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jeudi, juin 30, 2022

Les grands lieux qui font avancer la science (3/5) : l’Institut Mila rend l’IA moins bête

Avec l’émergence d’un pôle jeux vidéo de stature internationale, c’est l’une des plus belles réussites du Québec. Basé à Montréal, l’institut Mila d’intelligence artificielle (IA) accueille chaque année de nombreux doctorants venus du monde entier. Des têtes chercheuses spécialisées dans les algorithmes, dont raffolent les grandes entreprises comme Google, Samsung ou Facebook. Sourire avenant, sourcils gris broussailleux, Yoshua Bengio, fondateur des lieux et lauréat du prix Turing de l’Association for Computing Machinery – l’équivalent du prix Nobel d’informatique -, évoque le chemin parcouru en trente ans : « Dans les années 1990, l’institut n’existait pas encore. Dans mon laboratoire rattaché à l’université de la ville, j’étais l’un des rares chercheurs à travailler sur l’apprentissage automatique. » 

Aujourd’hui, le Mila rassemble environ 600 étudiants et compte quelque 80 professeurs. Ses locaux hébergent de nombreuses start-up et entreprises. Une taille critique qui lui permet de capter plus facilement des financements. « Dans ce domaine, nous sommes plutôt bien lotis : au-delà de l’argent fourni par les chaires, l’institut s’occupe d’aller chercher des partenariats et des subventions nationales. Résultat, les professeurs ont à leur disposition une base assez confortable pour disposer d’un petit groupe d’étudiants doctorants », se félicite Yoshua Bengio. 

Les travaux de ces têtes chercheuses trouvent déjà des applications dans la vie quotidienne. Le Mila a par exemple développé un agent conversationnel qui recueille au téléphone les données de santé de personnes ayant besoin de soins, avant de les mettre en contact avec un vrai médecin. Il a également conçu un algorithme capable de détecter les activités de traite de personnes et d’exploitation sexuelle en ligne. Info Shield repère avec précision les contenus suspects, allant jusqu’à identifier les coupables, mais aussi les victimes. Un futur outil pour la police ? Certains criminologues en sont persuadés. Selon eux, avec de tels algorithmes, les chances de voir aboutir les enquêtes policières augmenteraient.  

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S’inspirer du cerveau pour améliorer les algorithmes

Toutefois, le but premier de l’institut n’est pas de lutter contre la criminalité, mais bien de révolutionner l’apprentissage automatique. « Les systèmes d’IA actuels ne sont pas aussi performants que les êtres humains. Il y a là un enjeu majeur pour la recherche. Par exemple, si je décide de conduire un véhicule en Angleterre, cela va me demander de la concentration. Mais au bout de quelques heures, je saurai sans trop de mal rouler sur la voie de gauche. Les algorithmes eux, n’ont pas cette faculté d’adaptation », détaille Yoshua Bengio. Même les plus gros systèmes, comme le fameux GPT-3, le modèle de traitement de langage naturel aux 175 milliards de paramètres, comportent des faiblesses. « Ils donnent l’impression de comprendre. Mais parfois même un enfant de 2 ans fait mieux », déplore le chercheur. 

Pour tenter de corriger ce problème, les scientifiques du Mila s’inspirent donc de notre cerveau, notamment de notre capacité à nous concentrer uniquement sur certains éléments – les plus utiles – pour apprendre. Cette approche permet déjà des progrès significatifs. « Nous n’en sommes qu’au début. Cela prendra peut-être encore une décennie pour mettre au point des systèmes plus évolués. Mais nous espérons que, à terme, les grands groupes comme Google, Facebook ou Microsoft utiliseront des modèles basés sur nos travaux », explique le professeur.  

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Bien sûr, il faudra réglementer ces nouveaux outils destinés à prendre une place de plus en plus importante dans notre société. « Au Québec, nous avons fait partie des pionniers avec la déclaration de Montréal, un ensemble de principes établis en 2018 destiné aussi bien aux entreprises et aux chercheurs qu’à la classe politique », rappelle Yoshua Bengio. Ce document stipule par exemple que les systèmes d’IA doivent pouvoir expliquer les décisions qu’ils prennent et qu’ils doivent être soumis à un examen, un débat et un contrôle démocratiques. « Certains voient dans ces contraintes un frein à l’innovation. Mais si on ne réglemente pas correctement, il y aura des abus, des effets négatifs sur la société. La population pourrait même rejeter cette technologie. » Et, pour cette pointure mondiale qui a consacré sa vie de chercheur à l’apprentissage automatique, ce serait bien le pire des scénarios.  

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