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mercredi, juillet 6, 2022

Origines du Covid : ces scientifiques français qui ont relancé la piste du laboratoire

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Un concours de circonstances. Non seulement le virologue Etienne Decroly est un expert des coronavirus, mais en plus il a effectué son post-doc au sein d’un laboratoire canadien spécialisé dans l’étude des protéines « spike » de ces virus, la clef qui leur permet de pénétrer dans nos cellules pour s’y multiplier. Grâce à ces compétences très pointues, il a pu repérer très vite une anomalie dans le génome du Sars-coV-2 qui, depuis, a fait couler beaucoup d’encre. Ce virus est, en effet, le seul de la famille des sars-cov à posséder une sorte de passe-partout adapté à l’homme : les scientifiques parlent de « site de clivage par furine ». Avec quatre autres chercheurs marseillais et un Canadien, Etienne Decroly publie sa découverte au début de février 2020. « A ce moment-là, nous nous disions qu’il s’agissait d’une évolution naturelle. Puis nous nous sommes plongés dans la littérature scientifique et nous avons vu que l’essence même des travaux de l’Institut de virologie de Wuhan était de modifier les virus pour comprendre les franchissements de barrières entre espèces », raconte le chercheur, qui commence alors à s’interroger sur un possible accident de laboratoire. 

Deuxième étrangeté, repérée cette fois par son collègue et complice depuis plus de quinze ans, Bruno Canard. Le 13 février 2020, les scientifiques de l’Institut de virologie de Wuhan publient dans Nature une description du Sars-coV-2. « Ils ont présenté une figure de la spike, mais ils l’ont coupée de manière à masquer ce site de clivage par furine. Ces chercheurs sont les meilleurs experts, et ce point crucial leur aurait échappé ? Pour moi, c’était inexplicable », rapporte Bruno Canard. De son côté, Etienne Decroly poursuit ses investigations. Avec l’aide de spécialistes en bio-informatique et en phylogénie (la généalogique des virus), il confirme le caractère particulier de la protéine spike du Sars-CoV-2, nécessitant des études complémentaires.  

« Nous voulions remettre de la science dans ce débat »

Mais les accusations complotistes de Donald Trump à l’égard de la Chine bloquent toute discussion sur les origines du Covid. D’autant qu’une lettre publiée dans The Lancet accrédite une cause naturelle. Il en faut plus pour décourager les deux Marseillais, « agacés par les arguments d’autorité des signataires de ce courrier ». Autour d’eux s’agrège peu à peu une dizaine de chercheurs français et étrangers, connus désormais sous le nom de « groupe de Paris ». « Nous voulions remettre de la science dans ce débat, montrer de façon rigoureuse qu’il ne fallait laisser aucune hypothèse de côté », explique Etienne Decroly.  

 

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Ils font paraître un premier article dans la revue française Médecine/Sciences à l’été 2020, puis Etienne Decroly donne un entretien dans celle du CNRS à la fin d’octobre, qui fait beaucoup de bruit, au moins en France. Depuis, ce « groupe de Paris » se réunit régulièrement pendant des heures en visioconférence afin de discuter des questions en suspens, de disséquer les indices, etc. Ils échangent avec d’autres sceptiques, l’Américain Jamie Metzl, conseiller de l’OMS sur l’édition du génome humain, mais aussi avec les membres du groupe Drastic – une poignée d’internautes aux compétences variées, réunis eux aussi et animés par la soif de savoir. Les documents exhumés par ces derniers sur le Net à propos des activités des laboratoires de Wuhan alimentent les réflexions de nos scientifiques.  

Ils veulent aller plus loin et envoient le 4 janvier une réponse à l’article du Lancet de l’an dernier. Refusée. Ils alertent alors le grand public, avec trois lettres ouvertes, le 4 mars, le 7 avril et le 30 avril, dont deux sortent conjointement dans Le Monde et le Wall Street Journal, dénonçant les insuffisances de la mission de l’OMS en Chine et la nécessité d’une investigation.  

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Autant de démarches qui ont longtemps été à l’encontre de la doxa scientifique. « La controverse est devenue si toxique que certains craignent de ne plus pouvoir publier dans les journaux où des chercheurs ayant des positions contraires aux nôtres tiennent les comités de lecture. Pour autant, comprendre ce qui s’est passé nous paraît essentiel », souligne Bruno Canard. Mais, depuis peu, le vent tourne. Des scientifiques américains ont diffusé dans la revue Science une lettre ouverte dont les questionnements rejoignent ceux de nos tenaces Français. Et le fameux site furine, mis au jour par Etienne Decroly, reste au coeur des interrogations. « Il peut être arrivé naturellement, ou avoir été ajouté. Mais, dans ce cas, encore aurait-il fallu avoir l’idée d’une telle construction, ce qui semble à ce stade assez improbable », décrypte Etienne Simon-Lorière, spécialiste de l’évolution génétique des virus à l’Institut Pasteur. La réponse se trouve quelque part en Chine.  

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