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mercredi, juillet 6, 2022

Isolement, déprime… Les multiples conséquences psychologiques de la perte d’odorat

« Et là, que sentez-vous ? » Aliénor Massenet, nez professionnel chez Symrise, nous invite à déboucher un stylet en plastique et à le mettre sous notre nez. Une odeur d’agrume remonte nos sinus, celle d’une orange que l’on presse au petit déjeuner. Nous enchainons avec le tube numéro deux au parfum familier. Une rose ? Une pivoine ? Pas tout à fait : il s’agit du muguet, l’une des premières fleurs du printemps. Le tube numéro trois, en revanche, nous laisse perplexe. Malgré nos inspirations répétées, aucune odeur ne se manifeste. Juste une impression de vide. Après deux senteurs agréables, le contraste est saisissant. « Vous ne percevez rien ? Normal, le tube ne contient aucune effluve. Le but de l’exercice est de vous sensibiliser à ce que vivent les patients atteints d’anosmie », explique Aliénor Massenet.  

Et ces personnes sont plus nombreuses qu’on ne le pense. « Le Covid a mis l’anosmie sous le feu des projecteurs mais il n’est que l’une des causes possibles », confirme Elsa Darnal, médecin aux affaires médicales Immunologie respiratoire chez Sanofi Genzyme. Des troubles importants de l’odorat peuvent se manifester après un traumatisme crânien. Certaines personnes naissent sans odorat. Et puis il y a la polypose nasale, une maladie peu connue, qui touche au moins 2% de la population française. Cette pathologie survient classiquement entre 40 et 60 ans et se caractérise par une inflammation chronique des voies nasales et des sinus.  

« Quand la perte d’odorat dure quelques semaines ou quelques mois, vous pouvez vous dire que c’est supportable mais quand cela s’inscrit dans la durée c’est un véritable handicap », estime Jean-Michel Maillard, Président d’Anosmie.org, une association de bénévoles créée il y a trois ans. Pour la première fois en France, un sondage Ifop / Sanofi Genzyme tente de cerner l’ampleur du problème. Selon cette enquête menée auprès de 3000 personnes, et dont les résultats viennent d’être révélés, 80% des anosmiques ont ressenti un impact psychologique lié à leur état. 57% d’entre eux déclarent avoir perdu l’envie de manger. 42% se sont déjà sentis déprimés, 37% ont déjà été plus irritables qu’à l’accoutumée et 31% se sont même sentis isolés par rapport à leurs proches.  

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Isolement et pensées suicidaires

« Perdre l’odorat n’a rien d’anodin. C’est aussi la disparition de repères affectifs comme l’odeur des lieux qui nous sont chers, les odeurs évocatrices des souvenirs, ou l’odeur de ses proches », décrit Jean-Michel Maillard. Le danger dans cette situation, c’est l’isolement. Ainsi, plus des deux tiers (68%) des personnes interrogées par l’Ifop se sont déjà privées au moins une fois d’un moment de convivialité à cause de leurs symptômes. Cela peut être manger un bon repas ou faire la cuisine. Un tiers (33%) a même renoncé à en parler à quelqu’un et 28% ont abandonné l’idée de voir des amis.  

« Quand la perte de l’odorat dure plusieurs années, comme dans le cas d’une polypose, cela peut se traduire par des troubles du sommeil ou même des pensées suicidaires. L’entourage ne comprend pas toujours », constate Elsa Darnal. D’autant que les traitements – souvent à base de sérum physiologique et de corticoïdes en spray – n’offrent qu’un répit temporaire aux patients. « Les traitements proposés sont insatisfaisants : les corticoïdes ne sont pas une solution au long cours ; des milliers de malades hésitent à se faire opérer d’un polype proche du cerveau. Aussi attendent-ils avec impatience de nouvelles solutions », témoigne Jean-Michel Maillard, lui-même atteint d’anosmie à la suite d’un accident. Côté Covid, la rééducation olfactive donne cependant des résultats, estime le quadragénaire : « avec l’aide d’un chercheur du CNRS et de deux médecins ORL, nous avons créé, en 2019, un protocole que l’on peut suivre chez soi. Ce document accessible gratuitement a connu – malheureusement – un beau succès puisqu’il a été traduit en quatre langues et téléchargé plus de 100 000 fois. Toutefois, 70% de ceux qui ont été au bout de leurs 16 semaines de rééducation ont retrouvé en grande partie leur odorat. C’est encourageant ».  

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Le président d’Anosmie.com n’économise pas ses efforts pour autant. Car beaucoup reste à faire. « Nous avons adressé récemment une demande au ministre de la Santé afin que l’anosmie soit reconnue comme un handicap. Nous nous battons aussi pour obtenir un remboursement des frais liés à la rééducation. Enfin, nous souhaiterions que les enfants puissent bénéficier de tests le long de leur parcours médical, détaille Jean-Michel Maillard. En parallèle, l’association participe avec Sanofi Genzyme à une campagne de sensibilisation sur la polypose nasale. « On dit que cette maladie touche un petit pourcentage de Français, mais en vérité, on ne sait pas vraiment puisqu’il n’y a pas eu de recensement. Les seules données viennent d’une étude anglaise un peu datée. L’anosmie n’est pas encore suffisamment prise au sérieux. Cela doit changer ». 

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