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dimanche, juillet 3, 2022

Nucléaire : les déchets produits par la France sont-ils bien comptabilisés ?

Quel volume de déchets nucléaires la France a-t-elle produit jusqu’ici et combien en générera-t-elle dans le futur ? Difficile de répondre à ces deux questions. Le 5è Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR) – un document produit par le ministère de la Transition écologique – aurait déjà dû apporter des éléments précis et chiffrés. Mais il a plus de deux ans de retard. Et on ne sait pas si une fois terminé, il abordera les sujets qui fâchent, comme la prise en compte des déchets liés à la dissuasion nucléaire, ou l’impact de l’abandon du projet Astrid, qui permettait en théorie de recycler des déchets radioactifs dans les réacteurs de nouvelle génération.  

Plus de 250 000 m3 en 2100

« C’est compliqué de faire émerger un peu de transparence, même s’il y a eu beaucoup de progrès en trente ans », confie Émilie Cariou, député de la Meuse, membre de l’Office parlementaire d’évaluation des choix technologiques et scientifiques (OPECST) et co-rapporteuse du PNGMDR. Certes, l’évaluation de la gestion des déchets produits par le nucléaire civil est de mieux en mieux documentée. Sur la partie militaire, en revanche, le manque d’information persiste. « Les données sont contradictoires, mais surtout, nombre de chiffres élémentaires font défaut », confirme Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements et co-porte parole pour la France de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN). 

Dans une étude publiée ce mercredi, l’ICAN évalue à près de 150 000 mètres cubes (m3), le volume de déchets nucléaires militaires généré par notre pays. « Si on prolonge la tendance en se basant sur les chiffres passés, on pourrait se retrouver avec plus de 250 000 m3 en 2100 », estime Jean-Marie Collin, expert en désarmement et co-porte parole de l’ICAN. Aujourd’hui, ces résidus radioactifs ne font l’objet d’aucune étude sérieuse, soulignent les auteurs. Ils représentent pourtant près de 10% des déchets radioactifs du pays. Peut-être même plus : car certaines quantités produites dans le passé ne sont pas connues. 

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« En Polynésie par exemple, les lieux où se situent les déchets sont bien répertoriés dans les documents disponibles. Mais en face, les quantités ne sont pas renseignées. On sait pourtant qu’il y a eu 174 essais souterrains qui ont chaque fois laissé de la matière radioactive dangereuse ! Même chose pour l’Algérie : les quantités produites ne figurent pas dans les inventaires. Nous pourrions donc avoir des surprises », déplore Patrice Bouveret.  

Quelles formes prennent ces déchets ? « Il y a un peu tous les cas de figure, détaille le spécialiste. En Algérie, cela peut être des avions ou des chars enterrés dans des fosses, qui ont d’ailleurs été récupérés en partie par la population locale en dépit du danger ; des matières radioactives restées au fond de galeries souterraines. Une explosion de bombe menée en 1962 a même fait émerger de la lave hautement radioactive ».  

La Polynésie a eu, elle aussi, son lot de pollution radioactive : bidons et moteurs d’avions jetés au fond de l’océan, déchets contaminés enfouis dans des puits… Cependant, entre les rapports du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et ceux de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), les chiffres diffèrent. « Cela pose question, note Jean-Marie Collin. Si des divergences apparaissent aujourd’hui, nous risquons d’avoir dans vingt ans une comptabilité opaque impossible à démêler ». 

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Il est donc temps de mener à bien un travail d’évaluation. « Actuellement, la définition même des déchets est problématique, note Patrice Bouveret. Il suffit aux opérateurs de déclarer que telle ou telle matière peut être réutilisable pour qu’elle échappe à la catégorisation de déchet et ne soit donc pas répertoriée comme tel. C’est le cas, par exemple, des combustibles servant à propulser les sous-marins nucléaires. Ils ont toutes les caractéristiques des déchets nucléaires, mais ils n’en font pas partie ». Le renouvellement global de la marine nucléaire française fera d’ailleurs bientôt de Cherbourg la première ville atomique du monde, avec la présence dans son port, d’ici à 2050, de 18 réacteurs nucléaires en attente de diminution de la radioactivité, avant un démantèlement complet, souligne le rapport de l’ICAN. L’entreposage durerait officiellement quelques dizaines d’années. Un chiffre trop flou pour Jean-Marie Collin : « Ce serait responsable de la part de la France de clarifier la durée et d’apporter globalement des réponses sur les volumes de déchets militaires afin de pouvoir ensuite estimer les coûts de gestion correspondants. Les parlementaires pourraient alors voter pour ou contre le renouvellement d’un équipement en ayant toutes les données en tête ». Émilie Cariou abonde : « Chaque sujet nucléaire, s’il n’est pas traité, aura un impact soit pour le contribuable, soit pour le consommateur ». Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Russie font déjà preuve de transparence dans ce domaine. Alors pourquoi pas la France ?  

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