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dimanche, juillet 3, 2022

Jean-François Eliaou : « Le gouvernement ne jouit pas à l’idée d’emmerder les gens »

Entre la loi de « vigilance sanitaire » votée à l’Assemblée ce vendredi, la reprise de l’épidémie de Covid-19 et l’allocution du président de la République mardi pour l’évoquer, il fallait bien un expert pour décrypter la situation politique et épidémique. Professeur à la faculté de médecine de Montpellier, spécialiste en immunologie et ancien chef de service au CHU de Montpellier, le député LREM Jean-François Eliaou a été le rapporteur de la mission sur la stratégie vaccinale : il répond aux questions de L’Express ce dimanche, notamment au sujet du passe sanitaire et de sa conditionnalité à la troisième dose de vaccin. Entretien. 

Le président de la République s’adressera aux Français mardi. À quel point la situation sanitaire est-elle préoccupante ? 

Je pense que nous sommes actuellement – et peut-être pour la première fois – dans un moment d’anticipation… D’anticipation de quelque chose qui risque d’arriver très vite sur notre figure, pour parler poliment. Et, politiquement, c’est toujours très compliqué d’être dans l’anticipation, mais sur le plan de l’efficacité, il vaut mieux ça que de courir après une crise. Le président va devoir se montrer adroit pour demander aux Français un nouvel effort alors qu’une partie d’entre eux, minoritaire certes, considère que la situation n’est pas problématique parce que peu de gens sont en réanimation. On ne veut pas se payer un énième confinement, un nouveau cortège de mesures qui peuvent entraver les libertés individuelles comme la bonne marche de l’économie. J’en parle, parce qu’on a la croissance la plus forte depuis des années, un taux de chômage en baisse, et qu’il faut continuer comme ça. On a quand même une épée de Damoclès au-dessus de la tête qui s’appelle la dette publique et il faut que l’on continue d’être crédible aux yeux des marchés.  

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Avons-nous vraiment trop relâché nos efforts à la faveur de l’été, de la baisse des contaminations et de l’apparition du vaccin ? 

Oui, on a relâché nos efforts, mais on ne peut pas, on ne doit pas critiquer les gens de cette manière. Nous sommes des humains, avec une folle envie de vivre, nous ne sommes pas en Corée du Nord. Le retour du masque à l’école dans 39 départements du territoire, c’est normal que ça dérange les gamins, c’est terrible, ça vous pollue la vie. C’est nécessaire mais il faut au maximum éviter ce genre de situation, tout le monde est épuisé. On est prudent, conscient des risques, et on met en place des outils de surveillance, de contrôle, il faut dire les choses. 

Après, il y a d’autres données : un pourcentage non négligeable de la population – environ 10%, soit trois millions et demi de personnes ! – n’est pas encore vacciné. Et la moitié des personnes éligibles à la troisième dose ne sont pas à jour. Il faut bien que tout le monde comprenne que si nous avons un taux d’incidence plus faible que d’autres pays en Europe, ce n’est pas un hasard, c’est parce qu’on a eu cette politique de vaccination.  

Faut-il conditionner le passe sanitaire à l’injection de la troisième dose ? 

Mais bien sûr ! Bien sûr ! C’est évident ! Je vais vous dire, je ne comprends même pas qu’on se pose la question. Le vaccin ne protège pas complètement, il a une demi-vie, une efficacité limitée dans le temps. Les personnes qui se trouvent en dehors des limites de temps sont moins protégées. C’est simple, c’est de l’immunologie de collège, de 6e. Si vous n’avez pas le schéma vaccinal complet, vous ne vous protégez pas et vous ne protégez pas les autres. Ce n’est pas la peine de faire la première dose et la deuxième si vous ne faites pas la troisième. Si le gouvernement hésite en ce moment, c’est parce que vous ne pouvez exiger cela que si tout le monde peut accéder aux vaccins. Même raisonnement pour la vaccination obligatoire – à laquelle j’ai toujours été défavorable -, or on voit que plusieurs centres de vaccination ferment dans certains territoires ruraux… 

Parlons sémantique : plusieurs députés de la majorité, voire membres du gouvernement, considère qu’il faudrait davantage parler de « rappel » que de « troisième dose », pour ne pas provoquer un sentiment de lassitude chez les Français. Qu’en dites-vous ? 

Quand Jean Castex est venu à Montpellier cette semaine, il était notamment accompagné par Brigitte Bourguignon, ministre chargé de l’Autonomie. Le Premier ministre a parlé de « troisième dose », et Brigitte Bourguignon lui faisait plein de petits signes, en chuchotant : « Rappel ! » ! « Rappel »… (rires) Plus sérieusement, je pense qu’il vaut effectivement mieux parler de « rappel », pour les Français c’est plus entendable. On verra ce que dit le président de la République mardi : soyons-en certains, il aura soigneusement choisi les termes qu’il utilisera.  

En tant que professeur d’immunologie, êtes-vous lassé par le débat public autour de ces questions sanitaires ? Ou, plutôt, par sa radicalité ? 

Je trouve que l’on est dans une situation très complexe. En dehors des postures politiques des uns et des autres, qui ne sont rien d’autre que du cinéma, il y a dans la population un fossé de plus en plus béant entre d’un côté ceux – comme moi – qui sont conscients que l’on doit tout faire pour protéger les gens et l’économie ; et de l’autre ceux qui considèrent que les mesures que l’on met en place sont extrêmement liberticides et non-proportionnelles au risque épidémique. Ce n’est pas vrai qu’on ne se parle pas. En revanche, on ne se comprend plus, mes arguments, nos arguments ne sont plus du tout entendus. Il faut que tout le monde en soit sûr : ça ne nous plaît pas, ça ne plaît à personne d’imposer ces mesures de contrôle. Le gouvernement ne jouit pas à l’idée d’emmerder les Français. Ce n’est pas vrai.  

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Comprenez-vous vos collègues de la République en marche qui sont contre l’extension, voire l’existence même du passe sanitaire, comme Pacôme Rupin par exemple ? 

Je suis très proche de Pacôme, je l’apprécie beaucoup, mais le fait est que là, on diverge. Je pensais notamment à lui il y a quelques instants quand je parlais du fossé, des deux approches parallèles. Il m’a expliqué ses raisons : il est tout à fait contre, ça le choque. Bon, à partir de là… Je lui reconnais d’avoir eu le courage de s’opposer, d’autant plus que ce n’est pas simple de s’opposer directement à son groupe. Beaucoup de collègues sont très agressifs à son encontre… Mais je martèle et continuerai à marteler que la position du groupe – et du président du groupe Christophe Castaner – c’est d’accepter aussi ces divergences. Moi, par exemple, je me suis abstenu sur l’amendement qui proposait que les directeurs d’école puissent connaître le statut immunologique des élèves, ça me semblait flou… Bref, on n’est pas tous du même avis, mais on l’accepte, et c’est tout l’honneur de la majorité. 

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