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dimanche, juillet 3, 2022

Les grands lieux qui font avancer la science (1/5) : le laboratoire coréen où s’invente la 6G

À 150 kilomètres au sud de Séoul, Taejon héberge l’Institut supérieur des sciences et technologies (Kaist). Ce fleuron de la recherche coréenne, dont sont diplômés le vice-président de Samsung et la première spationaute du pays, se situe en bordure d’un lac et d’une forêt. Dans ce campus aux allures d’université américaine, un groupement de 73 chercheurs et étudiants spécialistes des télécommunications travaillent ensemble au sein du Kaist Institute for Information Technology Convergence, créé il y a près de quinze ans. Le pays du Matin-Calme domine largement le secteur des réseaux mobiles, et compte aujourd’hui plus de 15,5 millions d’utilisateurs de la 5G. Et, fidèle à sa capacité d’adaptation et sa foi dans le progrès (la « culture bbali bbali », « vite vite »), il compte bien ne pas rater la prochaine révolution, la 6G, dont il a lui-même fixé l’horizon – 2028-2030 -, promettant de bouleverser nos vies. En 2015, un premier accord a été signé avec LG Electronics pour lancer ce qui s’appelait alors beyond 5G (au-delà de la 5G), et, depuis deux ans, la sixième génération de réseau mobile s’y façonne sous la direction du Pr Cho Dong-ho. « Il n’est pas facile de prévoir précisément à quel point la 6G sera utile », admet-il. Seule certitude, elle s’appuiera sur de nouvelles fréquences, et promet un débit 100 fois supérieur à celui de la 5G.  

Ces fréquences, qui se comptent en térahertz (THz), accéléreront la vitesse de transmission des informations au point, selon le Pr Cho, que les communications seront quasi instantanées. Avec un temps de latence de 0,1 milliseconde, la 6G permettra d’entrer réellement dans l’ère des objets connectés et d’offrir « tout ce dont la vie a besoin ». C’est-à-dire, peu ou prou, donner à nos machines des capacités humaines. « Les organismes vivants utilisent l’énergie pour recevoir et analyser des informations et accomplir des activités, explique le Pr Cho. Si des objets font de même, puis traitent les informations grâce à l’intelligence artificielle et, enfin, possèdent des fonctions de sens comme le toucher, nous pouvons estimer que cela contribuera à résoudre de nombreux problèmes de l’humanité. » 

Vers une autonomie perpétuelle

La promesse est vertigineuse, elle nous projetterait dans un monde hyperconnecté et sans limite : « Les robots remplaceront les humains dans les usines, nous n’aurons plus besoin de conduire, les véhicules seront transformés en bureau en mouvement « , argumente le scientifique.  

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Pour entrer dans un tel univers, les chercheurs de l’Institut doivent d’abord résoudre une équation de taille : donner à nos appareils une autonomie « perpétuelle ». Lee Ju-yong, chargé de la communication de l’Institut, en fait un préalable incontournable : « Nous travaillons sur la transmission d’énergie sans fil. Si nous réussissons à recharger nos appareils numériques par réseau, cela changerait tout. » C’est l’objectif premier pour la 6G, et les chercheurs du Kaist y arrivent déjà : « Actuellement, nous parvenons à envoyer de l’énergie à 10 mètres de distance, mais nous devons augmenter la portée », poursuit le Pr Cho. « Cela fait cinq ans que nous nous concentrons sur l’envoi simultané d’information et d’énergie ». Le défi est colossal, et la concurrence sévère, car la recherche n’avance pas uniquement en Corée du Sud. Huawei, Ericsson, les fournisseurs de réseaux américains, Nokia ou encore Doccomo veulent tous s’emparer de la prochaine révolution du sans-fil. Bien avant son hypothétique lancement, le marché de la 6G est déjà estimé à 1 700 milliards de dollars pour 2035. 

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Les objets connectés au coeur de la révolution

Au-delà de la réussite scientifique, il est vital pour les chercheurs du Kaist de parvenir à limiter les coûts des infrastructures supportant de telles technologies afin que l’on puisse passer des laboratoires à la vie réelle. Créer un super environnement sans fil à moindre coût demeure l’autre grande priorité des chercheurs de l’Institut, motivés par des investisseurs privés dont ils évitent soigneusement de révéler le nom. Et l’enjeu est stratégique pour LG Electronics, qui a décidé de se retirer du marché des téléphones portables mais continue d’investir, notamment, dans les objets connectés. « L’objectif de la 6G est de se concentrer non sur les échanges entre humains, mais bien entre objets. Il y en aura dans votre salon, mais aussi dans les usines, où ils seront incontournables », promet le Pr Cho. Selon lui, en 2030, le simple smartphone ne sera plus le coeur de cible de la future génération de réseau mobile. 

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