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mercredi, juillet 6, 2022

Origines du Covid-19 : « Il existe suffisamment d’informations pour résoudre le mystère »

Cela fait maintenant deux ans – deux longues années ! – que le monde vit au rythme du Sars-CoV-2. Les vagues épidémiques se succèdent les unes après les autres, et nous avons appris à accepter les mesures de restriction. Mais une question reste en suspens : d’où vient ce virus responsable de la mort de plus de 5 millions de personnes ? Est-il le résultat d’un débordement zoonotique comme cela est déjà arrivé dans le passé ou est-ce le fruit d’un accident de laboratoire ?  

Si la thèse d’une transmission naturelle de l’animal à l’homme – dans des conditions encore inexpliquées – est privilégiée par la plupart des scientifiques, celle qui mène à l’Institut de virologie de Wuhan (WIV), qui, on le sait aujourd’hui, avait collecté des virus proches du Sars-CoV-2 depuis le sud de la Chine, n’est pas refermée. D’autant que les chercheurs chinois, en plus de recueillir ces coronavirus de chauves-souris dans des grottes, menaient des expériences pour les rendre capables d’infecter des cellules humaines. La coïncidence entre le point de départ de l’épidémie – le marché aux animaux de Wuhan – et la présence non loin de là du laboratoire a semé le doute dans l’esprit de nombreux spécialistes. Dans un livre-enquête intitulé Viral : The Search for the Origin of Covid-19 (Harper Collins), le journaliste et homme politique britannique Matt Ridley et Alina Chan, biologiste moléculaire au Broad Institute de Cambridge (Massachusetts) explorent toutes les pistes reliant le virus au WIV, sans toutefois pouvoir prouver qu’il serait le fruit d’un accident de laboratoire. Pour L’Express, Matt Ridley, fervent défenseur d’une « science rigoureuse » – et connu pour des écrits controversés sur le changement climatique – revient sur ses découvertes… et les zones d’ombre qui persistent.  

L’Express : Deux ans après le début de la pandémie de Covid-19, vous publiez avec la biologiste Alina Chan un livre, intitulé Viral, qui revient sur le mystère des origines du virus. Quels sont les principaux éléments que vous avez découverts au cours de votre enquête de dix-huit mois ? 

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Matt Ridley : Les principales conclusions sont que deux ans après le début de la pandémie, il n’y a aucune preuve pour soutenir un événement naturel de débordement. Concrètement, aucun animal du marché de Huanan n’a été infecté malgré des dizaines de milliers de tests réalisés, notamment par l’OMS, et aucune preuve formelle n’atteste que ce virus circulait à Wuhan ou à proximité, que ce soit chez les chauves-souris ou les humains, avant le début de la pandémie. Si le premier cas officiellement recensé par la Chine est une employée du marché, ce n’est en aucun cas la première infection réelle au Sars-CoV-2, ce lieu n’ayant joué le rôle que de superpropagateur. 

« C’est un manque de transparence étonnant de la part de la Chine dans une crise d’une telle ampleur »

Par ailleurs, il existe de plus en plus de preuves attestant l’existence d’un vaste programme de recherche, à Wuhan plus que dans tout autre endroit dans le monde, sur les coronavirus de type SRAS de chauve-souris. Et les plus proches parents du SRAS-CoV-2 ont été trouvés au début de la pandémie à l’intérieur de l’Institut de virologie de Wuhan. Il s’agit de RaTG13, semblable à 96,2% au Sars-CoV-2, que les chercheurs de Wuhan avaient collecté dans une grotte du Yunnan (Depuis, un autre virus plus proche encore a été découvert dans une grotte du Laos, NDLR). Or, son nom avait été changé et son site de découverte non révélé. Par ailleurs, on sait aujourd’hui qu’au moins huit autres coronavirus de type SRAS avaient été collectés sur le même site où trois mineurs étaient morts d’une pneumonie d’origine inconnue en 2012. Mais ces virus n’ont été ni publiés, ni séquencés. C’est un manque de transparence étonnant de la part de la Chine dans une crise d’une telle ampleur. 

Iriez-vous jusqu’à affirmer avec une quasi-certitude que l’épidémie que nous connaissons est le résultat d’un accident de laboratoire ?  

Non, on ne peut pas le dire avec une quasi-certitude car il n’existe, à ce jour, aucune preuve irréfutable définitive. Une origine zoonotique est également encore possible. Mais les deux doivent être pris au sérieux et nous avons besoin d’une enquête plus approfondie. A titre personnel, nous penchons à ce stade pour l’hypothèse d’une fuite de laboratoire, mais cela reste à prouver. 

Vous revendiquez une « enquête scientifique solide et la plus objective possible ». Comment avez-vous procédé ? 

Nous avons entrepris d’écrire un livre qui examine toutes les preuves disponibles aussi soigneusement que possible, pour éviter les spéculations et pour présenter aux lecteurs tous les éléments de manière équilibrée. 

Vous avez notamment été aidé par une personne, membre du groupe Drastic – un groupe de « détectives » scientifiques hétéroclite formé sur Twitter -, appelé The Seeker. Pourquoi pensez-vous que ce groupe est devenu si important dans la recherche des origines du virus ? 

À quelques exceptions près, les médias grand public et les scientifiques ont montré peu d’intérêt à enquêter sur cette question. Cependant, un certain nombre de personnes ont décidé de consacrer leur temps à « l’analyse open source », c’est-à-dire à trouver des documents en Chine et ailleurs, disponibles sur Internet mais bien cachés, qui font la lumière sur les événements qui auraient mené à la pandémie que nous connaissons. Ces individus, dont certains sont devenus membres du groupe « Drastic », ont trouvé de nouvelles informations précieuses, dans la tradition de la science citoyenne. The Seeker est effectivement l’un des plus connus car ce chercheur indien a mis au jour plusieurs travaux réalisés au sein de l’Institut de virologie de Wuhan. 

Nous avons récemment découvert des virus proches du Sars-CoV-2 dans des grottes au Laos, non loin du Yunnan. Est-ce à dire, selon vous, que le virus est né dans ces cavités, a été collecté par le WIV, et s’est retrouvé par accident dans les rues de Wuhan ? Y a-t-il eu des expériences de gain de fonction ? 

La découverte du Laos est très importante. Elle montre que des virus similaires circulent chez les chauves-souris dans les pays voisins. Mais nous savons que l’ONG EcoHealth Alliance, dirigée par Peter Daszak, collectait des virus sur des chauves-souris au Laos et dans d’autres pays avant 2016 et envoyait des échantillons à l’Institut de virologie de Wuhan pour analyse. Nous savons qu’ils ont également proposé de le faire après 2016, mais nous ne savons pas si cela a été réellement fait et, si c’est le cas, nous ne savons pas quels virus ont été collectés et envoyés à Wuhan. 

On sait par ailleurs aujourd’hui que des expériences de gain de fonction ont été réalisées au WIV afin d’améliorer de manière inattendue l’infectiosité et la virulence des virus de chauves-souris dans des cellules humaines, et chez des souris humanisées. 

Au début de l’épidémie, quasiment aucun scientifique n’approuvait la thèse de la manipulation en laboratoire. Aujourd’hui, le contexte est différent. Comment expliquer un tel retournement ? 

Après l’enquête de l’OMS en Chine, deux propositions étaient jugées possibles : un débordement zoonotique du virus et l’importation de viande surgelée contaminée en Chine. Seule la thèse d’un accident de laboratoire était balayée. Cela a semé le doute dans l’esprit de nombreux scientifiques. Une vingtaine d’entre eux ont, par la suite, signé une lettre dans le magazine Science en mai 2021, faisant valoir qu’une origine non naturelle devrait être étudiée. Cela a changé l’attitude des médias qui ont cessé de considérer cette thèse comme une théorie du complot. Cependant, il existe encore une résistance importante dans les revues scientifiques et dans les médias à l’examen équitable des preuves d’une fuite de laboratoire. 

Au cours de votre enquête, avez-vous subi des pressions de la part d’organisations gouvernementales chinoises ou américaines ? 

Non, nous n’avons pas subi de pressions directes, mais nous avons fait l’objet d’attaques personnelles essayant de saper notre crédibilité dans les médias d’État chinois. 

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Pensez-vous qu’on connaîtra un jour l’origine du Sars-CoV-2 ? 

Oui, je pense qu’il existe suffisamment d’informations pour résoudre le problème et qu’elles finiront par apparaître au grand jour. Mais cela pourrait prendre plusieurs années. 

Opinions

Chronique

Christophe Donner

Journal d’un libéral

Par Alain Madelin

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