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vendredi, juillet 1, 2022

Mort de Lee «Scratch» Perry, le mentor historique de Bob Marley

Le musicien jamaïcain est décédé le 29 août à l’âge de 85 ans. En tant que producteur, il a eu une influence décisive sur le reggae en poussant, celui qui restera dans l’histoire comme le symbole de la musique jamaïcaine, à enregistrer en studio.

«Avant d’être humain, j’étais un poisson»… Mystique, excentrique, Lee «Scratch» Perry, décédé dimanche en Jamaïque, aura été le producteur qui a permis au reggae de conquérir le monde, en guidant la carrière du légendaire Bob Marley.

Véritable figure dans son pays, le Premier ministre de Jamaïque Andrew Holness a annoncé sa disparition sur son compte Twitter: «Lee Scratch Perry est mort ce matin alors qu’il se trouvait à l’hôpital Noel Holmes. Il avait 85 ans.»

Né en 1936 à Kendal, en Jamaïque, Rainford Hugh «Lee» Perry avait quitté l’école à 15 ans avant de s’installer à Kingston dans les années 1960. «Mon père travaillait à la rue, ma mère dans les champs. Nous étions très pauvres. Je n’ai rien appris à l’école. J’ai tout appris dans la rue», a-t-il dit en 1984 au magazine de rock britannique New Musicalm Express (NME). «Sorcier du reggae», «Salvador Dali du dub» (prolongement du reggae basé sur des échos), «The Upsetter» («L’emmerdeur» en français): les surnoms ne manqueront pas pour qualifier cette figure insaisissable et marquante de l’histoire de la musique.

Il restera donc, désormais pour l’éternité, celui qui poussa Marley en studio à se hisser aux sommets. «Sans lui, Bob Marley serait peut-être resté une flèche orpheline de son arc», a écrit Francis Dordor, connaisseur de la geste de Perry, dans les Inrockuptibles. Sans oublier de préciser: «Il réintroduisit l’Afrique dans la musique jamaïcaine. Non seulement la pluralité rythmique mais aussi la résonance culturelle et philosophique».

Mais il ne faudrait pas réduire le chamane jamaïcain à ce fait de gloire. Cette frêle silhouette soufflant de la ganja sur son micro pour en chasser les mauvais esprits avant ses performances expériences sur scène, a insufflé nombre de motifs musicaux. «C’est le son de Perry et celui des «toasters (DJ qui prend le micro, NDLR) jamaïcains qui nous ont inspirés au début du hip-hop» a admis Afrika Bambaataa, pionnier du rap US, dans Rolling Stone. Et certaines des boucles hypnotiques jaillies des consoles de mixages – élevées au rang d’instruments à part entière – de Perry s’entendent encore et encore dans la techno.

L’homme ne nourrira d’ailleurs aucune rancœur à entendre ses signatures ici et là. «Si je frappe mes ennemis, ils continuent de vivre. Parce que je les frappe d’amour», avait-il dit dans une formule cryptique dont il avait le secret, lancée au Temps, journal suisse, pays où il avait fini par s’installer à la fin des années 1990.

Un comportement excentrique et provocateur

D’autres artistes ont collaboré au grand jour avec la légende, de The Clash aux Beastie Boys en passant par Moby, cerveau électro assurant les chœurs – aux côtés d’une ex-star du porno, Sasha Grey – pour une de ses œuvres.

Il fallait voir le phénomène parler à une vache dans les environs d’Einsiedeln – son point de chute helvète, haut-lieu de pèlerinage pour sa Vierge noire – dans le documentaire Lee Scratch Perry’s vision of paradise signé Volker Schaner. Pourquoi les Alpes suisses? Pour suivre sa dernière épouse, une Suisse, ancienne dominatrice et ex-«patronne de maison close», «experte du fouet qui s’appelait Madame Devil» (Madame Démoniaque) comme le précise Le Temps.

Le film de Volker Schaner est riche en scènes étonnantes. On y entend le sculpteur de sons dire qu’il fut poisson avant d’être humain, ou répéter qu’il «vainc les vampires». On y admire ses différentes coiffes, des plumes d’Indien façon far-west, des algues fraîchement sorties des flots ou des casquettes surchargées de breloques ou miroirs.

Ses chaussures arborent sur un côté un portrait de l’empereur éthiopien Hailé Sélassié – considéré par les rastafaris comme un messie – et recèlent dans une semelle un croquis, soigneusement protégé, de la Reine d’Angleterre. Tout un univers, né de son esprit labyrinthique, souvent comparé à celui du Facteur Cheval. Un décorum-fatras qui s’est retrouvé dans son mythique studio à Kingston, le Black Ark.

Qu’est-ce qui l’a conduit derrière des pupitres à façonner des sons ? La légende lui prête mille vies – conducteur de bulldozer, danseur professionnel, joueur de dominos… – avant qu’il ne devienne petite main dans des studios d’enregistrement de la capitale jamaïcaine puis fonde son label Upsetter.

Un studio qui finira dans les flammes au début des années 1980 sans que l’origine de l’incendie ne soit jamais établie. Et dans les années 2010, c’est son nouvel antre atelier, en Suisse, qui connaîtra le même sort. Perry dira alors sur ses réseaux sociaux qu’il avait oublié d’éteindre une bougie… Lui qui a provoqué tant d’étincelles dans la musique.

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