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lundi, mai 16, 2022

Orit Farkash-Hacohen, ministre israélienne : « N’attendez pas pour la troisième dose ! »

La vaccination, tambour battant. Premier pays à avoir vacciné une majorité de sa population contre le Covid-19 l’hiver dernier, Israël montre désormais la voie pour la troisième dose. Dès juillet, l’État hébreu la proposait à tous les plus de 60 ans, avant d’élargir la campagne à l’ensemble de sa population fin août. La troisième dose est désormais obligatoire pour conserver son passe sanitaire, si la dernière injection date de plus de six mois. Résultat, près de la moitié des Israéliens sont triplement vaccinés, à l’heure où le pays se rouvre au tourisme. 

Alors qu’Emmanuel Macron doit annoncer de nouvelles mesures dans la lutte contre le Covid-19 ce mardi soir, L’Express a interrogé Orit Farkash-Hacohen, ministre israélienne des sciences et de l’innovation, et membre de la task force anti-Covid depuis le début de la pandémie.  

L’Express : La France réfléchit à étendre la troisième dose de vaccin contre le Covid-19, comme Israël l’a fait il y a plusieurs mois. Quelles leçons tirer de votre expérience ?  

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Orit Farkash-Hacohen : Israël doit à chaque fois affronter les vagues de Covid-19 avant les autres pays. Nous venons de sortir de la quatrième vague avec succès, sans mettre en place de quarantaine. Nous avons choisi de vivre avec le Covid-19, tout en mettant l’accent sur la troisième dose de vaccin. 

Mon conseil aux pays européens est de ne pas attendre : l’efficacité du vaccin sur la population diminue avec le temps et le gouvernement doit se préparer à fournir cette troisième dose dès que possible. Il ne doit pas réagir mais prévenir. En Israël, il nous a fallu du temps pour comprendre que l’efficacité de la protection du vaccin baisse au fur et à mesure. N’attendez pas ! Six mois après avoir fourni la deuxième dose, préparez les infrastructures pour une troisième dose et concentrez-vous sur la communication auprès du public. Cette dernière partie est essentielle.  

Israël a-t-il vaincu le Covid-19 ?  

En Israël, nous ne regardons pas le Covid-19 comme un problème du passé. Toutes les infrastructures de l’État sont prêtes et en alerte, nous pouvons réagir très vite en cas de prochaine vague. Nous avons des équipes spécifiques, qui travaillent main dans la main avec notre excellent système de santé publique. Si jamais une nouvelle vague d’infections arrive, tout notre dispositif sera en place sous dix jours pour venir en aide à la population, en matière de vaccination, de matériel médical, de stock, d’équipement des aéroports, des hôpitaux…  

Nous avons une task force qui travaille sur la possible émergence de nouveaux variants et prépare notre réaction si un variant du Covid-19 résiste au vaccin. Nous continuons de nous préparer constamment et nous ne nous endormons surtout pas sur nos lauriers.  

Vous n’envisagez donc pas un horizon sans Covid-19 ?  

Israël est redevenu un pays ouvert et plein de vie. Nous sommes complètement sortis de la quatrième vague, la société et notre système éducatif sont de retour à la normale. Les Israéliens ont juste à montrer leur téléphone avec leur certificat de vaccination (« green pass ») et ils peuvent vivre leur vie. Notre politique est de préserver au maximum l’économie et de laisser les Israéliens aller aux spectacles, aux mariages, aux événements sportifs, etc. 

Près de 30% des Israéliens continuent toutefois de refuser la vaccination, en particulier chez les jeunes et au sein de certaines catégories religieuses. Comment essayez-vous de les convaincre ?  

C’est exact. Pour cela, le gouvernement doit avoir un département dédié à la communication et aux explications. En Israël, nous avons eu des problèmes avec la population arabe israélienne et nous avons créé une task force spéciale pour aller communiquer directement dans cette communauté et expliquer l’importance de la vaccination dans leurs lieux de rassemblement. Beaucoup de fausses informations et de théories du complot continuent de circuler, comme ailleurs dans le monde, à propos de la vaccination. Nous avons financé des spots publicitaires à la télévision avec des personnalités tombées malades, qui expliquent en quoi le vaccin reste important.  

Nous avons aussi créé des incitations : désormais tous les Israéliens ont accès à des tests PCR gratuitement, sauf s’ils sont en âge d’être vacciné et ne l’ont pas fait.  

Vous avez vous-même été contaminée par le Covid-19 en août. Quelle a été votre expérience ?  

J’ai souffert du Covid une semaine après avoir reçu ma troisième dose, qui n’avait pas encore produit ses effets. J’ai eu peu de symptômes, à part deux jours pendant lesquels je n’étais pas dans mon assiette. Mais je n’ai même pas eu besoin de prendre un seul Doliprane. Le plus compliqué pour une personne hyperactive comme moi était la quarantaine.  

Au sein du gouvernement, j’ai longtemps plaidé pour réduire le temps de quarantaine, qui était de 14 jours auparavant. Il est désormais réduit et peut durer de sept à dix jours.  

Pour avoir accès plus rapidement aux vaccins, Israël a signé un partenariat avec Pfizer, qui a eu accès aux données médicales de vos citoyens. La santé est-elle passée avant la vie privée pendant cette pandémie ?  

Je ne connais pas en détail ce partage de données. Mais Israël est un endroit parfait pour apprendre : le nombre d’habitants est raisonnable [NDLR : 9 millions] et l’analyse des données de notre système de santé peut bénéficier à la lutte mondiale contre le Covid-19. Tant que la vie privée du patient est pleinement confidentielle et que les données sont traitées uniquement pour gagner la lutte contre cette pandémie, cette cause est bonne.  

L’avenir des nouvelles technologies passe par la création d’immenses bases de données virtuelles, et nous avons désormais la technologie pour synthétiser les données sans que cela nuise à la vie privée des citoyens. Mais c’est une grande responsabilité pour nous et cela fait partie des défis à relever. 

Vous êtes membre du premier gouvernement post-Netanyahou depuis plus de douze ans, dans une coalition inédite de huit partis politiques. La semaine dernière, pour la première fois depuis trois ans, le Parlement israélien s’est mis d’accord sur un budget pour 2021-2022. Est-ce un tournant pour Israël ?  

Il s’agit d’un moment à la fois crucial et très enthousiasmant pour la démocratie israélienne. Ces deux dernières années, Israël a souffert de son instabilité politique, avec quatre élections d’affilée. L’absence d’un budget créait de l’incertitude et paralysait l’action du gouvernement. Je suis très fière et heureuse de faire partie de ce nouveau gouvernement, qui a promis une chose très simple aux Israéliens : la stabilité et un nouveau départ pour remettre le pays sur les rails. 

Nous pouvons être très fiers qu’un gouvernement dont les membres viennent de tout le spectre politique israélien se soit uni pour remettre le système politique sur la bonne voie et se concentre sur l’économie et la démocratie. Nous travaillons à de nombreuses réformes économiques qui aideront à baisser le coût de la vie, amélioreront notre système de santé et nos transports publics… Toutes ces réformes mises de côté depuis de trop nombreuses années vont faire avancer Israël encore plus vite. 

Après les mandats de Benyamin Netanyahou et l’affaire Pegasus cet été, les relations entre la France et Israël doivent-elles être retissées ? 

L’alliance scientifique entre la France et Israël s’est développée depuis 50 ans déjà. Elle est fondée sur l’amitié et le soutien. En France, Israël travaille sur près 500 projets communs, avec des milliards d’euros en jeu. Plus de 200 scientifiques de nos deux pays participent à ces projets et il existe une grande entente entre nos universités et nos institutions. 

Par exemple, l’agence spatiale israélienne travaille avec le CNES [le Centre national d’études spatiales] depuis des années et la France contribue à un projet commun inédit entre Israël et les Émirats arabes unis, qui va participer au satellite Vénμs, lequel surveille la végétation et l’environnement pour adapter nos politiques climatiques et agricoles. La France a donné son accord pour inclure les Émirats dans ce projet. La science n’est pas seulement une plateforme économique mais sert aussi à connecter les pays et construire des ponts.  

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L’affaire NSO, cette entreprise israélienne dont le logiciel a été utilisé pour espionner des hommes politiques français et des journalistes, n’a-t-elle laissé de traces ? 

Israël fait partie des pays avec la législation la plus avancée sur l’export des cyber-armes. Les permis sont seulement donnés à ceux dont l’objectif est de lutter contre le terrorisme ou les crimes les plus sévères. Si une entreprise privée rompt ou viole les conditions de ce permis, le permis est révoqué selon les règles israéliennes. Sur ce sujet, nos responsables ont établi un dialogue très transparent avec leurs homologues en France, au ministère de la Défense. Le ministre de la Défense Benny Gantz est venu spécialement en France pour régler ce problème et souligner l’engagement de l’État d’Israël envers une utilisation juste et correcte de ce type de logiciels. Je suis persuadée que la France et Israël vont continuer leur bonne relation, basée sur la confiance. 

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