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dimanche, juillet 3, 2022

Le virus Ebola peut « dormir » cinq ans chez les survivants avant de se réactiver

En février 2021, le virus d’Ebola est réapparu dans la province de N’Zérékoré, en Guinée. Fort heureusement, la réponse rapide des autorités sanitaires de ce pays d’Afrique de l’Ouest a permis de contrôler la situation. Quatre mois plus tard, l’épidémie a pris fin, après douze morts seulement pour vingt-trois cas identifiés. Un bilan léger comparé à la précédente épidémie, la plus meurtrière de l’histoire d’Ebola, qui avait frappé la Guinée, le Liberia et le Sierra Leone de 2013 à 2016 et avait fait au moins 11 300 morts pour 29 000 cas recensés. Cette résurgence d’Ebola en Guinée, cinq ans après la première épidémie, a néanmoins intrigué plusieurs équipes de chercheurs, qui ont voulu s’assurer de l’origine du virus. Des analyses du génome du virus ont donc été menées indépendamment par trois laboratoires : le Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guinée (Cerfig) en partenariat avec l’Institut de recherche pour le développement français (IRD) ; le laboratoire du Projet des fièvres hémorragiques de Guinée et l’Institut Pasteur de Dakar au Sénégal.  

« Nous avons comparé six génomes complets provenant du virus de 2021 avec les génomes des épidémies précédentes, détaille Alpha Keita, microbiologiste à l’université de Montpellier-TransVIHMI et directeur adjoint du Cerfig, interrogé par L’Express. Normalement, ce virus commet beaucoup d’erreurs dans son code ARN lors de son processus de reproduction [lorsqu’il contamine de nouvelles personnes, NDLR]. Entre 2016 et 2021, nous aurions donc dû observer un ‘variant d’Ebola’, présentant de nombreuses différences dans son code génétique, mais là, à notre grande surprise, nous nous sommes rendu compte que la souche de 2021 est quasiment identique à celle de 2013 – 2016 ». Les conclusions de son équipe, qui concordent avec celles des deux autres laboratoires, ont été publiées ce mercredi 15 septembre dans la revue Nature. Elles suggèrent qu’Ebola a la capacité de se « cacher » pendant des années chez d’anciens survivants, avant de réapparaître.  

« Le virus peut hiberner pendant au moins cinq ans »

Jusqu’à maintenant, les scientifiques savaient qu’une épidémie d’Ebola était provoquée par un contact entre l’homme et la faune. Ce contact peut passer par différentes voies : soit directement de la chauve-souris – qui constitue le réservoir naturel d’Ebola – à l’homme, soit par des hôtes intermédiaires, comme les grands singes, les céphalophes ou les antilopes qui ont mangé des végétaux sur lesquels se trouvaient des défections de chauves-souris. Mais si cela avait été le cas pour l’épidémie de 2021, le virus aurait présenté de nombreuses différences avec les anciennes souches. Cette hypothèse a donc été balayée par les chercheurs. Pour la même raison, l’hypothèse d’une circulation d’Ebola « à bas bruit » pendant des années dans la population, sans que les autorités sanitaires ne le remarquent, a également été écartée. C’est donc celle d’une ‘hibernation’ du virus chez un hôte humain qui a été retenue. 

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« Nous savions, grâce à l’étude PostEboGui1, que le virus est détectable dans les fluides – le sperme, les urines, les yeux et le lait maternel – jusqu’à 18 mois après la guérison d’une personne touchée par Ebola, poursuit Alpha Keita. Mais si des cas de résurgence à partir de survivants avaient déjà été documentés, comme récemment en République démocratique du Congo, jamais une si longue période entre le sommeil et le réveil d’Ebola n’avait été mise en évidence. Ce que montre notre étude, c’est que le virus peut hiberner dans le corps humain pendant au moins cinq années, puis se réveiller et produire une nouvelle épidémie. » 

La nécessité d’organiser un suivi rigoureux des survivants

Ces travaux, inquiétants, révèlent combien la gestion de cette maladie mortelle s’avère difficile. « Ce phénomène de résurgence à partir d’anciens malades d’Ebola, parfois asymptomatiques [qui n’expriment pas de symptômes et sont donc peu détectables par les autorités sanitaires, NDLR], est imprévisible, s’inquiète Alpha Keita. Or, il existe plus d’une dizaine de milliers de ces ‘survivants’ rien qu’en Afrique de l’Ouest ». Les auteurs de l’étude appellent donc les autorités sanitaires à mettre en place un protocole axé sur le suivi biologique, clinique mais aussi psychosocial de tous les survivants d’Ebola, et ce pendant des années.  

Ce protocole pourrait notamment avoir pour but de déterminer quels anciens malades peuvent potentiellement provoquer une résurgence. Depuis 2015, de nombreuses équipes qui travaillent sur ce virus ont effectivement montré que les anticorps peuvent persister chez les survivants d’Ebola, mais qu’ils ont tendance à diminuer chez d’autres. Or, le virus d’Ebola a la capacité de se cacher dans des sites de privilège immunitaires – les fluides dont l’urine, le sperme, etc. -, où les anticorps ont plus de mal à parvenir et donc plus de mal à le détruire. « La question est : est-ce que ce sont les personnes dont le nombre d’anticorps diminue qui provoquent des résurgences ? », s’interroge le chercheur.  

Lutter contre la stigmatisation des survivants

Les auteurs de l’étude proposent donc de vacciner les survivants, et notamment ceux dont les anticorps baissent, même plusieurs années après avoir été déclarés guéris. Plus largement, ils insistent sur la nécessité de poursuivre les campagnes de vaccination dans les zones touchées afin de potentiellement limiter, voire empêcher les résurgences, tout en rappelant que seul le développement d’antiviraux permettrait d’éradiquer le virus chez les survivants. « Si nous pouvons surveiller ad vitam aeternam les survivants, c’est bien, mais la solution définitive ce sont les antiviraux. Or, il n’y a pas de véritable essai clinique en cours pour tester les antiviraux sur les survivants, cela devrait pourtant faire partie des priorités de recherche », déplore Alpha Keita.  

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Ces travaux, extrêmement importants pour mieux comprendre le virus Ebola, pourraient néanmoins avoir un effet secondaire indésirable : renforcer la méfiance, voire la mise à l’écart des survivants. Conscients de l’impact de leur découverte, les auteurs soulignent l’importance de lutter contre cette potentielle stigmatisation. « Lors de la précédente épidémie, de nombreuses personnes ont perdu leur travail, ont été repoussées par leur famille et chassées de leur maison après leur guérison, rappelle Alpha Keita. Or, la lutte contre Ebola est un problème global, chacun doit se sentir concerné. Toute personne ayant été en contact avec Ebola pourrait d’ailleurs se révéler un réservoir caché du virus ». L’encadrement et la prise en charge des anciens malades par les autorités sanitaires apparaissent, là encore, comme une priorité afin de rassurer les anciens malades et ceux en contact avec eux.  

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