20.6 C
Londres
mercredi, juillet 6, 2022

Les oiseaux marins dans l’oeil du cyclone

Si les oiseaux se cachent pour mourir c’est qu’ils meurent souvent sans être vus, au beau milieu de l’océan et dans l’oeil du cyclone. Depuis des décennies les scientifiques s’inquiètent de voir la population d’oiseaux marins chuter drastiquement puisqu’elle a été divisée par deux entre 1970 et 2010. Au total, près de 250 espèces souffrent chaque année à cause de la surpêche qui diminue leurs ressources, la pollution, certains parasites mais aussi la modification des courants, le froid (stresse thermique et hypothermie) ou encore les vents.  

Mais ces causes n’expliquent pas tout. Notamment la variabilité de cette mortalité d’une année à l’autre. Bien souvent celle-ci se mesure non pas au large, faut de moyens de surveillance, mais à terre, sur les côtes de chaque côté de l’Atlantique. Avec des épisodes dramatiques comme en 2014 où, entre les mois de janvier et de mars, plus de 43 000 cadavres d’oiseaux marins ont été dénombrés sur notre littoral des départements des Pyrénées-Atlantiques jusqu’au Finistère.  

Une étude inédite par son ampleur

Selon une équipe internationale comprenant le CNRS dont l’étude paraît ce lundi dans la revue Current Biology, le rôle des cyclones jouerait un rôle majeur dans cette fluctuation annuelle. « Nous avons équipé de balises ultralégères un peu plus de 1500 oiseaux des cinq espèces les plus concernées – macareux moine, mergules nains, mouettes tridactyles et deux de guillemots – pour suivre leur parcours d’hivernage qui les mène de leur lieu de nidification en Arctique vers l’Atlantique Nord », détaille Marion Clairbaux du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (Université Paul Valéry de Montpellier).  

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Première constatation, les scientifiques ont juxtaposé les trajectoires des alcidés avec celles des cyclones pour constater qu’elles se superposent souvent. Ces événements météorologiques violents, selon leur fréquence, sont donc, en grande partie, responsables de ces taux de mortalités erratiques. « Notre étude a permis aussi de modéliser la dépense énergétique des oiseaux selon leur taille et l’environnement (température, vent, etc.), poursuit David Grémillet du Centre d’Etudes Biologiques de Chizé (CNRS – Université de La Rochelle) qui a dirigé ces travaux inédits regroupant près de 37 institutions et 50 chercheurs. Et nous avons constaté avec surprise que les alcidés ne décèdent parce qu’ils puiseraient trop dans leurs réserves mais tout simplement parce qu’ils ont du mal à se nourrir. » Sa collègue de Montpellier détaille : « Ils évoluent avec difficulté dans des vents violents et n’arrivent pas à bien plonger dans une mer déchaînée. Et les espèces qui descendent à de petites profondeurs ont plus de mal à récupérer du poisson (capelan, lançon, etc.) ou du phytoplancton. » Ainsi, par exemple, les macareux moines plongeant jusqu’à 250 mètres de profondeur sont moins gênés que les mouettes tridactyles qui piquent à une vingtaine de mètres sous la surface.  

Un phénomène accentué par le réchauffement climatique

Les chercheurs insistent sur le fait que leurs conclusions doivent être confirmées sur plusieurs années. Mais, en tout état de cause, l’actuel réchauffement du climat apporte déjà une multiplication des ouragans et de leur intensité. « Cela s’accompagne par un changement de trajectoires à de plus hautes latitudes qui risque d’amener aussi les oiseaux à aller toujours plus au nord », s’inquiète Marion Clairbaux. Sans compter un effet de répétitions : si, durant son hivernage ils rencontrent plusieurs ouragans, leurs chances de survies diminuent encore.  

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l’app

« On estime en moyenne que ces oiseaux marins ne peuvent affronter de tels événements plus de deux jours, ajoute David Grémillet. S’ils se multiplient il pourrait y avoir un effet dévastateur. » Mais le spécialiste tente de rester optimiste : « Nous avons montré dans une précédente étude qui si l’homme respecte l’accord de Paris sur le changement climatique, s’il multiplie les aires marines protégées et diminue la pêche en haute mer, tout n’est pas irréversible. » Un mince espoir dans un océan toujours plus tourmenté. 

Opinions

Chronique

Par Marylin Maeso

Chronique

Par Sylvain Fort

Economie

Par Vincent Pons

Ultimatum

Christophe Donner

Les dernières nouvelles
Nouvelles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici