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jeudi, juin 30, 2022

La préfecture de Paris interdit le concert d’un artiste congolais, redoutant des incidents

Plusieurs manifestations d’opposants au régime de Kinshasa sont susceptibles de troubler le spectacle de Werrason, proche de l’actuel président de RDC.

La décision de la préfecture de police est sans appel. «Le concert de l’artiste congolais Werrason programmé le samedi 25 septembre 2021 à partir de 20h au Zénith de Paris – La Villette […] est interdit», stipule l’arrêté publié le 20 septembre. L’administration a estimé que les risques de trouble à l’ordre public étaient trop importants pour laisser le chanteur se produire, alors que la République démocratique du Congo est en proie à de violents affrontements entre militaires et groupes armés dans l’est du pays.

Le préfet Didier Lallemand a justifié sa décision par le précédent «de violentes contestations» engendrées à l’annonce en 2011 de deux concerts – finalement annulés – du musicien, lequel est réputé proche de l’ancien président de RDC Joseph Kaliba et de l’actuel chef de l’État Félix Tshisekedi. «L’artiste Werrason […] suscite une mobilisation croissante chez les opposants radicaux congolais de la diaspora installés en France et dans les pays voisins européens, qui ont déposé plusieurs déclarations de manifestation pour le 25 septembre prochain aux abords du Zénith, avec l’intention d’en découdre avec les spectateurs du concert et de créer des désordres à l’intérieur et à l’extérieur de la salle de concert», précise la préfecture.

«Sentiment de colère et d’injustice»

Cette interdiction est également motivée par les violents heurts qui ont émaillé le concert d’un compatriote de Werrason, le compositeur interprète Fally Ipupa, lui aussi attaqué pour sa proximité avec le régime de Kinshasa. En février 2020, alors que l’artiste se produisait à Bercy, des manifestations ont viré à la guérilla urbaine. La préfecture rappelle qu’à cette occasion «44 véhicules particuliers, 132 deux-roues et 4 utilitaires ont été dégradés par incendies et [que] 60 personnes ont été interpellées alors que ces troubles survenus en plein cœur de Paris avaient été largement diffusés et commentés par la presse nationale et étrangère».

Werrasson, de son vrai nom Noël Ngiama Makanda, est considéré comme l’un des plus populaires et influents musiciens de la scène congolaise. Son concert avait été annoncé en conférence de presse en octobre 2020. Contacté par Le Figaro, son producteur, Bertrand Torpedo, ressent «un sentiment de colère et d’injustice». «La préfecture de police nous a prévenus de l’interdiction moins d’une semaine avant. Nous avons fait de la communication autour de ce concert pendant un an. Nous nous sommes rendus à plusieurs réunions au sujet de sa tenue, notamment une au Zénith avec la police du XIXe arrondissement de Paris. Nous en sommes sortis avec un feu vert», s’étrangle-t-il.

Il s’indigne contre une décision qu’il juge paresseuse («la préfecture ne veut pas s’embarrasser et ne veut pas d’ennuis du tout») et contre la méconnaissance du contexte politique. «Les combattants congolais demandaient un changement de président depuis 2010. C’est chose faite depuis 2019. Certains continuent de s’opposer, soit. Mais cela veut-il dire qu’il faut interdire tous les concerts d’artistes congolais ? Dans une démocratie, ça n’a pas de sens», estime-t-il.

Si le producteur concède que les risques de débordements existent, il juge que ceux-ci «ont fortement diminué depuis 2019 ou 2020». «Ni le Zénith, ni moi, n’avons reçu de menaces avant le 7 septembre », avance-t-il en reconnaissant que c’est maintenant le cas. Il s’estime d’autant mieux «bien placé pour évaluer ce genre de situation» qu’il avait déjà produit en 2017 le concert de l’artiste Héritier Watanabe, «qui avait fait l’objet de violences». «À l’époque, nous avions été menacés pendant des mois», argumente Bertrand Tordepo.

Contactée par Le Figaro, la direction du Zénith s’est, elle, refusée à tout commentaire. La salle avait repris ses concerts le 26 août, après plusieurs mois de fermeture dus à la pandémie de Covid-19 et se trouve embarrassée par cette polémique qui vient perturber sa rentrée.

Depuis le printemps 2021, les tensions en RDC se sont accentuées, notamment dans les provinces orientales de l’Ituri et du Nord-Kivu où une centaine de groupes armés, dont les Forces démocratiques alliées (ADF), faction «à tendance islamiste, au discours islamiste et aux méthodes islamistes» selon Félix Tshisekedi, font régner la terreur. Le président congolais, ancien opposant au régime dont l’élection à la présidence est vivement contestée, avait par ailleurs décrété le 30 avril 2021 «l’état de siège» dans ces deux zones. En février 2021, l’ambassadeur italien en RDC avait été abattu lors d’un déplacement près de Goma, dans le Nord-Kivu, lors de l’attaque d’un convoi du Programme alimentaire mondial (PAM) était visé.

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