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mardi, juillet 5, 2022

« Personne ne pourra le secourir »: la sortie de Pesquet dans l’espace, une mission à haut risque

Un véritable marathon. Voilà ce à quoi Thomas Pesquet se prépare pour sa sortie dans l’espace de 6h30, appelée dans le jargon aéronautique « EVA » (Extra-vehicular Activity) et programmée ce mercredi 16 juin à partir de 14h00 (heure française). Ce moment crucial des six mois de la mission Alpha à bord de la station spatiale internationale (ISS) met le Français « dans le dur ». Lui qui a réussi déjà deux sorties lors de son premier séjour en 2017 a depuis changé de statut. Les deux sorties prévues – le 16 puis le dimanche 20 juin – consistent non pas à un simple « bricolage » à 400 kilomètres d’altitude (il avait remplacé des batteries en 2017) mais visent à rajouter une série de panneaux solaires, des éléments vitaux de l’ISS puisque, si tout se passe bien, ils permettront d’apporter au complexe orbital environ 30% de puissance électrique en plus (215 contre 160 kilowatts selon la Nasa). Deux des huit panneaux actuellement en fonction ont, en effet, plus de vingt ans de durée de vie et connaissent d’inexorables pertes de rendement – environ 1,5% de leur capacité chaque année. « Dans la perspective de prolonger la vie de l’ISS il y a donc urgence à effectuer cette opération », explique Hervé Stevenin qui dirige l’unité d’entraînement aux activités extra-véhiculaires du centre des astronautes européens à Cologne.  

Pesquet enfile la combinaison de leader

Autre changement pour Pesquet, contrairement à 2017, il devient le « leader » de cette EVA qui s’effectue à deux. Il sera en effet accompagné de son confrère Shane Kimbrough qu’il connaît bien puisqu’il a effectué une EVA avec lui le 24 mars 2017. C’est-à-dire que le Français, devient le superviseur et donc premier responsable de cette périlleuse mission et effectuera plus de tâches. Les deux hommes devraient donc quitter le sas de l’ISS en début d’après-midi pour se retrouver seuls à la manoeuvre. « Dehors, ils devront compter l’un sur l’autre et personne ni à l’intérieur de l’ISS ni depuis la Terre ne pourra les secourir » rappelle Hervé Stevenin. L’EVA, souvent considérée comme le « Graal des astronautes », c’est-à-dire ce qu’il y a de plus compliqué à effectuer (du moins avant de retourner poser le pied sur la lune) demeure un moment particulier dans une carrière. Sur les dix Français ayant atteint le firmament, Pesquet est depuis quelques semaines celui qui a passé le plus de temps en orbite – début mai il a battu le record de Jean-Pierre Haigneré d’un peu plus de 219 jours. Surtout, ils sont seulement trois, avant lui, à avoir réalisé une sortie dans l’espace (Jean-Loup Chrétien, Jean-Pierre Haigneré et Philippe Perrin). 

« Cette sortie est complexe, d’abord parce qu’elle est inédite ; ensuite parce qu’elle est difficile : les deux astronautes doivent d’abord se rendre à l’extrémité bâbord de l’ISS et parcourir un long chemin avant de déployer les nouveaux panneaux », poursuit Hervé Stevenin. Ces derniers sont arrivés par le vaisseau cargo Dragon de Space X avant d’être positionnés grâce au bras robotique de l’ISS. Mais celui-ci ne peut assurer son déploiement. Actuellement recroquevillés dans une sorte de boîte, Pesquet et Kimbrough auront pour tâche première de les libérer. Ce qui commencera par un minutieux travail de dévissage pour ôter le système de fermeture. Puis Thomas Pesquet ira se positionner à l’extrémité du bras robotique actionné par deux de ses collègues depuis l’intérieur de la station – il ne sera plus que tenu par les pieds à l’ISS – afin d’assurer le déploiement d’une structure qui toujours repliée, fera tout de même 3 mètres de long. Le Français tiendra donc à bout le panneau pendant de longues minutes, le temps que son acolyte fasse le tour de la poutre principale, le récupère et commence à le fixer. Une fois les premiers boulons arrimés, Pesquet viendra à son tour aider Kimbrough pour terminer l’assemblage. « Chaque minute, chaque mouvement de ce balai millimétré a été répété par les deux hommes. D’abord durant leur entraînement en piscine à Houston (une dizaine de fois) avant le décollage, puis, en orbite depuis quelques jours avec des images de synthèse », précise Stevenin. Un peu comme des pilotes de Formule 1 se remémorent chaque virage d’un grand prix avant de s’élancer, les astronautes ont dû faire et refaire la totalité des gestes dans leur tête avant ce jour J. Sans oublier qu’ils seront surveillés mais aussi guidés depuis Houston notamment dans le déroulement des opérations minute par minute. 

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Pas le temps de profiter du paysage

Dans ces conditions de concentration et de fatigue extrêmes, les deux hommes ne devraient pas beaucoup profiter du paysage. « Un scaphandre c’est un peu comme un vaisseau spatial individuel qui vous donne une sensation totale de liberté » nous avait confié Thomas Pesquet quelques jours avant de s’envoler pour la mission Alpha. Avec son expérience de 2017, peut-être trouvera-t-il quelques secondes de répit pour en profiter ? Du moins l’espère-t-il. L’expérience engrangée il y a quatre ans lui permet d’anticiper les moments difficiles et les appréhensions, tout comme il gérera mieux la fatigue de ces 6 à 7 heures dans l’espace. « Chaque seconde compte et durant une EVA les astronautes sont obsédés par leurs tâches et surtout par ne pas faire d’erreur. Il faut un degré exceptionnel de résistance au stress, explique Hervé Stevenin. Perdre un outil par exemple, peut remettre toute la mission en péril. » Et le responsable de l’unité d’entrainement aux activités extra-véhiculaires du centre des astronautes européens à Cologne de raconter une anecdote : « Je me souviens de deux Russes qui ont eu quelques problèmes de timing durant leur EVA et qui, à force de retards, ont fini par retourner dans l’ISS. Une fois à l’intérieur ils étaient furieux de ne pas avoir accompli la mission dans les temps. Puis l’un d’eux a fini par crier sa déception : « On n’a même pas eu le temps de prendre une photo ! ». 

Les risques d’une sortie dans le vide spatial

Mais l’on ne joue pas avec la sécurité. Pour les responsables au sol, la survie des astronautes reste l’objectif premier. La sortie extra-véhiculaire demeure malgré les progrès technologiques et des préparations toujours plus pointilleuses, un moment extrêmement dangereux. Dans son scaphandre Pesquet et consorts courent un premier risque lié à la pressurisation. Heureusement, depuis la première sortie historique dans le vide spatial, celle d’Alexei Leonov (1965) qui avait connu un problème de pressurisation, les scaphandres développés côté américain et russe n’ont plus jamais connu de tel problème. Une micrométéorite qui viendrait les transpercer apparaît aujourd’hui un risque plus élevé. Tout comme un dysfonctionnement du système de support-vie – une espèce de gros sac à dos qui contient qui contient les batteries, l’oxygène, le recyclage du CO2 ou encore le circuit de refroidissement – ne peut souffrir du moindre défaut. En 2013, l’Italien Luca Parmitano avait eu un problème à l’intérieur de son casque où coulait de l’eau issue du mécanisme de recyclage à cause d’une valve déficiente. « En cas de réel problème, les astronautes sont entraînés à une procédure d’urgence : les sorties se font à deux et le second vient récupérer le premier, l’accroche grâce à une sangle et le tire jusqu’au sas, explique Hervé Stevenin. Heureusement nous n’avons jamais eu à la tester en condition réelle. » 

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Une alternance jour/nuit toutes les quarante-cinq minutes

L’exposition aux radiations solaires pourrait aussi représenter un danger. Mais à cette altitude (400 kilomètres) le champ magnétique en dévie l’essentiel, un peu comme un bouclier. Et les éruptions solaires sont scrupuleusement observées avant chaque EVA si bien que le centre de contrôle au sol peut aisément décaler les opérations. En revanche, les UV peuvent constituer une menace pour les yeux. Sur Terre ils sont en bonne partie filtrés par l’atmosphère. Au voisinage de la station, il faut prendre garde à bien mettre sa visière. En orbite, au niveau de l’ISS et étant donné sa vitesse de croisière, il y a une alternance jour/nuit toutes les 45 minutes (il y en aura donc quatre durant cette EVA) si bien que les astronautes doivent avoir le réflexe d’ôter (dans la période de nuit) et de remettre leur visière. « Cette alternance pose aussi un problème en termes d’écarts de température (plus de 200 °C.), poursuit Hervé Stevenin. Là encore, c’est à l’astronaute d’actionner une molette pour faire varier la température intérieure de son scaphandre, notamment au niveau des extrémités comme les gants considérés comme des zones fragiles car limités en couches de matériaux protecteurs. Au-delà de leur mission difficile, Thomas Pesquet et Shane Kimbrough savent que l’espace est un milieu ultra-hostile pour l’homme. Et que leur scaphandre ne leur garantit pas une étoffe de héros.  

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