination massive. Le passeport sanitaire et le non-remboursement des tests diagnostiques, comme les RT-PCR de convenance, seront des éléments incitatifs forts ! Enfin, la responsabilité personnelle des soignants non vaccinés pourrait être mise en cause en cas de contamination massive dans certains établissements comme les Ehpad. 

Cette vaccination doit donc être défendue par les soignants qui ont un devoir d’exemplarité pour protéger ceux à qui ils apportent leurs soins et, bien sûr, se protéger eux-mêmes. Les médecins doivent donner les explications nécessaires dans leurs services ou auprès de leurs équipes ; ils doivent encourager l’ensemble des personnels de santé à se vacciner dans les établissements de soins comme en ville, en leur apportant des réponses à leurs interrogations comme ils le font auprès de leurs patients. Il s’agit d’une dimension plutôt morale et éthique liée à notre engagement professionnel.  

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l’app

Jean-Paul Ortiz est médecin néphrologue et président de la Confédération des syndicats médicaux français.  

Opinions

Ultimatum

par Christophe Donner

Ayez confiance

Nicolas Bouzou

Chronique

Stefan Barensky

Numérique

Par Frédéric Filloux

Les dernières nouvelles
Nouvelles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici