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vendredi, juillet 1, 2022

L’homme augmenté : demain, pourra-t-on télécharger l’esprit humain dans une puce ?

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A l’avenir, deviendrons-nous de véritables cyborgs aux corps bardés d’électronique, ou bien finirons-nous téléchargés dans une puce, nous affranchissant ainsi de tout substrat biologique ? Entre ces deux destins, le coeur des futurologues et des milliardaires transhumanistes balance. La première voie semble plus accessible. En effet, l’homme et la machine se rapprochent chaque jour un peu plus. Les prothèses de jambes ou de bras se perfectionnent. La société Carmat produit déjà des coeurs artificiels. Des scientifiques américains et de Hongkong ont récemment mis au point un oeil bionique. Le body hacking, pratique consistant à mettre des capteurs ou des puces RFID sous la peau, prend de l’ampleur.  

Certains préfèrent l’idée d’un humain « informatique » et téléchargeable à cette vision mécaniste. C’est le cas, par exemple, du milliardaire russe Dmitry Itskov. Depuis environ une dizaine d’années, cet ancien patron d’un groupe de média voue sa fortune – et celle de ses donateurs – à un projet étonnant, voire délirant : transformer notre esprit en données informatiques.  

Le plan du milliardaire se divise en trois grandes étapes. Tout d’abord, la personnalité d’un individu âgé ou malade est décodée et transformée en code informatique. Ces informations sont ensuite implantées dans une puce qui sert de cerveau artificiel. Celui-ci peut prendre le contrôle d’un avatar fabriqué de toutes pièces ou bien se manifester sous la forme d’un hologramme, c’est-à-dire d’une image suspendue en l’air. Ainsi, selon Itskov, l’humain pourrait ne plus être un être fait de chair et de sang…  

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Problème, la frontière entre ces deux visions est de moins en moins nette. « En ce début du XXIe siècle, cela paraît de plus en plus difficile de juger l’être humain en tant que simple entité biologique. Nous retravaillons en permanence les images de nous-mêmes qui circulent librement sur Internet », rappelle Mara Magda Maftei, directrice de recherche à l’université Paris-Nanterre et coordinatrice d’un numéro de la Revue des sciences humaines, consacré au Transhumanisme (mars 2021).  

S’affranchir de la réalité biologique

« Cependant, d’un point de vue transhumaniste, les concepts d’immortalité informatique et de conscience dans un ordinateur se comprennent mieux lorsqu’on prend en compte l’hypothèse de la simulation », détaille Didier Coeurnelle, vice-président de l’Association française Technoprog. Selon l’entrepreneur américain Elon Musk, ou le philosophe suédois Nick Bostrom, l’un des penseurs du mouvement transhumaniste, il se pourrait que nous vivions déjà dans une sorte de programme contrôlé de l’extérieur. Si l’on adhère à cette théorie, alors transférer un jour notre esprit dans un environnement informatique n’est plus si aberrant ».  

 

Bien sûr, les spécialistes du cerveau se montrent beaucoup plus sceptiques. Pour eux, et jusqu’à preuve du contraire, nous ne vivons pas encore dans « la matrice » imaginée par les Wachowski dans la trilogie Matrix « Cette idée que l’on peut s’affranchir des réalités biologiques pour nous télécharger dans une puce ne repose sur rien de scientifique », explique Jean Mariani, médecin et professeur de biologie du vieillissement et de neurosciences à Sorbonne Université.  

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Première difficulté, le cerveau est un organe extrêmement complexe. A l’intérieur, des dizaines de milliards de neurones s’envoient des messages en permanence. En dépit de la puissance de calcul dont nous disposons, il est impossible de tous les modéliser. « A chaque nouvelle découverte, de nouvelles couches de complexité apparaissent », ajoute Jean Mariani. La simulation d’un cerveau humain entier n’est donc pas pour tout de suite. Autre contrainte, notre matière grise n’est pas coupée du reste du corps humain. On sait par exemple qu’il existe un lien entre le cerveau et le microbiote : un déséquilibre de cette communauté bactérienne intestinale peut être responsable d’un état dépressif, indiquent les chercheurs de l’Institut Pasteur, de l’Inserm et du CNRS. Comment dès lors envisager d’isoler le cerveau sans tenir compte de ce paramètre ? Enfin, qu’est ce qui fait que notre cerveau est unique ? Notre personnalité laisse-t-elle une trace biologique ? Si oui, où est-elle ? Les scientifiques commencent à peine à défricher ces questions. Ils ne sont pas très avancés. A l’origine, Dmitry Itskov prévoyait de mener son projet à terme d’ici à 2045. Mais il lui faudra sans doute revoir son calendrier.  

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