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mardi, juillet 5, 2022

Le Mont-Blanc perd presque un mètre : la faute au réchauffement climatique ?

Plus le temps passe et plus, lui aussi, se tasse. Voilà maintenant vingt ans que des équipes de géomètres se relaient, non pas au chevet mais au sommet du Mont-Blanc pour en mesurer la hauteur. Et le résultat de leur dernière ascension effectuée entre le 16 et le 19 septembre dernier a été un choc : « La constatation phare est que l’on retrouve une valeur normale par rapport à ce que nous enregistrons depuis que l’on organise ce genre d’expéditions avec une altitude mesurée très exactement à 4 807,81 mètres », résume Jean des Garets, vice-président de la chambre départementale des géomètres de Haute-Savoie. Tous les deux ans, ces experts organisent donc une ascension d’une trentaine de personnes pour aller placer une série de récepteurs afin de calculer le point culminant et modéliser l’ensemble de la calotte sommitale qui mesure environ 150 mètres de long sur 50 de large. « Le récepteur principal placé sur une canne plantée dans la neige enregistre les ondes électromagnétiques émises par différents satellites GPS pour capter leur position, détaille le spécialiste. Puis, nous calculons les distances qui séparent le récepteur de la trentaine de satellites disponibles, donc aussi la hauteur du plus célèbre sommet d’Europe. »  

Longtemps ces relevés soulignaient soit une hauteur à la hausse (jusqu’à 4810,9 mètres en 2007), soit une relative homogénéité autour de 4808 mètres. Disons même que les mesures bougeaient seulement de quelques centimètres tous les deux ans : 4808,75 en 2005, 4 808,73 en 2015 ou encore 4 808,72 en 2017). Des variations minimes que les glaciologues attribuent traditionnellement à l’évolution météorologique. « L’accumulation de neige et surtout les vents expliquent ces petits écarts », résume Christian Vincent, glaciologue à l’Institut des géosciences de l’environnement (CNRS – Université Grenoble-Alpes). Le pic rocheux culmine à 4 792 mètres et plus les précipitations sont fortes et le vent faible, plus à cette période de l’année, la neige s’accumule en altitude en faisant grossir la calotte glaciaire.  

Un lien difficile à établir avec le réchauffement climatique

De leur côté, et malgré leurs derniers résultats, les géomètres s’alarment : « Nous avons enregistré une baisse à exactement 4 806 mètres d’altitude en 2019 qui nous a tellement surpris qu’elle n’a pas été rendue publique, explique Jean des Garets. Et cette année, toujours au printemps, nous l’avons confirmé avec un chiffre de 4 805,98 mètres. » Avant de préciser que ce rapetissement semble être une tendance profonde : « Entre 2001 et aujourd’hui, le Mont-Blanc a perdu 13 centimètres en moyenne. » Pour le vice-président de la chambre départementale des géomètres de Haute-Savoie, difficile de ne pas faire le lien avec le réchauffement climatique même s’il estime que ce n’est pas à lui de tirer des conclusions scientifiques : « Il n’empêche, plus bas dans la vallée, la Mer de glace a connu des variations de 100 mètres sur les trente dernières années, pourquoi en serait-il autrement au sommet ? On peut même supposer qu’il n’y aura plus de glace dans 50 à 80 ans. » Un argument que les scientifiques continuent de réfuter : « Il est très difficile de faire un lien entre le réchauffement climatique et ses variations à la baisse au sommet du Mont-Blanc », tranche Christian Vincent. Pour lui, à ces altitudes les températures demeurent négatives tout au long de l’année. « Il n’y a donc pas de phénomène marqué de fonte », poursuit-il. Son équipe grenobloise a travaillé sur le dôme du Goûter, soit une étendue plus vaste que le sommet du toit de l’Europe, pour constater aussi une variation de l’épaisseur du manteau neigeux d’environ 3 mètres en trente ans. « Je dirais que, là encore, cette variation est naturelle, résume le glaciologue. En surface, il n’y a pas de grand bouleversement pour ces glaciers de haute altitude. » En revanche, ces travaux montrent un réchauffement plus inquiétant lié au changement climatique à l’intérieur des glaciers : en effectuant une série de carottages jusqu’à 50 mètres de profondeur, les scientifiques ont constaté une hausse de température d’environ 2°C, toujours sur les trente dernières années. « Certains glaciers situés sur des pentes raides pourraient être déstabilisés. Si de l’eau de fonte se met à circuler, on peut assister à des chutes de glaciers », prévient Christian Vincent. Un problème prégnant, par exemple, au niveau du glacier de Taconnaz, un massif qui surplombe directement la vallée de Chamonix. 

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Un système montagneux « vivant »

Reste que les dernières mesures des géomètres de Haute-Savoie rappellent combien le Mont-Blanc est un « système vivant ». En effet, la chaîne des Alpes est le fruit de la collision entre les plaques tectoniques africaine et européenne. Ce choc continue d’entraîner une croissance plus ou moins-régulière du massif. « Attention, les échelles de temps n’ont rien à voir avec l’actuel réchauffement climatique, prévient Christian Vincent. Le mouvement dans les Alpes est de l’ordre du millimètre par an. » Donc, sur une plus grande échelle de temps le « toit de l’Europe » se déplacerait horizontalement vers l’Italie – ce qui pour autant, ne devrait pas remettre en cause sa nationalité française (il est situé officiellement sur la commune de Saint-Gervais en Haute-Savoie). Avec ce nouveau chiffre de l’altitude du Mont-Blanc à 4 807,80 mètres, plus besoin non plus de réviser nos manuels scolaires.  

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