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mardi, juillet 5, 2022

Paracétamol et grossesse : l’alerte des scientifiques

Les femmes enceintes le savent bien : nombre de médicaments leur sont interdits. A commencer par certains d’usage très fréquents, comme l’ibuprofène ou l’aspirine, formellement contre-indiqués pendant les derniers mois de la grossesse. Pour lutter contre fièvres et douleurs, il ne leur reste donc guère que le paracétamol. Encore a-t-il lui aussi fait l’objet ces dernières années d’études aux résultats inquiétants. Mais celles-ci n’ont jusqu’ici pas été jugées suffisamment probantes par les autorités sanitaires : en France comme ailleurs en Europe ou aux Etats-Unis, les agences de régulation du médicament autorisent le paracétamol à tous les termes de la grossesse, indiquant simplement que son usage doit être de courte durée. 

Un groupe de scientifiques internationaux appelle aujourd’hui dans la revue Nature review endocrinologyà davantage de précautions. « Nous demandons que les femmes et les professionnels de santé soient mieux informés, qu’il y ait davantage de communication autour des risques liés à ce produit, et de la nécessité que son recours soit réellement le plus limité possible », plaide le neurologue danois David Kristensen, premier auteur de la publication. Avec ses coauteurs, il souhaite que les pouvoirs publics « prennent en considération les dernières données disponibles pour faire évoluer leurs recommandations ». Des conclusions soutenues par 80 chercheurs de renom, dont Linda Birnbaum, l’ancienne directrice de l’Institut national de santé environnementale américain (NIEHS), ou encore le Français Robert Barouki ou le Britannique Andreas Kortenkamp, deux figures de la toxicologie européenne. 

Un perturbateur endocrinien qui passe la barrière placentaire

A l’appui de cette alerte : une vaste revue de la littérature scientifique, reprenant toutes les études parues sur le sujet entre le 1er janvier 1995 et le 20 octobre 2020. La synthèse de ces travaux confirme que le paracétamol utilisé pendant la grossesse « pourrait être associé avec des impacts neurologiques, urogénitaux et reproductifs, chez les garçons comme chez les filles ». Cette molécule, qui passe la barrière placentaire et la barrière hématoencéphalique, est en effet fortement soupçonnée d’être un perturbateur endocrinien. Vingt-six études observationnelles ont trouvé des liens entre une exposition du foetus à ce traitement et la survenue ultérieure de troubles du neuro-développement – hyperactivité, retards de langage, etc. De même, des études épidémiologiques montrent des associations entre une exposition intra-utérine et des dysfonctionnements testiculaires, ou une distance ano-génitale réduite (facteur de risque de difficultés reproductives), ou encore une puberté précoce pour les filles. Un certain nombre de ces travaux semblent également indiquer une relation dose effet. 

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« Bien sûr, une association ne veut pas dire qu’il y a un lien de causalité, mais ces constats sont corroborés par des études expérimentales chez l’animal et des études in vitro. L’ensemble est le signe que le risque a probablement été sous-estimé », indique Ann Bauer, épidémiologiste à l’Université du Massachusetts (États-Unis), premier auteur de ce vaste travail. L’inquiétude des chercheurs est aussi liée à l’usage très répandu de cet antidouleur, en augmentation depuis que les anti inflammatoires non stéroïdiens ont été interdits. « Dans le monde on estime que la moitié des femmes enceintes ont consommé du paracétamol pendant leur grossesse, et jusqu’à 65% aux Etats-Unis », note David Kristensen. Dans ce pays, contrairement à la France, ce traitement est en vente libre : « Certaines femmes ne le considèrent parfois même pas comme un ‘vrai’ médicament, et beaucoup sont persuadées qu’il ne présente aucun risque », constate le chercheur.  

A ce stade, les scientifiques ne vont toutefois pas jusqu’à prôner une interdiction pure et simple de ce médicament aux futures mamans, faute d’alternatives thérapeutiques. Il est en effet reconnu que les fortes fièvres pendant la grossesse ont un impact négatif sur les enfants à naître. Elles doivent bien entendu être traitées, et cette molécule reste la plus sûre. Mais ils insistent pour que les femmes soient mieux informées, de façon par exemple à réduire leur usage de paracétamol en cas de douleurs modérées.  

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Les signataires de ce texte souhaitent aussi que des études complémentaires soient menées, pour mieux caractériser les risques, en fonction des doses et des périodes de la grossesse. « Il reste encore des incertitudes liées aux limitations des travaux publiés jusqu’ici, soulignent-ils. Néanmoins, les conséquences de l’inaction sont potentiellement tellement importantes qu’il est de notre responsabilité professionnelle et sociale de lancer cette alerte », écrivent les scientifiques. Un nouveau champ de recherche s’ouvre par ailleurs, encore largement inexploré : le développement d’antidouleurs parfaitement sûrs pour les femmes enceintes et leurs foetus.  

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