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dimanche, juillet 3, 2022

Journée mondiale de l’océan : la France doit sauver ses récifs coralliens !

C’est un petit pas financier, mais un gros coup de rame pour la recherche française dans le domaine maritime. Deux ans après un discours solennel à Montpellier – « Protéger l’océan est un impératif au moins aussi grand que la protection de l’Amazonie » -, Emmanuel Macron débloque aujourd’hui, lors de la journée mondiale de l’Océan, 40 millions pour le programme de recherche (PPR) « Océan et climat ». Une façon pour le CNRS et l’Ifremer de lancer une série d’appels à projets afin de réorienter la communauté scientifique autour de sept défis : prévoir les impacts des phénomènes extrêmes liés au changement climatique en Outre-mer, intensifier les recherches dans les océans polaires, pollution océanique (caractériser l' »exposome »), observer et modéliser l’océan, améliorer la protection et la résilience des milieux marins, exploiter les ressources en s’appuyant sur la science de la durabilité, partager avec le grand public la découverte de l’océan et les enjeux sociétaux associés. 

Pourquoi les récifs coralliens sont précieux

Le premier de ces défis, la lutte contre les événements extrême, concerne donc plus particulièrement nos outre-mer. Avec, en première ligne, leur protection physique. Or, l’une des barrières naturelles qui entourent nos trois principales aires – Caraïbes (Guadeloupe, Martinique), Pacifique (Polynésie, Nouvelle-Calédonie) et océan Indien (La Réunion, Mayotte) – est les récifs coralliens. « Ils protègent le littoral de l’érosion et des submersions, notamment des effets de la houle », rappelle Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche CNRS au Laboratoire Océanographique de Villefranche-sur-Mer et membre du comité scientifique du PPR. Ces barrières solides absorbent en effet 97% de l’énergie des vagues, réduisant les dommages sur les aménagements littoraux lors d’événements extrêmes comme les cyclones ou les tsunamis. Localement, les coraux ont aussi un poids économique non négligeable : l’Initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor) qui publie ce 8 juin une étude portant sur cinq années de suivis, estime qu’ils représentent l’équivalent de 1,3 milliard d’euros apportés aux économies de 9 collectivités d’outre-mer, soit 12 000 sociétés, 50 000 emplois et plus de 175 000 ménages concernés. Un poids économique qui pèse plus particulièrement dans le secteur du tourisme « bleu » (hôtels, restaurants, centres plongés) notamment dans les Caraïbes, mais aussi dans le domaine de la pêche : « Tous les Polynésiens sont pêcheurs et 80% de leurs protéines sont issues de la mer », précise Catherine Gabrié, Consultante en Environnement et principale auteure de l’étude de l’Ifrecor.  

A une plus grande échelle, au niveau mondial, la pêche dans les récifs coralliens fait vivre quelque 6 millions de personnes et représente une valeur de 6,8 milliards de dollars par an. Enfin, en ce qui concerne la biodiversité, le rôle de ces écosystèmes qui ne représentent que 1% de la surface des océans est crucial puisqu’ils contribuent à faire vivre un quart des espèces marines. « C’est un peu la forêt tropicale de la mer en termes de plantes et d’animaux », abonde Jean-Pierre Gattuso.  

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Des épisodes de blanchissement de plus en plus nombreux

Mais aujourd’hui, l’état des récifs coralliens inquiète. Depuis vingt ans, plusieurs épisodes de « blanchissements » ont été observés. Ceux sur la Grande barrière au nord-Est de l’Australie ont largement été médiatisés mais le phénomène est généralisé puisque actuellement un tiers de coraux se trouvent menacés. « Ce sont des animaux marins, au même titre que les anémones de mer. A l’intérieur de leurs cellules, ils ont des microalgues qui les nourrissent, explique le spécialiste du Laboratoire Océanographique de Villefranche-sur-Mer. Avec le réchauffement de la température de l’eau, les coraux subissent un stress qui les fait expulser ces microalgues pourtant essentielles à leur survie et deviennent blancs. » Si ce réchauffement d’a peine 1°C. dure dans le temps (plusieurs mois) le phénomène de blanchissement peut entraîner la mort du corail et de l’écosystème entier. C’est ce qui a été constaté à plusieurs endroits de la Grande barrière notamment en 2016. En revanche, le phénomène est réversible si les épisodes de réchauffement sont de moindre intensité (moins de trois à quatre semaines). Là encore, c’est ce qui a été observé ces cinq dernières années. « Dans les Outre-mer il y a une accélération des épisodes de blanchissement. On l’a vu en 2016, 2018, 2019 et 2020 », note Catherine Gabrié. Ces événements de plus en plus fréquents se rapprochent dans le temps mais il n’y a pas eu de forte mortalité. Pour la spécialiste de l’Ifrecor cette résilience des récifs coralliens est fondamentale. Que ce soit en Nouvelle-Calédonie en mars 2003 (après le cyclone Erica) et en Polynésie en 2010 (destruction liée à l’étoile des mers, une espèce invasive), à chaque fois, l’écosystème a récupéré en à peine une décennie.  

Pour les sauver, il faut agir maintenant

Le Laboratoire Océanographique de Villefranche-sur-Mer a travaillé avec des modèles numériques sur l’évolution future des récifs selon deux scénarios à fort et à faible émissions de CO2. Dans le premier cas, si la température des océans n’est pas maîtrisée et continue de grimper de 3 à 5°C d’ici à 2100, les coraux disparaîtront inexorablement. Dans le second cas, si l’on reste dans les clous fixés par l’Accord de Paris (limiter le réchauffement autour de 2°C), certains coraux continueront à s’adapter et devraient survivre au blanchissement. « Nous avons donc un laps de temps limité pour agir, c’est-à-dire d’ici à 2050, et nous devons le faire dès maintenant », tonne Jean-Pierre Gattuso.  

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Le premier levier est évidemment la réduction des émissions de carbone à l’échelle mondiale. « Mais nos études montrent la part prépondérante de la réduction des pressions issues des activités humaines à terre et en mer, souligne Catherine Gabrié. Il s’agit avant tout d’une volonté politique. » Dans les territoires d’Outre-mer, l’accent doit être mis sur l’assainissement (en finir avec la gestion catastrophique des eaux usées), la limitation de l’érosion (aménagement), mieux encadrer les pratiques agricoles mais aussi les activités de tourisme et enfin, encourager une pêche plus durable. « La dernière mesure phare passera par la protection des récifs coralliens, c’est-à-dire en mettant en place un maximum d’aires marines protégées », poursuit Jean-Pierre Gattuso. Aujourd’hui, 67% des récifs sont classés dans cette catégorie et l’objectif affiché serait d’atteindre les 100% d’ici à 2025. A condition de mettre en place un niveau de protection élevé dans les zones les plus peuplées. « Lutter contre le blanchiment des coraux sera un combat difficile dans les prochaines années mais leurs capacités de résilience et d’adaptation sont remarquables, conclut Catherine Gabrié. Nous avons encore les cartes en mains pour éviter que les récifs coralliens ne soient pas les premiers écosystèmes majeurs à s’effondrer sous le poids du réchauffement climatique. »  

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