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mercredi, juillet 6, 2022

Les cartes qui ont changé le monde (2/5) : La carte verticale, la vision chinoise de la Terre

L’Empire au milieu 

Le propre d’une projection cartographique est de représenter une sphère (la Terre) sur un plan (la carte) : mathématiquement impossible, à moins de prendre quelque largesse et de la déformer un tant soit peu. Si les types de déformation ont longtemps servi un but pratique (la navigation, dans le célèbre cas de Mercator), la politique et les enjeux des puissances s’y sont bien sûr mêlées. Notre vision du monde basée sur des cartes euro-centrée nous paraît banale et sempiternelle : et pourtant quelqu’un a bien dû décider un jour que, au centre du monde, se trouvait notre continent.  

Cela paraît donc naturel que le XXIe siècle, le « siècle de la Chine » vu de Pékin – introduise, dans sa nouvelle version du monde, des symboles : parmi eux, une carte. Tout au début de ce « siècle chinois », en 2002, la projection d’un académicien de Wuhan, Hao Xiaoguang, nous met la tête à l’envers, tant dans ses formes que dans les distances. La planète entière, hors quelques périphéries, est à portée de bras, ou d’infrastructures : l’Asie, ce pré carré ; l’Australie et la Russie, ces marchés de proximité ; l’Europe et l’Afrique, si proches et simples à relier par les tentaculaires « nouvelles route de la soie » ; l’Arctique, une mer désormais enclavée et libérée de toute glace, dans la zone de chalandise. Et au loin, en haut, l’autre puissance, le rival systémique : l’Amérique, sens dessus dessous pour un oeil occidental : elle est grande, domine la carte par sa hauteur : sa perspective est centrale, ouverte sur les océans, mais on ne la reconnaît pas, avec New York à l’ouest, le Mexique qui la surplombe, et l’Alaska au centre… 

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Une carte verticale qui – par le jeu des déformations cartographiques – éloigne des zones que l’on imagine lointaines de la Chine, mais aussi moins prioritaires pour ses instances : l’Antarctique, l’Amérique latine… en vingt ans, cela aussi a changé : l’avènement de Xi Jinping sublime la volonté chinoise d’être partout, la nécessité de représenter autrement ce monde où 1 Terrien sur 5 détient un passeport de la République populaire. C’était bien l’idée de son créateur, qui a concentré ses efforts sur la représentation des terres émergées, des humains.  

M. Hao a bien réalisé d’autres projections plus conventionnelles pour notre oeil européen. Mais c’est celle-ci qui a été retenue pour les écoles du pays et adoptée au fil des ans par des instances militaires. La carte, outil de puissance ? Assurément porteuse d’une vision différente, renversante. Et une réponse idéale à ceux qui se demanderaient pourquoi la Chine siège au Conseil de l’Arctique, même si le point le plus au nord de la Mandchourie n’est pas plus proche du pôle Nord que Dublin. 

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Hao Xiaoguang

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