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mercredi, juillet 6, 2022

Les mangroves, un puits de carbone menacé

Des arbres qui prennent racine sous l’eau, et des moustiques partout. Voilà pour le cliché. Il suffit pourtant de s’immerger quelques secondes dans une mangrove pour découvrir un écosystème habité d’une biodiversité luxuriante. Poissons, crabes, oiseaux, singes, serpents… Ce biotope unique, qui couvre près de 15 millions d’hectares dans le monde, dont 0,7% dans la France d’outre-mer – essentiellement en Guyane et en Nouvelle-Calédonie -, n’est pas seulement un paradis pour les taxonomistes. Il rend de nombreux services à la planète, comme le souligne dans un récent rapport l’Initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor).  

Tout d’abord, grâce à ses arbres aux longues racines et au bois dense à croissance rapide, appelés palétuviers, les mangroves constituent des puits de carbone très efficaces. « La majorité du CO2 stocké se trouve sous terre, dans la litière (feuilles, branches et tronc morts), dont une partie est enfouie par la sédimentation ou par les crabes, explique la consultante en environnement Catherine Gabrié, coauteure de l’étude de l’Ifrecor. Le carbone peut y rester piégé pendant des siècles, voire des millénaires. » On estime ainsi qu’elles retiennent de 5 à 10 fois plus de carbone que les autres forêts tropicales ! Rien qu’en France, l’ensemble des 100 000 hectares de mangroves et d’herbiers séquestrent un total de 2,5 millions de tonnes d’équivalent CO2 chaque année, soit environ l’ensemble des émissions générées par la desserte aérienne des régions ultramarines. 

Et ce n’est pas tout. Cet écosystème permet également de réduire considérablement l’impact des vents d’ouragan et joue un rôle de barrière contre les tempêtes. Selon l’Ifrecor, les récifs coralliens, les mangroves et les herbiers absorbent jusqu’à 90% de l’énergie de la houle. En France, 2,4 millions de mètres carrés d’infrastructures hôtelières et d’équipements publics bénéficient de ce service de protection naturel. En Asie, les mangroves servent aussi de digue de protection contre les tsunamis. Pour peu qu’elles soient suffisamment larges, elles diminuent considérablement la hauteur des vagues frappant les zones côtières. Elles peuvent également contribuer au traitement des eaux usées et filtrent les sédiments venus des terres agricoles. Enfin, elles représentent un refuge pour beaucoup d’espèces animales. Une mangrove qui dépérit, c’est donc un risque de pénurie alimentaire pour les populations qui en dépendent. 

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Risque de disparition en 2040

Malgré ces bénéfices exceptionnels, cet écosystème subit de nombreux périls. Notamment la déforestation en faveur de la riziculture ou de l’élevage de crevettes. Les changements climatiques ont aussi un effet négatif. La montée des eaux entraîne un déplacement des mangroves vers les terres intérieures. Une migration difficile, car beaucoup de littoraux sont déjà occupés par les activités humaines. Et l’augmentation prévue de la force des cyclones pourrait aggraver l’état des palétuviers déjà affaiblis par ces multiples pressions anthropiques. 

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La superficie des mangroves diminue d’environ 1% par an. Depuis 2000, elles ont perdu plus de 10 000 kilomètres carrés, soit la taille d’un pays comme le Liban. « Il y a quelques décennies, elles étaient considérées comme insalubres, assure Catherine Gabrié. On ne pouvait pas y accéder, il y avait des moustiques partout, donc les autorités les détruisaient pour construire des routes. » Si rien n’est fait, les scientifiques estiment qu’elles auront totalement disparu en 2040. Avec le risque que le carbone stocké ne retourne dans l’atmosphère. 

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