21.1 C
Londres
mardi, juillet 5, 2022

James Webb, le télescope qui va révolutionner notre connaissance des origines de l’univers

Il est l’instrument scientifique le plus attendu de l’année. Le télescope spatial James Webb (JWST) devrait être lancé à l’automne prochain. Cette annonce réalisée conjointement par les agences spatiales américaine, (Nasa), européenne (Esa) et canadienne (CSA) vise à rassurer la communauté d’astronomes qui attendent son déploiement depuis près de… quinze ans ! L’intérêt de placer un tel outil d’observation en orbite permet de s’affranchir des perturbations de notre atmosphère qui bride les meilleurs télescopes terrestres. Cette démonstration est faite quotidiennement par le « petit frère » du JWST, le télescope Hubble qui a permis de bouleverser nos connaissances du fin fond de l’univers. Son très attendu successeur, lui, les révolutionnera.  

Un budget record de 10 milliards de dollars

« Il est le plus grand et le plus puissant télescope jamais lancé dans l’espace, a tenu à rappeler Thomas Zurbuchen, le directeur pour la Science de la Nasa, lors d’une conférence de presse virtuelle. Et nous sommes dans les temps pour l’envoyer fin août en direction de Kourou ». Une façon polie de tourner une page et de mettre la pression sur les équipes qui s’occupent du lancement. Le mastodonte (6,5 tonnes) a, en effet, accumulé les retards du côté de l’Américain Northrop Grumman qui pilotait sa construction : problème d’assemblage, de câblage, déchirure du bouclier thermique, etc. D’où une explosion du budget qui a doublé pour atteindre la somme record de 10 milliards de dollars. Côté lanceur, l’Amérique toute puissante qui n’a pas l’habitude de confier à d’autres la mise en orbite de ses vaisseaux les plus importants, a pourtant choisi Arianespace et donc, le centre spatial guyanais pour effectuer cette délicate mission que réalisera, comme un baroud d’honneur, la fusée Ariane 5 – il s’agira de l’un de ses derniers lancements avant son remplacement par Ariane 6. « Depuis plus de vingt ans, entre l’observatoire XMM-Newton et BepiColombo, le fleuron des fusées européennes a mis sur orbite un grand nombre d’instruments scientifiques, rappelle Daniel de Chambure, responsable de l’ESA chargé des lancements avec Ariane-5. Il y a eu récemment quelques anomalies détectées au niveau de la coiffe [le cône qui abrite la charge utile, NDLR.] mais nous les avons corrigées et serons prêts. » La date initiale prévue le 31 octobre, pourrait tout de même glisser vraisemblablement courant novembre. « Nous ne communiquerons une date précise quelques semaines seulement avant le lancement parce que de nombreux facteurs sont à prendre en compte », prévient Beatriz Romero, responsable du projet JWST chez Arianespace. Avant de préciser comme pour relativiser l’enjeu crucial pour l’industriel européen : « La période de lancement s’étend jusqu’au début décembre ».  

Un déploiement à haut risque

Depuis son origine, ce programme est sur un fil et les ingénieurs chargés de la conception comme du lancement savent qu’ils n’ont pas le droit à l’erreur. « Il n’y aura pas de James Webb de rechange » rappelle Pierre Ferruit, coresponsable scientifique de la mission à l’ESA. En termes de conception, il est un des instruments les plus complexes mis au point par l’homme. Contrairement à Hubble qui fut délicatement déposé en orbite par la navette spatiale, le JWST devra se déployer une fois libéré de la coiffe de sa fusée. Une opération à haut risque : « C’est un jeu d’origami qui devrait durer trois semaines », précise Pierre Ferruit. Semblable à un tournesol géant, le miroir du télescope se compose de 18 hexagones de bérylium recouverts par une fine couche d’or (l’équivalent d’une balle de golf). Pour que chacun des pétales se déploie pour former le miroir de plus de six mètres de diamètre et pour déplier aussi le bouclier thermique (de la taille d’un terrain de tennis) chargé de protéger le vaisseau de la chaleur du Soleil d’un côté et de l’autre de la froideur sidérale (- 223°C.), près de 180 manoeuvres seront nécessaires. Comme autant d’étapes périlleuses. Enfin, autre difficulté d’envergure et contrairement au télescope Hubble qui gravite à 600 kilomètres d’altitude et qui a pu être plusieurs fois réparé, le JWST sera hors de portée car placé à plus de 1,5 million de kilomètres de la Terre, au point de Lagrange 2, une orbite privilégiée pour l’observation de l’univers. La moindre panne ou le moindre mécanisme grippé peut mettre en péril l’ensemble de l’instrument dont la durée de vie optimale est fixée à cinq ans. Un laps de temps suffisant pour faire un bond de géant dans la connaissance. 

« Nous allons voir plus loin et comment les premières galaxies se sont formées »

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

« Le James Webb sera une formidable machine à remonter le temps pour retracer les origines de l’univers, des galaxies et des étoiles », résume Günther Hasinger, directeur de la science à l’Agence spatiale européenne (ESA). Pour faire simple, l’expansion du cosmos éloigne les étoiles primitives et leur lumière se décale sur des longueurs d’ondes difficilement observables. Contrairement à Hubble qui scrute principalement le ciel dans le domaine du visible, le JWST opérera dans l’infrarouge. « Nous allons voir plus loin et comment les premières galaxies se sont formées », s’enthousiasme Antonella Nota, la responsable scientifique du projet James Webb à l’ESA. L’engin permettra ainsi de « voir » jusqu’à plus de 13,5 milliards d’années soit quelques centaines de millions d’années seulement après le Big Bang. « Nous allons ouvrir un nouveau chapitre dans la compréhension de l’univers et notre place au sein de cet univers », explique le Canadien Gilles Leclerc, Directeur général de l’ASC. 

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l’app

Outre la jeunesse de l’univers, le processus de formation des galaxies, les trous noirs, le cycle de vie des étoiles, d’immenses découvertes sont attendues dans le domaine des exoplanètes. « Pour être franc on ne les imagine même pas tant ce télescope nous permettra de faire un bond en avant », croit Pierre Ferruit. Avec ses quatre instruments (deux sont de conception européenne), le JWST consacrera plus de 20% de son temps à renifler la composition de ces planètes situées en dehors du système solaire. A l’instar du système Trappist-1 qui se situe seulement à 40 millions d’années de la Terre et qui pourrait être une de ses premières cibles. Là-bas, certaines planètes rocheuses se trouvent suffisamment proches de leur étoile. Elles ont ce que les astronomes appellent un « potentiel d’habitabilité » non négligeable. Le James Webb télescope pourrait faire d’immenses révélations sur la possibilité d’une vie extraterrestre. A condition de réussir son lancement et sa mise en service. 

Opinions

Ultimatum

par Christophe Donner

Ayez confiance

Nicolas Bouzou

Chronique

Stefan Barensky

Numérique

Par Frédéric Filloux

Les dernières nouvelles
Nouvelles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici