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mardi, juillet 5, 2022

Maillot Français assume sa part de responsabilité

En 2014, Nicolas Gomarir crée la marque Maillot français. Pour équiper les clubs de sport, le Perpignanais de 43 ans, passionné de textile, s’est spécialisé dans le « made in France » avec une démarche écoresponsable. Aux côtés de ses employés, il était en première ligne de la confection et de la distribution de masques au début de la crise sanitaire en France.

 

Comment est née la marque Maillot français ?

La société, nommée La Crémerie sérigraphie (LCS), a été créée en 2014. On était spécialisé en sérigraphie avant de s’équiper en broderie. L’idée était d’internaliser notre production en France. Dans ce développement, on a créé une partie dédiée à la confection de maillots de sport et une marque, qui a vocation à être un label, appelée « Maillot français ».
 

Pourquoi l’avoir nommée ainsi ?

On prône les valeurs de la fabrication en France. On souhaite créer de l’emploi sur le territoire, faire de l’inclusion par le travail. On prend des personnes en apprentissage pour leur apprendre le métier de la couture. Nous sommes entrés dans le programme « La France, une chance » avec la préfecture pour accueillir des stagiaires, des apprentis, pour accompagner à l’emploi.
 

Quelle est votre histoire personnelle, celle qui vous a amené à devenir entrepreneur ?

A la base, j’ai fait une formation de botaniste dans la sylviculture, spécialisée dans la forêt méditerranéenne. Ensuite, j’ai été fonctionnaire territorial. En parallèle, je suis passionné de textile et j’avais une collection dans le garage. Il me fallait quelque chose pour avancer et j’ai fondé ma société de textile en prenant un congé sans solde en 2014 dans la fonction publique. J’ai débuté tout seul et j’ai dû employer des gens pour arriver à 28 salariés aujourd’hui. Pour la petite histoire, j’ai démarré avec une petite presse dans mon garage et 500 euros.
 

« Besoin de cette flamme qui m’anime »

 

Était-ce une vocation de devenir entrepreneur ?

Il fallait que je me lève le matin et que quelque chose me motive. C’est dans mon tempérament. Encore aujourd’hui, j’essaie d’avancer, de faire évoluer les choses. J’ai toujours besoin de cette flamme qui m’anime.
 

Pourquoi avoir choisi de créer votre société à Perpignan ?

Je suis né dans le Var, je suis arrivé à l’âge de huit ans à Perpignan. J’ai joué au rugby à XV, ce qui m’a permis de m’intégrer rapidement. Je suis un amoureux du département des Pyrénées-Orientales. On a la plage, les montagnes, un cadre de vie agréable. Il y a beaucoup à faire surtout en matière d’emploi, d’économie circulaire… Il a quand même fallu prendre sa sacoche, monter à Paris, développer sa clientèle… C’était difficile, surtout quand on vient du Sud et qu’on parait très cool. Il faut être encore plus rigoureux dans nos relations avec les clients pour enlever cette image. Notre force a été de pouvoir dépanner des clients dans des délais extrêmement courts. Depuis, on a tissé des liens de confiance.
 

Quel est votre lien avec le sport ?

J’ai joué au rugby à un petit niveau amateur dans un village. J’ai évolué à Salanques. On a ensuite créé un club à Saint-Hippolyte et on a été champion de France 4e série. Maintenant, on équipe des clubs de sport et j’ai du personnel qui pratique du sport.
 

« On ne peut pas passer outre l’écoresponsabilité »

 

En 2014 déjà, vous faites le pari de la fabrication en France…

A cette époque, on parlait peu du « made in France ». Quand j’allais demander un prêt à la banque, c’était compliqué parce que ça n’avait pas vocation à se développer. J’avais la conviction que relocaliser en France amenait beaucoup de souplesse sur les commandes, les délais. On pouvait être plus réactif en intégrant une production locale. Même si le prix était plus élevé qu’ailleurs.
 

Votre entreprise est aussi engagée dans la protection de l’environnement…

Dans la continuité, on voulait faire des produits écoresponsables. On s’est rapproché de la fondation Seaqual, qui récupère les plastiques dans les mers et les océans, les traite dans des usines pour en faire du fil. On fait tisser une partie de ce fil en France. On reçoit les rouleaux qu’on sublime sur les maquettes qu’on propose aux clubs. Le bilan carbone est tout à fait correct grâce à la proximité de l’usine, qui est à Gérone, en Espagne, à 200km de chez nous. On fait la découpe, l’impression et le design à Perpignan pour un produit confectionné en France.
 

Le made in France et l’écoresponsabilité sont deux valeurs dans l’air du temps…

On ne peut pas passer outre l’écoresponsabilité puisque notre planète est clairement en danger. Les micro-plastiques sont l’un des premiers problèmes. En faisant des maillots recyclés, on traite une partie des plastiques. Si tout le monde met en place des cercles vertueux, ce sera déjà un grand bond en avant. On a investi dans un atelier propre où tous les solvants sont traités sans aucun rejet dans les eaux usées.
 

Pourquoi avoir choisi d’intégrer le programme « La France, une chance » ?

En début d’année, on se fixe des objectifs pour l’accompagnement de personnes au RSA, en apprentissage. On essaie de tenir ce programme validé par la préfecture. On s’engage dans ce domaine. Dans l’année, j’accompagne deux personnes au RSA pour les aider à trouver un emploi. C’est important que l’entreprise soit utile sur son territoire. Je pense que les entreprises doivent assumer leur part de responsabilité.
 

Qui sont vos clients ?

Ce sont les clubs et les collectivités. On travaille sur le sport-entreprise aussi. Nos clients sont au rugby, au football, au handball, un peu tous les sports. On a un service recherche et développement qui va chercher de nouveaux marchés. Nous avons des commerciaux sur le territoire de la région Occitanie. Par ailleurs, on développe un réseau national via des agents commerciaux.
 

« Tout le monde était solidaire »

Comment avez-vous traversé la crise sanitaire qui touche le monde depuis plus d’un an ?

Au début, l’entreprise s’est mobilisée pour fabriquer des masques pour le personnel soignant, les transporteurs… On a offert des masques, puis on a eu de grosses commandes qui ont permis de compenser les pertes de l’année. On a réussi à maintenir l’activité.
 

Vous aviez la volonté de vous montrer solidaire face à la situation…

Nous sommes un des rares plateaux de confection du département. Nous nous sommes mobilisés dès le premier jour. Mes couturières m’ont appelé, m’ont demandé ce qu’on pouvait faire face au manque de masques. Mes employés sont venus bénévolement pour offrir des milliers masques devant l’entreprise. On a mis les masques aux normes qui évoluaient tous les jours. Quand on a eu des commandes, j’ai pu sortir tous mes employés du chômage partiel.
 

Cela restera un moment de l’histoire de votre entreprise…

J’ai vu que tout le monde était solidaire, on s’est tous serré les coudes. Je pouvais compter sur une équipe solide. Cela a énormément renforcé les liens au sein de l’entreprise.
 

Comment envisagez-vous l’avenir de « Maillot français » ?

Sur le court terme, on a du mal à se projeter mais je reste positif. Cette période a remis beaucoup de choses en question comme la façon de commercialiser les maillots. Cela nous a fait évoluer plus vite que prévu. A moyen terme, on va avoir la construction d’un nouveau local qui va nous permettre de travailler sur une plus grande surface. On est à la recherche d’un développement national pour les maillots. On voudrait créer trois emplois par an pendant cinq ans. Maintenant, nous sommes tous soudés pour développer l’entreprise.
 

Propos recueillis par Loïc Feltrin

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