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mercredi, juillet 6, 2022

Pour ou contre : est-ce vraiment le moment d’alléger les restrictions sanitaires ?

La quatrième vague de Covid-19 semble bientôt derrière nous. A cette occasion, le gouvernement réfléchit à adapter les mesures de lutte contre le virus. Le passe sanitaire serait prolongé mais allégé. Est-ce vraiment le moment de lever la garde, alors que cette épidémie n’a cessé de nous surprendre et qu’il reste encore beaucoup d’inconnues, notamment sur la durée de l’immunité conférée par les vaccins et sur l’effet de la météo sur la circulation virale ? Parmi les experts, les avis sont partagés. Mais qu’ils soient favorables ou réticents à l’idée d’un allègement supplémentaire des restrictions, tous se rejoignent sur un point : la plus grande prudence reste nécessaire.  

Pr Renaud Piarroux : Oui, les mesures de contrôle de l’épidémie peuvent être allégées là où la vaccination est suffisante

Lever un certain nombre de restrictions ne me paraît pas déraisonnable, à condition bien sûr de se montrer prudent. La diminution des contaminations que nous observons actuellement n’est pas liée aux mêmes facteurs que lors des vagues précédentes. Cette fois, les pouvoirs publics n’ont pas demandé aux Français de rester chez eux, de limiter leurs mouvements, de ne plus aller au restaurant ou dans les cinémas pour freiner la circulation du virus… Si aujourd’hui, l’épidémie ralentit, c’est parce que l’on commence à avoir suffisamment de personnes immunisées, à la fois par la vaccination et par les infections naturelles. On le voit dans les données publiées par Santé publique France : nous sommes dans une période où le respect des gestes barrière s’effrite, et pourtant, la propagation du virus est moins rapide. Cela signifie que nous nous trouvons, pendant encore quelque temps au moins, dans un contexte permettant d’envisager l’allègement de certaines mesures de contrôle, si le gouvernement le souhaite. 

Attention, cela n’est pas vrai partout. Là où la circulation du virus reste intense et où la couverture vaccinale est insuffisante, aux Antilles et dans une moindre mesure dans certains départements du sud de la France, il est encore trop tôt pour un tel relâchement. Mais là où la population est bien vaccinée et où l’incidence est basse, comme en Bretagne par exemple, les autorités sanitaires ne prendraient pas trop de risques à lâcher un peu la bride. Cela doit toutefois se faire de façon mesurée : s’il s’agit de supprimer l’obligation de présenter un passe sanitaire valide pour aller prendre en café en terrasse, pourquoi pas. Après tout, cette mesure était avant tout destinée à inciter la population à se faire vacciner… En revanche, il paraît utile de continuer à porter le masque dans les transports en commun, dans les bureaux, et de façon générale dans les lieux clos. 

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Surtout, il faut avoir conscience que ce n’est pas parce que cela va mieux en ce moment que ce sera toujours le cas. Nous allons arriver dans une période plus favorable au virus, avec la baisse des températures, à un moment où l’immunité acquise va probablement commencer à s’affaiblir. On l’a vu en Israël, notamment : une large part de la population a été protégée très rapidement, mais au bout de quelques mois il y a de nouveau eu des cas chez les vaccinés. L’immunité conférée par deux injections de vaccin n’est pas éternelle. Il faudra la renforcer avec une dose de rappel, d’autant plus que ce virus reste particulièrement dangereux, et qu’il est très contagieux. 

Renaud Piarroux est épidémiologiste, chef de service à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris) et auteur de « La vague » (CNRS éditions).  

Pr Mahmoud Zureik : Non, ne nous précipitons pas, les incertitudes restent trop grandes

L’incidence, les hospitalisations, le nombre de décès : tous les indicateurs virent enfin au vert. L’allégement des mesures peut donc s’entendre sur le principe. Mieux encore, nous sommes dans une situation inédite et très favorable à l’issue de cette quatrième vague : aucun nouveau variant ne nous menace pour le moment, l’épidémie ne flambe pas non plus chez nos voisins, et surtout la couverture vaccinale atteint des niveaux jamais vus, avec 83% de la population éligible protégée. Nous ne nous étions jamais trouvés à la sortie d’une vague avec une configuration aussi favorable. Pour autant, il vaut mieux ne pas se précipiter pour lever les restrictions. La meilleure façon de transformer l’essai, c’est de réduire encore la circulation virale, de continuer à vacciner et de maintenir les gestes barrières pour ramener le nombre de contaminations au niveau le plus bas possible. Cela nous mettra dans une meilleure posture en cas de rebond. Pour le moment, il reste en effet encore en France des populations fragiles non vaccinées. Si la circulation virale repartait à la hausse, il pourrait encore y avoir des tensions fortes sur le système de santé. Du fait de la contagiosité du variant Delta, nous n’en sommes pas à l’abri. 

Il ne faut pas oublier non plus que la météo a joué jusqu’ici en notre faveur : après un temps maussade en juillet et début août, il fait beau depuis le 15 août, ce qui coïncide avec le début du ralentissement de l’épidémie. A présent, avec l’arrivée de températures automnales, nous allons davantage vivre dans des lieux clos, ce qui favorise les contaminations. Nous ne savons pas non plus comment le virus va se comporter dans les prochains mois : peut-être devrons-nous faire face à de nouveaux variants. Par ailleurs, il reste beaucoup d’incertitudes sur la vaccination. Elle restera le premier rempart contre l’épidémie mais combien de temps la protection va-t-elle durer ? Certaines populations, en plus des personnes âgées et des patients immunodéprimés, verront-elles leur immunité diminuer plus vite que d’autres ? Quel est le bénéfice/risque des vaccins chez les enfants de moins de 12 ans ? Les questions restent nombreuses et nous n’avons pas encore toutes les réponses. 

Avec autant d’inconnues, il semble raisonnable de faire preuve de la plus grande prudence. D’autant que les dernières restrictions en place ne sont pas vécues comme excessives par la très grande majorité de la population. On ne parle pas de confinement, de couvre-feu, ou de restaurants fermés pendant des mois. Il s’agit simplement de respecter les gestes barrières et de s’assurer que seules les personnes vaccinées (très majoritaires dans le pays) ou non infectées accèdent aux lieux où le risque de transmission est élevé. Cela a un effet incitatif sur la vaccination, et cela contribue aussi à diminuer les contaminations. Supprimer le passe sanitaire à ce stade serait avant tout une décision politique, pour plaire à une toute petite minorité. Ce serait dommage, alors que nous aurions même souhaité l’instauration du passe vaccinal. De même, ne modifions pas le protocole sanitaire à l’école à ce stade. Il n’y a pas de demande sociale forte pour retirer les masques dans les classes, donc continuons ainsi. On ne change pas une équipe qui commence à gagner ! 

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Mahmoud Zureik est professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et co-fondateur du Collectif « Du Côté de la Science ».  

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