15.8 C
Londres
mercredi, juillet 6, 2022

L’interféron, une piste prometteuse contre les formes graves du Covid

Écouter cet article sur l’application

Écouter cet article sur l’application

Dans quelques semaines ou quelques mois, sera-t-il possible de prédire, puis de prévenir, la survenue de certaines formes graves du covid ? Après une PCR positive, un test sanguin pourrait permettre d’indiquer si le patient présente un risque élevé de tomber très malade. Dans ce cas, un médicament lui serait administré, qui empêcherait son état de se dégrader. Malgré le déploiement des vaccins, un tel arsenal resterait utile pour toutes les personnes qui n’auraient pas été immunisées ou chez qui les injections s’avéreraient inefficaces. Une perspective rendue possible grâce à des travaux de recherche fondamentale menés par une équipe française, dont les applications – tests et traitement – sont aujourd’hui en cours d’évaluation.  

Dès le début de l’épidémie, l’an dernier, des scientifiques rattachés à l’Institut Imagine (Paris), le Dr Laurent Abel et le Pr Jean-Laurent Casanova, ont cherché à comprendre pourquoi certains patients développaient des formes sévères du covid, et d’autres pas. Spécialistes des liens entre génétique et maladies infectieuses, ils ont rapidement lancé un consortium de recherche international (Covid human genetic effort). En analysant les caractéristiques d’un grand nombre de malades, ils ont abouti à une conclusion prometteuse, qui leur a valu deux publications dans la prestigieuse revue Science : « Nous avons découvert qu’un peu moins de 15% des patients atteints d’une forme grave présentaient un défaut de fonctionnement des interférons de type 1, des molécules qui représentent normalement la première ligne de défense de notre système immunitaire face à une infection », indique le Dr Abel.  

Pour expliquer ce dysfonctionnement, les chercheurs ont trouvé deux causes possibles. Dans 2% à 3% des cas, des mutations dans des gènes liés à la production de cette molécule étaient impliquées. Et pour un peu plus de 10% des patients, il s’agissait d’un mécanisme s’apparentant à une maladie auto-immune : « Le propre système immunitaire des patients produit des auto-anticorps qui vont détruire les interférons de type 1 fabriqués par leur organisme quand ils sont exposés au sars-cov-2 », décrypte le chercheur. Les scientifiques estiment à présent que cette voie pourrait en réalité concerner une part encore plus importante des malades. « Nous cherchons d’autres mutations qui pourraient avoir un impact sur la production d’interféron, et nous essayons par ailleurs d’évaluer la part de la population porteuse de ces auto-anticorps grâce à des tests plus sensibles », indique le Dr Abel.  

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

« Une activité anti-infectieuse et une régulation de la réponse inappropriée de l’hôte »

En attendant, leurs travaux trouvent déjà des déclinaisons pratiques. Un test grand public est en effet un cours de mise au point, grâce à un partenariat avec le laboratoire Cerba Healthcare. « Nous étudions le test développé par les chercheurs sur plusieurs milliers d’échantillons de sang de patients anonymisés, pour en préciser les conditions d’utilisation. Dans un deuxième temps, notre rôle consistera à adapter la technique de test à un déploiement dans les laboratoires d’analyse médicale », précise Jérôme Salette, le directeur scientifique de Cerba Healthcare.  

 

En parallèle, l’administration d’interféron chez des patients de plus de 50 ans présentant des facteurs de risque de faire une forme sévère de covid est testée dans le cadre de l’essai clinique national Coverage, dirigé par l’infectiologue bordelais Denis Malvy. « Nous regardons si l’administration de cette molécule peut éviter à ces patients une hospitalisation. Nous la testons sous la forme inhalée, à raison d’une administration pendant 10 minutes par jour pendant 5 jours, et nous démarrerons bientôt un protocole avec une seule injection sous-cutanée », indique le médecin.  

Une des difficultés consiste à recruter des patients venant juste d’être testés positifs, et à les traiter à domicile. Il faut en effet agir vite, car il a déjà été montré qu’administré tardivement, chez des malades déjà hospitalisés, l’interféron n’avait pas d’efficacité. « C’est assez logique car à ce moment-là, le virus a eu le temps de se répliquer, et de déclencher des phénomènes, inflammatoires notamment, qui ne vont plus répondre à l’interféron », indique le Dr Abel. « En revanche, en travaillant sur la phase la précoce possible, nous espérons obtenir à la fois une activité anti-infectieuse, et une régulation de la réponse inappropriée de l’hôte », confirme le Pr Malvy.  

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l’app

Quelques 400 patients ont déjà été inclus dans cette étude multi-sites, et 300 autres participants doivent encore être recrutés. Si l’épidémie continue à ralentir en France, des données intermédiaires pourront tout de même être présentés : « Elles montreront une bonne tolérance du traitement, et des signes préliminaires d’efficacité », indique Denis Malvy. Si ces résultats se confirment, l’étape suivante consistera à cibler, grâce au test développé par l’équipe d’Imagine et Cerba, les patients les plus susceptibles de bénéficier de l’administration d’interféron. Peu à peu, les pièces du puzzle se mettent en place. 

Opinions

Chronique

Emmanuelle MignonPar Christophe Donner

Chronique

Par Sylvain Fort

Idées et débats

Par Marylin Maeso

Les dernières nouvelles
Nouvelles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici